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Vivre en conflit dans une France sans État : typologie des mécanismes de règlement des conflits (1050-1200)

Published online by Cambridge University Press:  26 July 2017

Patrick J. Geary*
Affiliation:
University of Florida, Department of History

Extract

Dans la tradition politique occidentale, rendre la justice est, avec le maintien de la paix, une fonction gouvernementale de la plus haute importance. La justice publique est la clé de voûte de l'ordre moderne tant social que politique ; elle a été, pendant plus de six siècles, le but, et souvent le mécanisme de la création de l'État-nation. A l'opposé d'autres sociétés, comme le Japon, où conventions et conflits, à la fois privés et collectifs, ne nécessitent que rarement l'intervention de tribunaux ou de légistes, la société occidentale a pris l'habitude de voir aplanir les controverses et désaccords ordinaires de la vie d'une société complexe par des institutions judiciaires plus ou moins centralisées. Cela ne signifie pas, naturellement, que, dans la société contemporaine tant française qu'américaine, conflits et différends se règlent devant un tribunal ; au contraire, la majorité se résoud, sans l'aide de la justice, grâce à quelque compromis informel ou extra-juridique.

Summary

Summary

The author argues that conflicts in feudal society should be understood as integral and positive social structures rather than as events, and that specific outbursts should be seen as social dramas in which these structures broke down, were used for certain social purposes, and then seemed to disappear, only to reemerge later. Lacking an authoritative jurisprudential System, medieval conflict handling was quite similar to that seen in traditional acephalous societies today, and involved certain ritualized forms of violence and certain “violent” rituals through which opponents negotiated a settlement. The author suggests a typology of such mechanisms, and suggests that a negotiated settlement aimed more at restructuring the relationship between the parties to the altercation than at resolving any particular point of contention. Involving the community at large, it usually failed to put an end to the conflict, simply returning it to its dormant state.

Type
L'Europe Médiévale
Copyright
Copyright © Les Éditions de l’EHESS 1986

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References

Notes

1. Des versions préliminaires de cette étude ont été présentées devant l'Université Loyola de Chicago, The Western Society for French History et l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. L'auteur remercie les professeurs Jean-Pierre Poly, Stephen White, Kermit Hall, Barbara Rosenwein, Francis X. Hartigan, et Bertram Wyatt-Brown pour leurs critiques et leurs conseils.

2. Mayer, Martin, The Lawyers, New York, 1967 Google Scholar; Hurst, James Willard, The Growth of American Law : the Law-Makers, Boston, 1950.Google Scholar Pour une étude générale récente de la littérature relative aux règlements de conflits, voir Galanter, Mark, « Reading the Landscape of Disputes : What we Know and Don't Know (and Think we Know) about our Allegedly Contentious and Litigious Society », UCLA, Law Review, vol. 31, 1983, pp. 471.Google Scholar M. Galanter fait remarquer qu'en majeure partie, l'attention courante portée à l'étude comparative des litiges se fonde sur des perceptions erronées. Par exemple, les statistiques comparées des juges, avocats et cas civils, par million d'habitants, pour la population de la France, de l'Italie, des États-Unis et du Japon (p. 62), sont les suivants : Juges Avocats Cas civils France (1973) 84,0 206,7 30,7 Italie (1973) 100,8 792,6 9,7 États-Unis (1980) 94,9 2348,7 44,0 Japon (1973) 22,7 91,2 11,7 Pour une discussion concernant l'interprétation de ces statistiques qui indiquent que si le Japon possède moins de juges et d'avocats professionnels, son taux de litiges est, en fait, plus élevé qu'en Italie, voir M. Galanter, pp. 57-61.

3. Sur les pourcentages de doléances qui se terminent réellement dans les fichiers des cours de justice, voir Miller, Richard E. et Sarat, Austin, « Grievances, Claims and Disputes : Assessing the Adversary Culture », Law and Society Review, vol. 15, 1980-1981, pp. 525566.CrossRefGoogle Scholar Une étude réalisée aux Etats-Unis en 1980 indique que pour mille griefs (définis par les auteurs comme une combinaison entre un événement et une volonté individuelle de considérer cet événement comme un grief), cinquante seulement aboutissent réellement dans les fichiers des tribunaux, p. 544.

4. Bongert, Y., Recherches sur les cours laïques du Xe au XIIIe siècle, Paris, 1944.Google Scholar

5. Duby, G., « Recherches sur l'évolution des institutions judiciaires pendant le xe et le xie siècle dans le Sud de la Bourgogne », Le Moyen Age, vol. 52, 1946, pp. 149195 Google Scholar et vol. 53, 1947, pp. 15-38, réédité dans Hommes et structures du Moyen Age. Recueil d'articles, Paris-La Haye, Mouton-EPHE, VIe Section, « Le savoir historique », 1973, pp. 7-46.

6. G. Duby, Hommes et structures…, op. cit., p. 46.

7. Cheyette, F., « Suum Cuique Tribuere », French Historical Studies, vol. 6, 1970, pp. 287 299.CrossRefGoogle Scholar

8. White, S., « Pactum… Legem Vincit et Amor Judicium : the Settlement of Disputes by Compromise in Eleventh-Century Western France », The American Journal of Légal History, vol. 22, 1978, p. 308.Google Scholar

9. « Les conflits entre clercs et laïcs dans la Provence du xr= siècle », Annales du Midi, vol. 92, 1980, pp. 369-279, et « Cours judiciaires, justice et responsabilité sociale dans la Provence médiévale : ixe-xr= siècle », Revue historique, vol. 267, 1982, pp. 273-288.

10. Little, Lester, « Formules monastiques de malédiction aux IXe et Xe siècles », Revue Mabillon, vol. 58, 1970-1975, pp. 377399 Google Scholar et « La morphologie des malédictions monastiques », Annales ESC, n° 1, 1979, pp. 43-60.

11. Geary, Patrick J., « L'humiliation des saints », Annales ESC, n° 1, 1979, pp. 2742 Google Scholar ; Platelle, H., « Crime et châtiment à Marchiennes : étude sur la conception et le fonctionnement de la justice d'après les Miracles de sainte Rictrude (XIIe siècle) », Sacris erudiri, vol. 24, pp. 155 202.Google Scholar

12. Voir la magistrale synthèse de Robert Fossier, sur le sujet, Enfance de l'Europe, Xe- XIIe siècles : aspects économiques et sociaux, t. 1 : L'homme et son espèce ; t. 2 : Structures et problèmes, Paris, PUF, « Nouvelle Clio », 1982, 1 126 p. (t. 1, pp. 394-440).

13. L'ordalie est un rituel qui est l'objet d'une grande et récente attention. Voir, en particulier, Colman, Rebecca B., « Reason and Unreason in Early Médiéval Law », Journal of Interdisciplinary History, vol. 4, 1974, pp. 571591 Google Scholar ; Brown, Peter, « Society and the Supernatural. A Médiéval Change », dans Society and the Holy in Late Antiquity, Berkeley, 1982, pp. 302332 Google Scholar ; Radding, Charles M., « Superstition to Science : Nature, Fortune, and the Passing of the Médiéval Ordeal », The American Historié Review, vol. 84, 1979, pp. 945969 Google Scholar ; Hyams, Paul R., « Trial by Ordeal : The Key to Proof in Early Common Law », dans On the Trials and Customs of England : Essays in Honor of Samuel E. Thorne, Arnold, M. S. et alii éds, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 1982, pp. 90126.Google Scholar

14. Les anthropologues anglais et américains ont été particulièrement intéressés par le problème de la résolution des conflits dans une société acéphale, surtout pour des raisons historiques étroitement liées à l'expérience coloniale anglaise ; Simon Roberts traite de ce problème dans son excellente synthèse, Order and Dispute : An Introduction to Légal Anthropology, Harmondsworth, Penguin Books, 1979, pp. 11-13. Parmi d'autres études fondamentales d'anthropologie de la loi, il faut citer Abel, R. L., « A Comparative Theory of Dispute Institutional in Society », Law and Society Review, vol. 8, 1973, pp. 217347 Google Scholar ; l'ouvrage collectif publié par Nader, L., dans The Ethnography of Law, American Anthropologist, supplément au vol. 67, 1965 Google Scholar . Laura Nader et Harrold F. Todd éds, The Disputing Process : Law in Ten Societies, New York, 1978. Le volume édité par Bossy, John, Disputes and Settlements. Law and Human Relations in the West, Cambridge, Cambridge University Press Google Scholar, « Past and Présent Publications », 1983, confirme l'intérêt d'une collaboration entre anthropologues et historiens.

15. Ouérard, B. éd., Cartulaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille (abrégé ensuite en CSV), Paris, 1857.Google Scholar

16. Poly, Jean-Pierre, La Provence et la société féodale (879-1166) : contribution à l'étude des structures dites féodales dans le Midi, Paris, Bordas, 1976, pp. 204209, 318-359.Google Scholar

17. J.-P. Poly, op. cit., pp. 261-262.

18. Propter hanc causant quid tune temporis non erat dux nec marchio qui rectam justiciam faceret, sed a minimo usque a maximum omnis laicalis ordo quotidianum iniustiam exercebat, dans J.-P. Poly, op. cit., p. 208, n. 216.

19. Isoard de Mison était en réalité vicomte et, à l'origine, représentant du comte sous l'autorité de l'évêque : il avait profité de la situation pour s'emparer du titre comtal. Voir J.-P. Poly, op. cit., p. 203.

20. On peut se demander si une attaque aussi violente contre l'eucharistie et le crucifix ne suggère pas déjà la présence de l'hérésie qui apparaîtra, dans la région, un peu plus tard.

21. La création des baillis du comte et de l'évêque était relativement récente dans la région. Le « bail » était une possession plus précaire que le fief ; par conséquent, Pierre était soumis à une forte pression pour coopérer. Voir J.-P. Poly, op. cit., p. 203.

22. Le comte Ermengaud qui mourut vers 1090. Voir J.-P. Poly, op. cit., p. 272.

23. Cette confession sur le lit de mort faite au prieur en présence de ses enfants aurait été inadmissible dans un tribunal de droit romain car elle n'était pas de première main. Lors de telles négociations, on s'aperçoit que le souvenir de la loi romaine, une fois de plus, commence à pénétrer dans la vie quotidienne.

24. Le conflit qui, par étapes, se transforma, au cours du xne siècle, en un problème de concurrence de juridiction entre le comte et l'archevêque, se poursuivra encore pendant plus d'un siècle. Voir J.-P. Poly, La Provence, op. cit., p. 203 et notes.

25. S. Roberts, Order and Disputes, op. cit., pp. 45-48. La nature positive du conflit fut d'abord étudiée par Simmel, G., Soziologie : Untersuchungen ùber die Formen der Vergesellschaftung, 5e éd., Berlin, 1968 Google Scholar (lre éd., 1922, Munich, Duncker und Humblot).

26. Le jugement de Ganelon a longtemps intéressé les historiens du droit. Voir l'ouvrage important de Ruogieri, R. M., Il processo di Gano nella Chanson de Roland, Florence, 1936 Google Scholar ; Halverson, J., « Ganelon's Trial », Spéculum, vol. 42, 1967, pp. 661669 Google Scholar ; Bloch, R. Howard, Médiéval French Literature and Law, Berkeley, University of California Press, 1977 Google Scholar ; plus récemment, Hyams, Paul R., « Henry II and Ganelon », Syracuse Scholar, vol. 4, 1983, pp. 2335.Google Scholar En ce qui concerne les conflits dans la littérature des Sagas, voir Byock, Jesse, Feud in the Icelandic Saga, Berkeley, University of California Press, 1982 Google Scholar ; mais il faut noter les critiques faites à l'approche de J. Byock par William Ian Miller dans la revue Spéculum, vol. 59, 1984, pp. 376- 379. L'ouvrage de W. I. Miller sur les processus de controverses dans la société islandaise est une des études les plus importantes sur les conflits dans la société médiévale. Voir en particulier « Choosing the Avenger : Some Aspects of the Bloodfeud in Médiéval Iceland and England », Law and History Review, vol. 1, 1983, pp. 161-204 ; « Justifying Skarphedinn : Of Pretext and Politics in the Icelandic Bloodfeud », Scandinavian Studies, vol. 44, 1983, pp. 316-344 ; « Avoiding Légal Judgment : The Submission of Disputes to Arbitration in Médiéval Iceland », The American Journal of Légal History, vol. 28, 1984, pp. 95-134.

27. Les anthropologues du droit parlent de plus en plus de « processus de controverses » pour décrire les mécanismes qui traitent ces conflits. Cependant, ainsi que le montrent R. E. Miller et A. Sarat dans « Grievances, Claims and Disputes », p. 526, un tel choix a tendance à obscurcir le contexte social de la querelle. En qualifiant les querelles de structures dynamiques, on amplifie le rôle inhérent à la société.

28. J.-P. Poly, op. cit., p. 84, n. 59 ; Lignées et domaines en Provence Xe-XIe siècles (annexe de la version non publiée de la thèse de Droit de J.-P. Joly, 1972, Université de Paris, II) ;K, CSV, nos. 691-1057.

29. CSV 699 relate la tentative de régler une dispute à propos d'un nombre d'églises, entre l'archevêque Lantelmus et les moines de Saint-Victor.

30. CSV 691 ; de plus, Pierre de Rosset, Pierre Bailli et d'autres, impliqués dans le conflit apparaissent comme les signataires de deux chartes de donation à Saint-Victor faites par le vicomte Isoard et l'archevêque Guiniman (le prédécesseur de Lantelmus) : CSK692, 698.

31. Sur les tribunaux carolingiens voir Robert-Henri Bautier, « L'exercice de la justice publique dans l'empire carolingien », Positions des thèses, École nationale des chartes, 1943, pp. 9-18 ; François-Louis Ganshof, « Charlemagne et l'administration de la justice dans la monarchie franque », dans Karl der Gross : Lebenswerk und Nachleben, vol. I, Persônlichkeit und Geschichte, Helmut Beumann éd., Dùsseldorf, 1965, pp. 394-419. La nature et le degré de transformation du système de justice carolingien ont beaucoup varié en Europe. Sur la transformation de la justice publique dans l'Europe post-carolingienne, voir, en plus de G. Duby, « Recherches », op. cit., et Y. Bongert, Recherches, op. cit., Heinrich Mitteis, Der Staat des hohen Mittelalters : Grundlinien einer vergleichenden Verfassungsgeschichte des Lehnzeitalters, 8e éd., Weimar, 1968, pp. 161-168 ; Dollinger, P., L'évolution des classes rurales en Bavière depuis la fin de l'époque carolingienne jusqu'au milieu du XIIIe siècle, Strasbourg, 1949, pp. 47 77 Google Scholar. Pour l'Empire relativement conservateur, Ganshof, F.-L., « Les transformations de l'organisation judiciaire dans le comté de Flandres jusqu'à l'avènement de la maison de Bourgogne », Revue belge de Philologie et d'Histoire, vol. 18, 1939, pp. 4361 Google Scholar ; Henri Platelle, « La justice seigneuriale de l'abbaye de Saint-Amand : son organisation judiciaire, sa procédure et sa compétence du XIe siècle au xvie siècle », Louvain, 1965 ; plus généralement, R. Fossier, Enfance de l'Europe, op. cit., pp. 394-401 et sa bibliographie.

32. En plus de la littérature citée note 31, voir Koch, A. C. F., « L'origine de la haute et de la moyenne justice dans l'Ouest et le Nord de la France », Revue d'Histoire du Droit, vol. 21, 1953, pp. 420458 Google Scholar ; Lemarignier, F. L., « La dislocation du pagus et le problème des consuetudines (XeXIe siècles)», dans Mélanges Louis Halphen, Paris, 1951, pp. 401410.Google Scholar A la fin du xie siècle, la Provence commençait déjà à connaître une renaissance du droit romain. Voir Aubenas, R. J., « Quelques réflexions sur le problème de la pénétration du droit romain dans le midi de la France au Moyen Age », Annales du Midi, vol. 76, 1964, pp. 371377 Google Scholar ; Carlin, M. L. , La pénétration du droit romain dans les actes de la pratique provençale XIe-XIIIe siècle, Paris, Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, 1967 Google Scholar ; Poly, J.-P., « Les maîtres de Saint Ruf : pratique et enseignement du droit dans la France méridionale au xne siècle », Annales de la Faculté de Droit, des Sciences sociales et politiques et de la Faculté des Sciences économiques de l'Université de Bordeaux I, vol. 2, 1978, pp. 183203.Google Scholar

33. En plus du cas de la Provence, un premier exemple de la précarité de ces systèmes judiciaires qui semblent bien développés à la fin du xie siècle est celui de la Flandre où les structures établies par les comtes se désintègrent rapidement après le meurtre de Charles le Bon. Voir l'excellente introduction de James Bruce Ross à sa traduction du récit de Galbert de Bruges sur le meurtre : Galbert of Bruges the Murder of Charles the Good Count of Flanders : A Contemporary Record of Revolutionary Change in Xllth Century Flanders, New York, 1967, pp. 46-47. Sur les institutions judiciaires des comtes et des communes, voir Caenegem, R. C. Van, Geschiedenis van het Strafrecht in Vlaanderer Geschiedenis van het strafprocesrecht in Vlaanderen van de XIe tôt de XIVe eeuw, Bruxelles, 1956.Google Scholar

34. Sur le développement de notions modernes de code de loi et de tradition juridique, voir la synthèse récente et stimulante de Berman, Harold J., Law and Révolution : The Formation ofthe Western Légal Tradition, Cambridge, Harvard University Press, 1983.Google Scholar

35. Sur la Paix de Dieu en général voir Hartmut Hoffmann, Gottesfriede und Treuge Dei, Schriften der Monumenta Germaniae Historica, n° 20, Stuttgart, 1964 ; Cowdery, H. E. J., « The Peace and the Truce of God in the Eleventh Century », Past and Présent, vol. 46, 1970, pp. 4453 Google Scholar ; Georges Duby, « Les laïques et la Paix de Dieu », dans Hommes et structures, op. cit., pp. 227-240 ; Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme, Paris, Gallimard, 1978, pp. 35-61 ; Poly, J.-P. et Bournazel, Eric, La mutation féodale Xe-XIIe siècles, Paris, PUF, 1980, pp. 220274.Google Scholar Sur l'appropriation de la Paix de Dieu par les magnats, voir R. Fossier, Enfance de l'Europe, op. cit., pp. 317-318. Ainsi que l'a montré Bisson, Thomas N., dans « The Organized Peace in Southern France and Catalonia, ca. 1140-1233 », American HistoricalReview, vol. 82, 1977, pp. 290311 Google Scholar, la dernière paix instituée différait considérablement de la « paix sanctifiée » des xe et xie siècles : elle était dirigée par les principes ou magnats plutôt que par le peuple et les chevaliers.

36. Sur la guerre comme structure fondamentale de l'Europe médiévale, voir Wallacehadrill, J. M., The Long-Haired Kings and Other Studies in Frankish History, New York, 1962 Google Scholar, chap. vi, « The Bloodfeud of the Franks », pp. 121-147 et Brunner, Otto, Land undHerrschaft : Grundfragen der territorialen Verfassungsgeschichte Osterreichs im Mittelalter, Vienne, 1965, pp. 1110.Google Scholar Bien que O. Brunner traite d'une période bien plus tardive, les structures politiques et sociales de l'Autriche à la fin du Moyen Age sont comparables à celles de la France dans une période antérieure. Pour des analyses de la guerre dans des perspectives culturelles, voir Black-michaud, Jacob, Cohesive Force : Feud in the Mediterranean and the Middle East, New York, 1975 Google Scholar, et Gluckman, Max, « The Peace in the Feud », Past and Présent, vol. 7, 1955, pp. 114.Google Scholar Sur la vengeance en général, voir les trois volumes de textes édités par Verdier, Raymond, Poly, J.-P. et Courtois, Gérard, La vengeance : études d'ethnologie, d'histoire et de philosophie, Paris, 1981- 1985.Google Scholar

37. Sur l'idéologie militante du monachisme, voir Rosenwein, Barbara H. et Little, Lester K., « Social Meaning in the Monastic and Mendicant Spiritualities », Past and Présent, vol. 63, 1964, pp. 432 Google Scholar et Rosenwein, Barbara H., « Feudal War and Monastic Peace : Cluniac Liturgy as Ritual Agression », Viator, vol. 2, 1971, pp. 129157.Google Scholar

38. Martindale, Jane, « Conventum inter Guillelmum Aquitanorum cornes et Hugonem Chiliarchum », English Historical Review, vol. 332, 1969, pp. 528548.Google Scholar Voir l'analyse de ce document par Beech, George, « A Feudal Document of Early Eleventh-Century Poitou », dans Mélanges offerts à René Crozet, Poitiers, 1966, pp. 203213.Google Scholar Pour les interprétations très différentes du conventum, voir Garaud, M., « Un problème d'histoire : à propos d'une lettre de Fulbert de Chartres à Guillaume le Grand, comte de Poitou et duc d'Aquitaine », dans Mélanges Gabriel Le Bras, vol. I, Paris, 1965, p. 559 Google Scholar ss ; J.-P. Poly et E. Bournazel, La mutation, op. cit., pp. 137-141 et 148-150.

39. Dans« The Anthropological Study of Law », TheEthnography of Law, pp. 18-19, Laura Nader montre les diverses fonctions du procès en plus du maintien de l'ordre : fonctions punitives, ruines des ennemis, défaites des concurrents, utilisation comme « tournant » moral, de même que le jeu du tribunal fournit un mécanisme de socialisation ou d'acculturation, élément pour tester des valeurs autres que juridiques, pour un profit économique ou même pour amuser.

40. Sur la transformation des conflits en rituel, voir S. Roberts, Order and Dispute, op. cit., pp. 59-61.

41. Sur l'excommunication, voir Bras, Gabriel Le, Ecclésiastiques de la chrétienté médiévale, histoire de l'Église depuis les origines jusqu'à nos jours, vol. 12, Tournai, 1959, pp. 226230 Google Scholar, 246- 248 ; Fichtenau, Heinrich, Lebensordnungen des 10. Jahrhunderts : Studien uber Denkart und Existenz im einstigen Karolingerreich, Monographien zur Geschichte des Mittelalters, vol. 30, 2, Stuttgart, 1985, pp. 513519.Google Scholar

42. L. K. Little, « Formules » ; et « La morphologie », art. cités. Sur l'étroite relation entre malédiction rituelle et excommunication voir L. K. Little, « La morphologie », pp. 49-53.

43. P. Geary, « L'humiliation », op. cit., pp. 34-35.

44. Excommunication : Episcopus cum excommunicare vel anathematizare aliquem pro crucis et manifestis sceleribus dispositum habet, post lectionem Evangelii clerum et plebem ita débet alloqui, dans Ordo excommunicationis, PL, 138.1123. Malédictions : In die dominico et cotidianis diebus in dicto monasterio, finito evangelio a diacono, stans presbiter ante altare dicat, L. K. Little, « Formules », pp. 392-393.

45. P. Geary, « L'humiliation », op. cit., p. 31.

46. Sed ipse proh dolor ! diabolo cor eius indurante, monita salutaria sprevit, et in incepta malicia persévérons, Ecclesiae Dei, quam laesit superbiae spiritus inflatus satisfacere dedignatur, dans PL, 138.1123.

47. L. K. Little, « Formules », pp. 381-382.

48. Platelle, H., La justice seigneuriale de l'abbaye de Saint-Amand : son organisation judiciaire, sa procédure et sa compétence du XIe au XVIe siècles, Louvain, 1965, pp. 421427.Google Scholar

49. Sur l'exil, voir S. Roberts, Order and Dispute, op. cit., pp. 65-67. Sur l'excommunication comme exil, voir G. Le Bras, pp. 226-227.

50.et qui Me (excommunicato) quisi christiano communicaverit, aut biberit, aut eum osculatusfuerit, vel cum eo colloquium familiare habuerit, nisi forte ad satisfactionem etpaenitentiam cum provocare studierit, aut in domo sua receperit, aut simul cum eo oraverit, procul dubio similitersit excommunicatus, dans PL, 138.1125, G. Le Bras, p. 246, n. 12.

51. Maledictisint uxores eorum et infantes eorum et omnes qui eis consentiunt, L. K. Little, « Formules », p. 10.

52. P. Geary, « L'humiliation », op. cit., p. 34.

53. Little, Lester K., « Pride Cornes Before Avarice : Social Change and the Vices in Latin Christendom », American Historical Review, vol. 76, 1971, pp. 1649 Google Scholar ; Sigal, Pierre André, « Un aspect du culte des saints : le châtiment divin aux XIe et xne siècles d'après la littérature hagiographique du midi de la France », dans La religion populaire en Languedoc du XIIe siècle à la fin du XIVe siècle, Toulouse, Privât, « Cahiers de Fanjeaux », n” 11, 1976, pp. 3959.Google Scholar

54. Un autre exemple de la pression qui peut être exercée sur le parti d'un opposant au moment de sa mort et de son enterrement se trouve être celui de Wichardus de Ruffrey, conservé dans une charte de Cluny, Bruel, A. éd., Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, vol. 3, Paris, 1876. n° 2009, pp. 221222.Google Scholar Le document qui rapporte le conflit entre les parents de Wichardus et les moines de Cluny est examiné par Duby, G. dans La société aux XIe et XIIe siècles dans la région mâconnaise, Paris, SEVPEN, EPHE, VIe Section, Bibliothèque générale, 2e éd., 1971, p. 222.Google Scholar

55. Le comte et l'archevêque étaient particulièrement concernés ut bellum non esset inter monachos et milites, CSV, p. 557.

56. Sur les conventiae privées en général, voir S. White, « Pactum », pp. 292-307 ; et R. Fossier, Enfance de l'Europe, op. cit., p. 396. Fossier considère ces négociations comme des efforts pour « court-circuiter » une justice établie ; S. White estime, ainsi que nous le faisons, que ces conventiae ont davantage servi à résoudre des problèmes structurels de base que ne l'auraient fait de simples jugements. Dans Prayer, Patronage, and Power : the Abbey of La Trinité, Vendôme, 1032-1187, New York-Londres, New York University Press, 1981, p. 93, Pénélope D. Johnson, montre que le pourcentage des règlements atteints grâce à la négociation, au cours de la période étudiée, est passée de 57 Vo à 86 %. Elle montre, cependant, que ces règlements négociés des conflits n'avaient pas, nécessairement, plus de succès que les poursuites judiciaires.

57. Bader, Karl S., « Arbiter arbitrator seu amicabilis compositor », Zeitschrift der Savigny- Stiftung, Kan : Abt., vol. 47, 1960, pp. 236276 Google Scholar ; sur la transformation des juges en arbitres, G. Duby, « Recherches », en particulier pp. 11-13 ; Cheyette, « Suum cuique tribuere », pp. 292-293 ; S. White, « Pactum », p. 294. Eckhoff, T., « The Mediator, the Judge and the Administrator in Conflict-Resolution », Acta Sociologica, vol. 10, 1966, pp. 148172.Google Scholar

58. Sur la neutralité ou l'implication des arbitres dans les sociétés de structures différentes, voir S. Roberts, Order and Dispute, op. cit., pp. 74, 120-122, 150-153.

59. …coram domino Ysoardo comité et omnibus suis, CSV, p. 555.

60. Sur les otages dans le procès de règlement dans les Flandres, voir Van Caenegem, Geschiedenis van het Strafrecht, pp. 264-280.

61. CSV, p. 557.

62. CSV, p. 561.

63. Petrus Pondus dédit fideiussorem per centum solidos in manu archiepiscopi, CSV, p. 558, Ita firmaverunt in manu archiepiscopi per ducentos solidos, p. 561.

64. Et si Petrus Pondus totum sponsalicium non scit, pro qua re vos dicitis hoc quod nos amplius scimus, propter suum sacramentum et propter suam insipienciam, sancti et nos perdamus ?, CSV, p. 558.

65. Nos non habemus potestate super eum ut per nos faciat sacramentum, CSV, p. 564.

66. CSV, p. 557.

67. CSV, p. 561.

68. S. White, « Pactum », op. cit., pp. 303-305.

69. La notion de compromis en tant que clé d'un règlement est le point essentiel traité par Cheyette et White ; ils distinguent ces règlements ou tentatives de règlement des jugements.

70. Il est impossible de savoir combien de chartes mentionnant des donations pro animis indiquent, en réalité, des guirpitiones de biens en litige dans la mesure où elles prennent souvent la forme d'une simple donation. Par exemple, la noticia guirpitionis faite en 1054 par un certain Ramundus Gaucellinus, sa femme Petrolina et son frère Petrus Gaucelinus en faveur du monastère de Psalmodi. Archives départementales du Gard, H. 160, fol. 199v-200r. Sur l'importance des guerpitiones lors de jugements, voir S. White, « Pactum », op. cit., p. 302.

71. En Provence, tout ou partie du bien en litige peut être rendu à l'opposant en bénéfice viager. Voir Archives communales, Arles, GG, Liber S. Stephani vel S. Trophimi arelatensis, n° 33, fol. 34v-35r, ou encore Duprat, E. éd., Cartulaire de Notre Dame des Doms d'Avignon, Avignon, 1932 Google Scholar, n° 109. Des règlements identiques pouvaient être conclus également avec des paysans. Vers 1012, l'abbé Archinricus de Montmajour conclut un accord avec les habitants des domaines du prieuré de Correns : il stipule que les domaines pouvaient rester dans la famille aussi longtemps qu'ils ne sortiraient pas de la communauté. Cette propriété ne pouvait servir de douaire, ne pouvait être vendue ni mise en gage hors de la communauté (B. N., ms. lat. 31915, fol. 51r-v). Parfois un conflit entre laïques et clercs peut se terminer par la « conversion » de toute une parentèle qui continue à tenir en charge l'administration du temporel d'un monastère donné par sa propre famille. Voir Wollasch, Joachim, « Parenté noble et monachisme réformateur : observations sur les “conversions” à la vie monastique aux XI= et XIIe siècles », Revue historique, 264, 1980, pp. 324 Google Scholar et surtout pp. 11-13.

72. Ysoardus iussit talem diffinitionem inter illos, et ipsi fllii Poncii haberent illas mansiones quas monstraverant de sponsalitio, propter fidelitatem Sancti Victoris et monachorum, CSV, p. 555. Nos (Petrus Pondus et Petrus de Roset) taieplacitum fecerimus, habemus totas mansiones per fidelitatem illorum (monachorum) et mittant in illas censum quod eis solvamus per singulos annos, p. 562. Tune (Cornes) Isoardus rogavit Willelmum ut eos retinerent de eo sibi placeret, p. 563.

73. Stephen Weinberger, « Conflits », p. 273.

74. S. White, « Pactum », op. cit., pp. 302-303. On ne doit pas conclure trop hâtivement que ces dons rituels ne comportaient aucune ambiguïté ou avaient comme seul but de restaurer la paix. Un don pouvait signifier également humiliation et sa portée entraîner, plus tard, des conflits d'interprétation et constituer certains griefs qui relanceraient le conflit.

75. Van Caenegem, Geschiedenis van het Strafrecht, op. cit., pp. 280-307, sur les rites de réconciliations en Flandres.

76. S. White, « Pactum », op. cit., p. 297 ; Van Caenegem, Geschiedenis…, ibid.

77. Cum aliquis (excommunicatus), poenitencia ductus veniam postulat episcopus, qui eum excommunicavit, ante januas ecclesiae venire débet, circumstare, tune episcopus apprenhensa manu eius dextera eum in ecclesiam introducat, et ei communionem et societatem christianum reddat.PL, 138.1125-1126.

78. P. Geary, « L'humiliation », op. cit., p. 35.

79. Sur les conflits considérés comme jeux sociaux, voir Laura Nader, « The Anthropological Study of Law », Laura Nader éd., TheEthnography of Law, pp. 16-17. Sur la nécessité et la difficulté d'obtenir une participation adéquate dans de telles affaires, voir Stephen White, « The Laudatio parentum in Northern France in the Eleventh and Twelfth Centuries : Some Unanswered Questions », American Historical Association Proceeding, 1978. S. White dans « Pactum », op. cit., pp. 297-298, décrit certains rituels utilisés à Marmoutier pour obtenir l'approbation des membres d'une famille ; il mentionne le cas de trois petits garçons, trop jeunes pour parler ou, du moins pour prêter serment et qui indiquèrent leur consentement en touchant la charte qui relatait l'accord ; ils reçurent un denier de l'abbé. La querelle ci-dessus concernant le règlement réalisé à la mort de Wichardus de Ruffey qui fut remis en question plus tard, par ses héritiers, qui contestaient les moyens utilisés pour obtenir leur consentement ; l'abbé Odilon de Cluny dut négocier, à nouveau, le problème et leur octroya finalement vingt-trois solidi pour confirmer sa donation d'ori- gine. Bruel, n° 2008 et 2009. P. D. Johnson dans Prayer, Patronage and Power, op. cit., p. 94- 97, décrit également la longueur des conflits et suggère que, finalement, le monastère gagnait souvent du simple fait qu'il était « une communauté riche qui pouvait maintenir ses revendications et les défendre au-delà des limites temporelles et financières possibles pour la plupart des familles », p. 95.

80. Postea Willelmus a quibusdam malignis increpatus, curfilii mortem tant leviter indulsisset, coepit penitere de benefacto et iterum coepit captare locum, quo vindictam sumeret de Sigero, dans Ex vita Arnulfi episcopi Suessionensis, auct. Hariulfo. II, 16, MGH, SS, XV, pp. 888.

81. Voir Van Caenegem, Geschiedenis van het Strafrecht, op. cit., à propos de la différence entre ce qu'il appelle « un droit pénal élaboré » et « un droit de réconciliation ».

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