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Le Problème de la perception chez Leibniz

  • Yvon Belaval (a1)

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Atribuer la perception à toutes les monades, et pas seulement aux esprits, devait faire aussitôt problème et orienter par la suite l'histoire du leibnizianisme. Le problème se trouvait posé, en premier lieu, par certaines ambiguïtés de Leibniz, quand il fonde les phénomènes psychologiques sur la géométrie projective de l'expressio, transpose les formes d'Aristote dans le contexte d'un siècle cartésianisé, se sert de l'analogie pour conclure; en second lieu, par la difficulté intrinsèque de la question; en troisième lieu, animer toutes les monades ne revenait-il pas à accorder que la matière peut penser? ou bien, ne s'exposaiton pas à verser dans le spinozisme? Il était donc prudent de réserver la perception aux seuls esprits. Wolff trahissait ainsi la monadologie. Mais à peine croyait-on avoir sauvé la distinction des deux substances en réduisant les simples monades aux Atomi Naturae de la Monadologia physica, qu'à partir de la métaphore des points animés on allait faire de l'esprit une production de la nature, avec le matérialisme, ou de la nature une production de l'esprit, avec la Naturphilosophie. On essaiera plus loin de donner une idée de cette histoire du leibnizianisme.

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1 Monad. § 14. Les références à Leibniz sont introduites par des abréviations facilement reconnaissables—Monad. = Monadologie, Nat. Gr. = Principes de la Nature et de la Grâce, N.E. = Nouveaux Essais, etc.—ou par certains sigles: P = Die philosophischen Schriften, M = Die mathematischen Schriften, éd. Gerhardt—Op = Opuscules et fragments inédits, éd. Couturat,—Jag = Leibnitiana Elementa Philosophiae arcanae de summa rerum,—T = Leibniz. Textes inédits, éd. G. Grua.

2 Considérations sur le principe de vie, P. VI, 543: « Il est raisonnable… qu'il y ait des substances capables de perceptions au dessous de nous, comme il y en a au dessus; et que notre âme, bien loin d'étre la dernière de toutes, se trouve dans un milieu dont on puisse descendre ou monter; autrement ce serait un défaut d'ordre, que certains philosophes appellent vacuum formarum ».

3 Dreyfus, Voir G.: Réfutation kantienne de l'idéalisme, dans la Revue Philosophique, 1968.

4 Serres, Michel: La Philosophic de Leibniz selon ses modules mathématiques, Paris, 1968. Après avoir parlé de la géométrie euclidienne et de la géométrie algébrique, M. Serres explique, p. 350–351: « Que l'on surcharge cette nouvelle géométrie de la theorie arguésienne du point de vue; que l'on compare l'espace euclidien qui comprend le point et l'engloutit, et l'espace perspectif où le point comprend l'espace, de son situs, — l'espace, c'est-à-dire la multiplicité qui le constitue —et l'on est ramené tout aussitôt à la perception d'où I'on était parti»

5 Ch. Renouvier: Le personnalisme, suivi d'une Étude sur la perception externe et sur la force. C'est à cette Étude (p. 227–537) que nous pensons.

6 Monad. § 21. Leibniz avait d'abord écrit (cf. éd. A. Robinet, Paris, 1954): « sans [quelque variété] quelque variation… ».

7 Michel Serres, op. cit. p. 607, observe justement que nous expérimentons en nous la relation réciproque de l'un au multiple extérieur, qui est la perception, et du multiple à l'un, qui est l'appetition.

8 Par ex., à Arnauld, 28 nov.—6 dec. 1686, P. II, 78: « L'atome qui ne contient qu'une masse figuree d'une durete infinie (que je ne tiens pas conforme à la sagesse divine non plus que le vide) ne saurait envelopper en lui tous ses états passés et future, et encore moins ceux de tout l'univers ». Même idée, avril 1687, P. II, 98. A des Bosses, 31 juillet 1709, P. II, 378, Leibniz écrit: « Brutum animatum esse demonstrari, ne quidem probari nequit, cum ne hoc quidem possit, alios homines non nudas machinas esse, quando in ipsorum mentes introspicere non possumus »

9 Hegel: Geschichte der Philosophic, éd. du Jubilée, t. XIX, p. 455.—Sur l'un et le multiple, en particulier, Wissenschaft der Logik, Livre I, Section I, chap. III, c, note.

10 Le texte latin se trouve dans l'édition de l'Akademie II, 1, 497. Nous donnons ici la traduction du P. M. Régnier, in Gottfried Martin: Leibniz, Paris, 1967.

11 Hegel: Wissenschaft d. Logik, II (Der Schein): « Die leibnitzische Monade entwickelt aus ihr selbst ihre Vorstellungen; aber sie ist nicht die erzeugende und verbindende Kraft, sondern sie steigen in ihr als Blasen auf; sie sind gleichgültig, unmittelbar gegen einander, und so gegen die Monade selbst».

12 K.r.V., Von den Parologismen der reinen Vernunft, Deuxieme paralogisme sur la simplicité. « Ein grosser, ja sogar der einizige Stein des Anstosses wider unserer ganze Kritik würde es sein, wenn es eine Möglichkeit gäbe, a priori zu beweisen, dass alle denkenden Wesen einfache Substanzen sind, als solche also, (welches eine Folge aus dem namlichen Beweisgrunde ist), Persönlichkeit unzertrennlich bei sich führen und sich ihrer von aller Materie abgesonderten Existenz bewusst sind. Denn auf diese Art hätten wir doch einen Schritt iiber die Sinnenwelt… » (éd. Cassirer, p. 279–280).

13 On sait que Perceptio signifie aussi connaissance au XVIIe siècle. Par ex. dans Spinoza, la perceptio ex auditu, etc. Cependant, Eth. II, def. III: «Dico potius conceptum quam perceptionem, quia perceptionis nomen indicare videtur, mentem ab objecto pati; at conceptus actionem Mentis exprimere videtur ». Selon cette définition Dieu ne saurait que « concevoir ».

14 On se souvient de la formule de Malebranche, Recherche de la Vérité, III, ii, 6: « Dieu connaît bien les choses sensibles, mais il ne les sent pas ».

15 Psychologia rationalis, 644. En note: « … Falluntur autem, qui sibi aliisque persuadere conantur quasi juxta Leibnitium materia ex spiritibus tanquam totum ex partibus componatur, et multo magis falluntur, qui nobis hanc sententiam tribuunt, cum elementis rerum materialium nonnisi simplicitatem vindicemus, qualis vero sit vis ipsis insita in dubio relinquamus. Imputatio vero inde fluxit, quod communi prejudicio pro spiritu habeatur, quod immateriale est».

16 Simple coincidence? Même formule chez Voltaire, Èlements de la Philosophic de Newton, I, ix (t. 43, p. 106, des Œuvres, Paris, 1829): les philosophes anglais « ont répondu à tout cela en riant ».

17 L'enseignement de Canz est exposé dans un ouvrage à double titre, généralement attribué à l'abbé Sigorgne: Les Monades ou Introduction à la philosophic de Leibniz (page de garde); Institutions leibnitiennes ou Précis de la Monadologie. Dans son Esquisse d'une classification systematique des doctrines philosophiques, Paris, 1885, Ch. Renouvier cite cet ouvrage parmi les «interprètes intelligents de la monadologie » (t. I, p. 51).

18 Lorsque, dans son Étude sur la perception, citée plus haut note 5, Renouvier, p. 497, étale sur le même plan «les trois caractéristiques de l'êitre simple »: la perception, l'appétition, l'action interne, peut-être s'inspire-t-il des Institutions leibnitiennes de l'abbé Sigorgne.

19 Elle se rapprocherait davantage de la cosmogonie immatérialiste d'Henry More où le monde consiste ex divisis spiritibus particulisve Divinae Essentiae, in Monadas Punctave Physica contractis et constipatis. En outre, Contractionem hanc esse statum somni seu soporis, Divinis, his particularis Expansionem vero statum Evigilationis. Selon le degré de réveil, on s'élève de la vie végétative à la vie sensitive et, enfin, à la vie rationnelle. Néanmoins, comme le rappelle Serge Hutin, auquel ici nous empruntons,—voir son article dans la Revue Filosqfia, nov. 1963—il s'agit de monade au sens de G. Bruno, et l'on ne saurait trouver dans More, ainsi que le soutenait Feilchenfeld, la source directe dela Monadologie.

20 Sa Philosophiae Naturalis theoria redacta ad unicam legem virium in natura existentium est de 1759. Il préfère parler de points, plutôt que de monades.

21 Comparer la définition de la Monade à la Proposition I avec celle, par Wolff, de l'Atomus Naturae, dans Cosmologia generalis, § 186.

22 C'est aussi le reproche que La Mettrie adresse à Leibniz dès la premiere page de L'Homme-machine.

23 Parex. Système Nouveau…, P. IV, 478, 483: « Done pour trouver ces unités réelles, je fus contraint de recourir à un point réel et animé pour ainsi dire, ou à un atome de substance … ». Ce texte est de juin 1695. C'est sans doute en 1694-1695 que, selon les renseignements qu'a bien voulu me communiquer Mme Elisabeth Labrousse, Pierre Bayle a rédigé l'article Leucippe de son Dictionnaire: «Je me suis souvent étonné de ce que Leucippe et ceux qui ont marché sur ses traces n'ont point dit que chaque atome était animé ».— La source commune de Bayle et de Leibniz ne serait-elle pas les recherches de Leeuwenhoeck? Leibniz en est particulièrement préoccupé à cette date.

24 Troisièmes objections, AT. IX(A), 134; Cinquièmes objections, ibid, p. 207; Sixièmes objections, ibid., p. 218.

25 Psychologia rationalis, § 712, en note: « Hinc corruit objectio, quasi anima hunaana prodeat ex substantia simplici inferioris gradus, et eadem facilitate anima alicujus bruti fieri poterat, quae nunc sit anima humana. Qui enim ita ratiocinantur, non satis intelligunt, quid sibi velit principium rationis sufficientis, quod non admittit mutationes in ente aliquo nisi per determinationes ipsi intrinsecas explicabiles. Etsi cum Leibnitio sumas, quod nostrum non facimus, monades, quae sunt corporum elementa, esse in statu perceptionum confusarum; non tamen ideo in hypothesi ipsius animae ex elemento aliquo corporum prodire dicendae sunt per transformationem, ut hoc modo distincte explicari posset eductio animae, tanquam formae substantialis nominis, e potentia materiae, propterea quod monades istae carere debent dispositionibus naturalibus ad clare ac distincte quid percipiendum, quibus indutae sunt animae humanae in statu praeexistentiae. Valet hie, quod veteribus dictum: Non ex quovis trunco fit Mercurius ». Ce dicton n'est pas exactement traduisible, avec son jeu de mot sur Mercurius qui signifie Mercure et garrot.

26 Sur Gottfried Ploucquet (1716–1790) qui, en 1750, enseignait à Tübingen, l'université de Canz, consulter Wundt, Max: Die deutsche Schulphilosophie im Zeitalter der Aufklärung, Hildesheim, Olms, 1964, p. 322335. (ière éd., Tübingen, 1945).

27 Par ex., faisant allusion à madame du Chatelet: «J'ai beau regarder les monades avec leur perception et leur aperception comme une absurdité, je m'y accoutume comme je laisserais ma femme aller au prêche si elle était protestante », à M. de Mairan, 5 mai 1741.

28 Cf. Roger, J.: Les Sciences de la vie dans la pensée française au XVIIIe siècle, Paris, 1963, p. 543.

29 Histoire des Animaux, chap. I, p. 115, dans Histoire naturelle de l'homme et des animaux, t. II, Paris, 1850.

30 Œuvres de Mr de Maupertuis, nouvelle édition corrigée et augmentée, Lyon, MDCCLVI, tome II, p. 232, Lettre sur les monades.

31 De l'interprétation de la Nature, § L, p. 48, dans l'éd. des Œuvres complètes par Assézat-Tourneux.

32 Maupertuis, Réponse aux objections de M. Diderot, ed. des Œuvres, pitée, p. 176.

33 Éd. Assézat-Tourneux, t. II, p. 124, 145.

34 Spinoza, Paris, 1968, tome I, p. 10-11.

35 Cf. M. Wundt, op. cit. p. 317.

36 Cf. J. C. Horn: Monade und Begriff, dont nous avons fait le compte rendu dans Archives de Philosophie, no 2, 1968. Assez curieusement, M. Horn ne parle pas de Schelling: c'est pourquoi nous nous arrêtons ici à lui.

37 Nous renvoyons ici à la trad, de Jankélévitch, S., dans: F.-W. Schelling: Essais, Paris, Aubier, 1946, p. 94.

38 Voilà déjà de nombreuses années, j'avais été frappé par l'utilisation du concept de monade dans Gott ist tot dans Holzwege. Mon sentiment s'est trouvé confirmé par l'article sur la notion de monade que Ton trouve aux p. 491–507 de l'hommage: Zeit und Geschichte. Denkesgabe an Rudolf Bultmann zum 80 Geburtstag, Tübingen, 1964.—Heidegger traite de la perception monadique dans le tome II de son Nietzsche. Je me propose d'y revenir.

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