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Une histoire de silences

  • Alexandre Vincent (a1)

Résumé

Partant d'une lecture critique de la récente Histoire du silence d'Alain Corbin, la présente étude propose un double mouvement. Il s'agit, dans un premier temps, d'une réflexion méthodologique relative à la nécessité de lancer une enquête sur les phénomènes acoustiques du passé qui ne cherche pas seulement à faire ressentir et ne se rattache pas qu'aux émotions. L'historiographie de la notion de « paysage sonore », créée par le musicologue Raymond Murray Schafer, est utilisée comme clé d'entrée pour évaluer l'apport des sound studies, de la sensory history et de l'anthropologie des sens. Les possibilités heuristiques de la notion sont soulignées, conditionnées à une approche cohérente en termes de topographie et de chronologie. Un cas d’étude est développé, dans un second temps, à partir de ces prescriptions méthodologiques. Il est consacré au silence dans les rites de la religion romaine. Cadre acoustique de la perfection rituelle, le silentium est aussi une catégorie du droit religieux romain bien éloignée de la recherche d'intériorité et de vie spirituelle que A. Corbin prête naturellement au silence. L'analyse de la nature et de la fonction du silence dans deux rites distincts, la prise des auspices et le sacrifice, vient achever de convaincre de la nécessité d'une approche historienne fine et contextualisée des phénomènes sonores : derrière une terminologie unifiée ce sont bien deux modalités acoustiques radicalement différentes qui doivent alors être entendues.

This paper, grounded in a critical reading of Alain Corbin's recent History of Silence, proposes a twofold development. The first is methodological, arguing for the necessity of studying the acoustic phenomena of the past in a way that is distinct from emotion and does not focus solely on conveying experience. The historiography of the notion of “soundscapes,” invented by musicologist Raymond Murray Schafer, is used to assess the contribution of “sound studies,” “sensory history,” and the anthropology of the senses. The heuristic capacities of this notion are emphasized, as is the need to locate it within a coherent topographical and chronological framework. The second part of the article develops a case study based on these methodological prescriptions, focusing on silence in the religious rites of ancient Rome. The acoustic frame of ritual perfection, silentium was also a category of Roman religious law and very far from the quest for interiority and spiritual life that Corbin considers a natural part of silence. An analysis of the nature and function of silence in two different rites, taking the auspices and sacrifice, confirms the need for a thorough and contextualized historical approach to acoustic phenomena: behind a unified terminology lie two radically different acoustic realities.

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Sauf indications contraires, les textes latins sont cités dans la Collection des universités de France, Paris, Les Belles Lettres.

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1 Alain Corbin, Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours, Paris, Albin Michel, 2016.

2 Lucien Febvre, « La sensibilité et l'histoire », Annales d'histoire sociale, 3-3/4, 1941, p. 5-20 ; Robert Mandrou, « Pour une histoire des sensibilités », Annales ESC, 14-3, 1959, p. 581-588.

3 Alain Corbin, Historien du sensible. Entretiens avec Gilles Heuré, Paris, La Découverte, 2000. Sur la reconnaissance par l'historiographie anglophone de l'impulsion décisive d'A. Corbin dans l'histoire des sens, voir Mark M. Smith, Sensory History, Oxford, Berg, 2007, p. 7 sq. ; Ari Y. Kelman, « Rethinking the Soundscape: A Critical Genealogy of a Key Term in Sound Studies », Senses and Society, 5-2, 2010, p. 212-234, ici p. 226-228 ; David Howes et Constance Classen, Ways of Sensing: Understanding the Senses in Society, New York, Routledge, 2014 ; ou encore la référence à ses travaux dans l'introduction de Jonathan Sterne, Une histoire de la modernité sonore, trad. par M. Boidy, Paris, La Découverte, [2003] 2015, p. 9 et 24. La traduction en anglais systématique des ouvrages d'A. Corbin est aussi significative qu'explicative de l'importance de sa réception outre-Atlantique.

4 Alain Corbin, Le territoire du vide. L'Occident et le désir du rivage, 1750-1840, Paris, Aubier, 1988, dans lequel, bien que le toucher ne soit pas le principal sujet d'investigation, les sensations du soleil et de la mer sur la peau, ou du sable sous les pieds, sont en filigrane de l'enquête ; Id., Le miasme et la jonquille. L'odorat et l'imaginaire social, xviiie-xixe siècles, Paris, Flammarion, 1986 ; Id., Les cloches de la terre. Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au xixe siècle, Paris, Aubier, 1990.

5 Alain Corbin, « Histoire et anthropologie sensorielle » [1990], Le temps, le désir et l'horreur. Essais sur le dix-neuvième siècle, Paris, Aubier, 1991, p. 227-244 ; Id., « Charting the Cultural History of the Senses », in D. Howes (dir.), Empire of the Senses: The Sensual Culture Reader, Oxford, Berg, 2005, p. 128-139. Sur la défense d'une entreprise systématique d’étude fractionnée des sens, voir A. Corbin, Historien du sensible…, op. cit.

6 Alain Corbin, « Prélude à une histoire de l'espace et du paysage sonores », in M. Porret et F. Rosset (dir.), Le jardin de l'esprit. Textes offerts à Bronisław Baczko, Genève, Droz, 1995, p. 51-63, ici p. 52. La même idée est répétée en des termes quasiment identiques dans Id., L'homme dans le paysage. Entretien avec Jean Lebrun, Paris, Textuel, 2001, p. 44 : « Il n'est pas d’étude du paysage sonore sans réflexion sur le silence, puisque celui-ci constitue une toile de fond qui conditionne la possibilité de l'appréciation. »

7 A. Corbin, Histoire du silence…, op. cit., p. 9.

8 Il s'agit des bornes réelles de l'enquête, qui ressortent de facto des sources mobilisées. La Renaissance tardive n'est que marginalement concernée dans le chapitre consacré aux quêtes spirituelles du silence. Le monde très contemporain est pour sa part totalement absent, n’était-ce deux lignes de l'introduction.

9 David Howes, Sensual Relations: Engaging the Senses in Culture and Social Theory, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 2010, p. 29-58. Le conditionnel reste de rigueur car si A. Corbin connaît évidemment les travaux de D. Howes, il ne fait pas état d'une adhésion volontaire au sensual turn dans son livre.

10 La tentation, voire la revendication, d’être un « historien flâneur » est déjà suggérée par G. Heuré et acceptée par A. Corbin, Historien du sensible…, op. cit., p. 65.

11 Compositeur et musicologue, M. Schafer a par ailleurs laissé aux adeptes de cette discipline des outils de classification des sons encore utilisés aujourd'hui.

12 Raymond Murray Schafer, The New Soundscape: A Handbook for the Modern Music Teacher, Toronto, Berandol Music, 1969. Avec cet opuscule, l'auteur souhaitait attirer l'attention des enseignants de musique sur la nécessité d'ouvrir le contenu de leurs cours aux bruits de la nature, menacés par le monde moderne. La notion de soundscape est davantage développée dans Id., Le paysage sonore. Toute l'histoire de notre environnement sonore à travers les âges, trad. par S. Gleize, Paris, J.-C. Lattès, [1977] 1979. L'utilisation de la notion clé dans le titre français, contrairement à la publication originelle, est révélatrice de l'importance de sa réception.

13 Sur les questions de réception du soundscape et sur l'utilisation de la notion dans les sciences sociales, voir Alexandre Vincent, « Paysage sonore et sciences sociales : sonorités, sens, histoire », in S. Emerit, S. Perrot et A. Vincent (dir.), Le paysage sonore de l'Antiquité. Méthodologie, historiographie, perspectives, Le Caire, Presses de l'Institut français d'archéologie orientale, 2015, p. 9-40.

14 Helmi Järviluoma et Gregg Wagstaff, « Soundscape Studies and Methods: An Introduction », in H. Järviluoma et G. Wagstaff (dir.), Soundscape Studies and Methods, Helsinki, Finnish Society for Ethnomusicology, 2002, p. 9-26, ici p. 11.

15 Michele Hilmes, « Is There a Field Called Sound Culture Studies ? And Does It Matter ? », American Quarterly, 57-1, 2005, p. 249-259.

16 A. Y. Kelman, « Rethinking the Soundscape. . . », art. cit.

17 Notamment à travers la notion de culture auditive : Michael Bull et Les Back, « Introduction: Into Sound », in M. Bull et L. Back (dir.), The Auditory Culture Reader, New York, Berg, 2003, p. 1-18.

18 Dans sa préface, Raymond Murray Schafer, Le paysage sonore. Le monde comme musique, trad. par S. Gleize, Marseille, Éd. Wildproject, [1977] 2010, p. 14, relate ainsi la naissance de la notion : « Il nous fallait un terme pour définir nos études, et c'est alors que le mot soundscape (‘paysage sonore’) est entré dans le vocabulaire. Il vient de landscape (‘paysage’). Le landscape est, ni plus ni moins, tout ce qui peut être vu, ainsi le soundscape est-il devenu tout ce qui pouvait être entendu. »

19 Ibid., p. 384. Un glossaire d’« écologie sonore » accompagne l'ouvrage et développe la définition de la notion : « Techniquement, toute partie de cet environnement est prise comme champ d’étude. Le terme s'applique aussi bien à des environnements réels qu’à des constructions abstraites, tels que compositions musicales ou montages sur bande, en particulier lorsqu'ils sont considérés comme faisant partie du cadre de vie. »

20 A. Vincent, « Paysage sonore et sciences sociales… », art. cit. ; Christophe Vendries, « Du bruit dans la cité. L'invention du ʻpaysage sonoreʼ et l'Antiquité romaine », in S. Emerit, S. Perrot et A. Vincent (dir.), Le paysage sonore…, op. cit., p. 209-258, ici p. 209-214.

21 Olivier Balaÿ, L'espace sonore de la ville au xixe siècle, Paris, À la croisée, 2003.

22 Grégoire Chelkoff, « L'homme sonore en contexte urbain. Les trente premières années du laboratoire Cresson », in J. Candau et M.-B. Le Gonidec (dir.), Paysages sensoriels. Essai d'anthropologie de la construction et de la perception de l'environnement sonore, Paris, Cths, 2013, p. 177-198 ; Jean-Paul Thibaud, « Petite archéologie de la notion d'ambiance », Communications, 90, 2012, p. 155-174.

23 Christine Guillebaud (dir.), Toward an Anthropology of Ambient Sound, Londres, Routledge, 2017. L'ouvrage est le produit d'un groupe de recherche dénommé Milson « Pour une anthropologie des milieux sonores ».

24 J. Candau et M.-B. Le Gonidec (dir.), Paysages sensoriels…, op. cit. Les auteurs acceptent aussi « ambiance sonore », « milieu sonore » ou « environnement acoustique ».

25 Tim Ingold, « Against Soundscape », in A. Carlyle (dir.), Autumn Leaves: Sound and the Environment in Artistic Practice, Paris, Double entendre/Crisap, 2007, p. 10-13.

26 Jonathan Sterne, « Sonic Imaginations », in J. Sterne (dir.), The Sound Studies Reader, Londres, Routledge, 2012, p. 1-17. Un livre incarne à lui seul le foisonnement baroque des sound studies : Hillel Schwartz, Making Noise: From Babel to the Big Bang and beyond, New York, Zone Books, 2011. Pour un bilan récent, voir Bruce Johnson, « Sound Studies Today: Where Are We Going ? », in J. Damousi et P. Hamilton (dir.), A Cultural History of Sound, Memory and the Senses, New York, Routledge, 2017, p. 7-22.

27 Sur l’« invention » de la technologie de transduction sonore, voir J. Sterne, Une histoire de la modernité sonore, op. cit., dans lequel il cherche à relativiser l'effet révolutionnaire de l'invention technologique en l'inscrivant dans le temps long du xixe siècle.

28 R. M. Schafer, Le paysage sonore…, op. cit., p. 86-87.

29 La dernière partie de l'ouvrage, intitulée « Vers un design sonore » (p. 293-369), pose les prolégomènes de cette nouvelle discipline qui passe notamment par la formation de spécialistes ouverts à la musique du monde.

30 Le programme Five Villages Soundscape, lancé par le World Soundscape Project en 1975, visait à enregistrer, pour les préserver, les paysages sonores de cinq villages européens : Lesconil (France), Skruv (Suède), Bietigheim-Bissingen (Allemagne), Cembra (Italie) et Dollar (Écosse).

31 Sur le rapport à la mort des technologies de conservation acoustique ainsi que sur la dimension politique de la sauvegarde des sons en voie de disparition, voir J. Sterne, « Une tombe résonnante », Une histoire de la modernité sonore, op. cit., p. 409-476.

32 Pour une première réflexion sur les rapports entre les deux auteurs, voir la première partie de l'article de C. Vendries, « Du bruit dans la cité… », art. cit., p. 210-214.

33 Le nom de M. Schafer apparaît régulièrement dans les livres d'entretien que A. Corbin publia à la suite des Cloches de la terre : Historien du sensible…, op. cit., p. 60-61 (on s’étonne toutefois du qualificatif d’« historien » généreusement accordé au compositeur, voir infra, p. 13) et 116 ; L'homme dans le paysage…, op. cit., p. 29.

34 Anthony Pecqueux, « Le son des choses, les bruits de la ville », Communications, 90, 2012, p. 5-16, ici p. 8. Voir, sur ce point, l'analyse historiographique d’Éric Palazzo, « Les cinq sens au Moyen Âge. État de la question et perspectives de recherche », Cahiers de civilisation médiévale, 55-220, 2012, p. 339-366.

35 R. M. Schafer, Le paysage sonore…, op. cit., p. 39-150 : ces chapitres occupent les parties intitulées « Les premiers paysages sonores » et « Le paysage post-industriel ».

36 A. Corbin avait pourtant déjà dressé un bilan critique de la méthode adoptée dans Les filles de noces. Misère sexuelle et prostitution, xixe siècle, Paris, Aubier Montaigne, 1978. Dans Historien du sensible…, op. cit., p. 46, il reconnut avoir « commis une erreur » à propos des sources littéraires : « les prendre trop au pied de la lettre et […] considérer qu'elles avaient implicitement un statut de preuve ».

37 Ibid., p. 56, 93, 96 et 158.

38 Joris-Karl Huysmans est abondamment utilisé dans A. Corbin, Histoire du silence…, op. cit., en l'occurrence p. 17-18, citant Joris-Karl Huysmans, À rebours, Paris, Gallimard, 1983, p. 142-143 ; p. 70 pour Thérèse d'Avila.

39 Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello (dir.), Histoire des émotions, Paris, Le Seuil, 2016. La méthode n'est toutefois pas revendiquée comme telle par les éditeurs.

40 A. Corbin, Histoire du silence…, op. cit., p. 9.

41 J. Sterne, Une histoire de la modernité sonore, op. cit., p. 25-34.

42 Ibid., p. 21 : « Élément d'un plus vaste phénomène vibratoire physique, le son est un produit des sens humains, non un élément du monde extérieur à l'univers humain. Il ne s'agit que d'une infime partie des vibrations du monde. »

43 Voir la comparaison proposée par D. Howes, Sensual Relations…, op. cit., p. 160-172.

44 Karl Marx, Œuvres complètes, vol. 7, Manuscrits de 1844, économie politique et philosophie, Paris, Éd. sociales, 1962, p. 93-94. L'abondance de la bibliographie en histoire et en anthropologie des sens rend illusoire toute idée de synthèse. Outre les différentes publications de D. Howes déjà mentionnées, voir Constance Classen (dir.), A Cultural History of the Senses, Londres, Bloomsbury, 2014, et surtout la page dédiée à l'actualité bibliographique en lien avec la revue The Senses and Society : http://www.sensorystudies.org/books-of-note/. Pour le domaine francophone, voir Ulrike Krampl, Robert Beck et Emmanuelle Retaillaud-Bajac (dir.), Les cinq sens de la ville du Moyen Âge à nos jours, Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 2013 ; J. Candau et M.-B. Le Gonidec (dir.), Paysages sensoriels…, op. cit. ; Marie-Luce Gélard, « L'anthropologie sensorielle en France. Un champ en devenir ? », L'Homme, 216-1, 2016, p. 91-107.

45 Le terme est omniprésent dans A. Corbin, Histoire du silence…, op. cit., sans que l'analogie ne fasse l'objet d'une véritable explicitation. Il désigne probablement les valeurs assignées au silence et aux divers affects suscités par lui.

46 David Le Breton, Du silence, Paris, Métailié, [1997] 2015. L'ouvrage convainc avant tout dans sa démonstration des variations civilisationnelles du silence. L'idée d'une évolution dans le temps est moins présente ; on s’étonne toutefois, comme pour M. Schafer, de l'absence de référence aux travaux de D. Le Breton dans l’Histoire du silence.

47 A. Corbin, Histoire du silence…, op. cit., p. 9.

48 La réflexion collective a été menée dans le cadre du programme de recherche « Paysages sonores et espaces urbains de la Méditerranée antique », commun à l’École française de Rome, l’École française d'Athènes et l'Institut français d'archéologie orientale depuis 2012.

49 A. Vincent, « Paysage sonore et sciences sociales…. », art. cit., p. 28.

50 A. Corbin, « Histoire et anthropologie… », art. cit., p. 230. L'auteur critiquait la partie de l'enquête menée par Guy Thuillier, Pour une histoire du quotidien au xixe siècle en Nivernais, Paris, Ehess, 1977, consacrée aux paysages sonores, à laquelle il reprochait un trop grand positivisme.

51 Eleanor Betts (dir.), Senses of the Empire: Multisensory Approaches to Roman Culture, Londres, Routledge, 2017 ; Jerry Toner (dir.), A Cultural History of the Senses in Antiquity, vol. 1, In Antiquity, Londres, Bloomsbury Academic, 2014. L’œuvre collective en cours la plus importante est la collection coordonnée par Mark Bradley, The Senses in Antiquity, Londres/Durham, Routledge/Acumen : Shane Butler et Alex Purves (dir.), Synaesthesia and the Ancient Senses, 2014 ; Mark Bradley (dir.), Smell and the Ancient Senses, 2014 ; Michael Squire (dir.), Sight and the Ancient Senses, 2015.

52 Voir les contributions rassemblées dans la deuxième partie de S. Emerit, S. Perrot et A. Vincent (dir.), Le paysage sonore…, op. cit., p. 155-256, plus particulièrement celle de C. Vendries, « Du bruit dans la cité… », art. cit., pour l'Antiquité romaine.

53 Sans prétendre à l'exhaustivité, voir notamment Concepción Bermejo Jiménez, « El silencio en Tibulo », in Simposio Tibuliano. Commemoración del bimilenario de la muerte de Tibulo, Murcie, Universidad de Murcia, 1985, p. 217-225 ; Marie Ledentu, « Horace et la vertu du silence, des Satires aux Odes romaines. Questionnements éthiques et esthétiques sur les enjeux de la libertas et de l’amicitia dans l'entourage d'Octavien/Auguste », Latomus. Revue d’études latines, 73-2, 2014, p. 399-414 ; Roberta Strocchio, I significati del silenzio nell'opera di Tacito, Turin, Accademia delle scienze, 1992 ; Valentina Chinnici, « La dialettica fra suono e silenzio in Calpurnio Siculo », in L. Landolfi et R. Oddo (dir.), Fer propius tua lumina. Giochi intertestuali nella poesia di Calpurnio Siculo, Bologne, Pàtron, 2009, p. 129-142 ; Géraldine Puccini-Delbey, « La vertu de silence dans les Métamorphoses d'Apulée », in R. Poignault (dir.), Présence du roman grec et latin, Clermont-Ferrand, Centre de recherches A. Piganiol-Présence de l'Antiquité, 2011, p. 225-236 ; Yoneko Nurtantio, Le silence dans l’Énéide, Bruxelles, Éd. modulaires européennes, 2014 ; Jacques Heurgon, « Le silence tragique de Didon (Énéide VI, 450-476) », in Mélanges de philosophie, de littérature et d'histoire ancienne offerts à Pierre Boyancé, Rome, École française de Rome, 1974, p. 395-400 ; Otto Seel, Quintilian oder die Kunst des Redens und Schweigens, Stuttgart, Klett-Cotta, 1977 ; Thomas Köves-Zulauf, « Reden und Schweigen im taciteischen Dialogus de oratoribus », Rheinisches Museum für Philologie, 135, 1992, p. 316-341 ; Christina Shuttleworth Kraus, « Reden und Schweigen in Caesars Bellum Gallicum », in T. Fuhrer et D. Nelis (dir.), Acting with Words: Communication, Rhetorical Performance and Performative Acts in Latin Literature, Heidelberg, Universitätsverlag Winter, 2010, p. 9-30 ; Robert J. Baker, « Sallustian Silence », Latomus. Revue d’études latines, 41-4, 1982, p. 801-802 ; Gernot Krapinger, « Schweigen in den Viten Plutarchs », in S. Jäkel et A. Timonen (dir.), The Language of Silence, Turku, Turun Yliopisto, 2001, vol. 1, p. 105-112 ; Benjamin E. Stevens, Silence in Catullus, Madison, University of Wisconsin, 2013 ; Elżbieta Wesołowska, « Silence in Seneca's Tragedies », Acta antiqua Academiae Scientiarum Hungaricae, 33, 1990-1992, p. 77-81 ; Ernest Dutoit, « Silences, dans l’œuvre de Tite Live », in Mélanges de philologie, de littérature et d'histoire anciennes, offerts à J. Marouzau par ses collègues et élèves étrangers, Paris, Les Belles Lettres, 1948, p. 141-151 ; Yelena Baraz, « Sound and Silence in Calpurnius Siculus », American Journal of Philology, 136, 2015, p. 91-120 ; Pasqualina Vozza, « Un silenzio eloquente (quid tacitus… ? Calp. Ecl. 4, 1-4) », Bollettino di studi latini, 24-1, 1994, p. 71-92 ; Ewa Skwara, « What Does Silence Say ? Functions of Silence in Plautus’ Comedies », Eos. Commentarii Societatis Philologae Polonorum, 87-2, 2000, p. 279-286.

54 Une enquête plus globale sur le silence dans l'Antiquité romaine est en cours.

55 Pour A. Corbin, Histoire du silence…, op. cit., p. 30, l’évidence est telle qu'elle n'appelle même pas le commentaire : « Passons rapidement sur ce qui unit le silence à la liturgie, tant cela va de soi. »

56 On attend avec impatience la publication imminente de l'ouvrage que Vincent Debiais consacrera à cette question.

57 Les rapports entre religion romaine et silence n'ont, à ce jour, pas fait l'objet d'un traitement en soi. Il faut noter la publication d'un séminaire d'histoire des religions : Santiago Montero et María Cruz Cardete (dir.), Religión y silencio. El silencio en las religiones antiguas, Madrid, Universidad Complutense de Madrid, 2007. La présentation bibliographique liminaire faite par Marcos Rodriguez Plaza (p. 16-18 pour l'Antiquité romaine) est éloquente quant au travail qui reste à accomplir. Voir aussi Michel Humm, « Silences et bruits autour de la prise d'auspices », in M.-T. Schettino et S. Pittia (dir.), Les sons du pouvoir dans les mondes anciens, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2012, p. 275-295.

58 On ne s'interdira évidemment pas l'utilisation de commentaires postérieurs, comme ceux du scoliaste Servius sur l’Énéide, dans la mesure où ils permettent un éclaircissement pertinent. De même trouve-t-on des éléments chez Festus, un auteur tardif qui reprend les œuvres de l'auteur augustéen Marcus Verrius Flaccus.

59 Les bases en ont été posées par Arduino Maiuri, « La polisemia del silenzio nel mondo latino tra politica, diritto e religione », in Silenzio e parola nella patristica, Rome, Institutum Patristicum Augustinianum, 2012, p. 465-486.

60 Isidore de Séville, Étymologies, 13, 10, 12 : silentium non aliqua res est, sed uti sonus non est, silentium dicitur.

61 Pline le Jeune, Lettres, 1, 6, 2.

62 Horace, Épîtres, 2, 2, 77-80 : Scriptorum chorus omnis amat nemus et fugit urbem rite cliens Bacchi somno gaudentis et umbra, tu me inter strepitus nocturnos atque diurnos uis canere et contracta sequi uestigia uatum ?

63 Martial, Épigrammes, 12, 57, 3-4 ; Juvénal, Satires, 3, 234-235. Les sources satiriques sont les premières concernées. Si leur nature suppose l'exagération, elles reposent malgré tout sur un fondement acceptable. Voir leur utilisation par Antonio Gonzales, « Discours contre le bruit, discours contre l'autre dans une mégalopole antique : le cas de Rome », in I. Pimouguet-Pédarros, M. Clavel-Lévêque et F. Ouachour (dir.), Hommes, cultures et paysages de l'Antiquité à la période moderne. Mélanges offerts à Jean Peyras, Rennes, Pur, 2012, p. 243-258.

64 Martial, Épigrammes, 12, 57, 5-6, se plaint des bruits nocturnes de la boulangerie mais surtout des activités touchant au métal : la chaudronnerie (voir aussi 9, 69, la fabrication de statue de bronze) ou le change de monnaie. Sénèque, Lettres à Lucilius, 56, 4, mentionne un serrurier. Dans le même texte, il fait état d'un facteur essayant ses instruments de musique.

65 Martial, Épigrammes, 4, 64, 21-22.

66 Juvénal, Satires, 3, 236-238.

67 Horace, Satires, 15, 11-13.

68 Pour une analyse de ce célèbre document, le plus abondamment cité sur la question des bruits urbains, qu'on me permette de renvoyer en dernier lieu à Alexandre Vincent, « Les silences de Sénèque », Pallas. Revue d’études antiques, 98, 2015, p. 131-143. Le plus fameux exemple d'appréhension d'une ville par les sons de ses habitants se trouve probablement dans le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier. Un très bel exemple médiéval, le Concile d'Apostoile ou Grand riote (Bnf, ms. fr. 837 et 19152), a été récemment étudié par Jean-Marie Fritz, « Paysage sonore et littérature médiévale : fécondité et fragilité d'une rencontre », in L. Hablot et L. Vissière (dir.), Les paysages sonores. Du Moyen Âge à la Renaissance, Rennes, Pur, 2015, p. 299-301.

69 Pour le monde grec, voir Silvia Montiglio, Silence in the Land of Logos, Princeton, Princeton University Press, 2010.

70 Henri Bardon, « Le silence, moyen d'expression », Revue des études latines, 21-22, 1943-1944, p. 112-120.

71 Tacite, Histoires, 1, 40, 1.

72 Servius, In Verg., 5, 71, Teubner, Leipzig, 1881 (trad. de l'auteur) : nam in sacris taciturnitas necessaria est.

73 Virgile clôt ainsi le discours d’Énée instituant des jeux funéraires pour son père Anchise.

74 Ovide, Ibis, 98-99 : Quisquis ades sacris, ore fauete, meis; quisquis ades sacris, lugubria dicite uerba. La construction similaire des deux vers est évidemment frappante.

75 Francesca Prescendi, Décrire et comprendre le sacrifice. Les réflexions des Romains sur leur propre religion à partir de la littérature antiquaire, Stuttgart, Franz Steiner, 2007, p. 72-73.

76 Sénèque, De la vie heureuse, 26, 7, 8 (trad. modifiée par l'auteur) : Hoc uerbum non, ut plerique existimant, a fauore trahitur, sed imperat silentium ut rite peragi possit sacrum nulla uoce mala obstrepente.

77 Paul Diacre, in Festus, 78 L. (trad. de l'auteur) : Fauere enim bona fari, at ueteres poetae pro silere usi sunt fauere. Bien que l'expression n'y apparaisse pas, il faut aussi penser au fauete linguis dans un autre lemme de Paul Diacre, in Festus, 249 L. : Parcito linguam in sacrificiis dicebatur, id est coerceto, contineto, taceto.

78 Servius, in Verg., 5, 71 (trad. de l'auteur) : « fauete linguis, fauete uocibus », hoc est bona omina habete aut tacete. L'expression fauete uocibus est un hapax, qui ne semble avoir d'autre vertu que d'expliciter fauete linguis en élargissant la métonymie.

79 Cicéron, De la divination, 44, 102 : Quae maiores nostri quia ualere censebant, idcirco omnibus rebus agendis « quod bonum, faustum, felix fortunatumque esset » praefabantur, rebusque diuinis, quae publice fierent, ut « fauerent linguis », imperabatur inque feriis imperandis, ut « litigibus et iurgiis se abstinerent ».

80 Plutarque, Numa, 14, 4-5 : ὡς γάρ φασι τοὺς Πυθαγορικοὺς οὐκ ἐᾶν ἐκ παρόδου προσκυνεῖν καὶ προσεύχεσθαι τοῖς θεοῖς, ἀλλ᾽ οἴκοθεν εὐθὺς ἐπὶ τοῦτο γνώμῃ παρεσκευασμένους βαδίζειν, οὕτως ᾤετο Νομᾶς χρῆναι τοὺς πολίτας μήτε ἀκούειν τι τῶν θείων μήτε ὁρᾶν ἐν παρέργῳ καὶ ἀμελῶς, ἀλλὰ σχολὴν ἄγοντας ἀπὸ τῶν ἄλλωὶ καὶ προσέχοντας τὴν διάνοιαν ὡς πράξει μεγίστῃ τῇ περὶ τὴν εὐσέβειαν, ψόφων τε καὶ πατάγων καὶ στεναγμῶν, καὶ ὅσα τοιαῦτα τοῖς ἀναγκαίοις καὶ βαναύσοις πόνοις ἕπεται, καθαρὰς τὰς ὁδοὺς ταῖς ἱερουργίαις παρέχοντας, ὧν ἴχνος τι μέχρι [p. 356] νῦν διασώζοντες, ὅταν ἄρχων πρὸς ὄρνισιν ἢ θυσίαις διατρίβῃ, βοῶσιν ‘Ὃκ ἄγε:’ σημαίνει δὲ ἡ φωνὴ ‘τοῦτο πρᾶσσε,’ συνεπιστρέφουσα καὶ κατακοσμοῦσα τοὺς προστυγχάνοντας.

81 F. Prescendi, Décrire et comprendre le sacrifice…, op. cit., particulièrement p. 75-76.

82 La prise des auspices est un temps particulièrement important de la vie collective (religieuse et politique) romaine, qui a suscité une abondante littérature. Voir, en dernier lieu, Yann Berthelet, Gouverner avec les dieux. Autorité, auspices et pouvoir, sous la République romaine et sous Auguste, Paris, Les Belles Lettres, 2015. Sur la question particulière du silence augural, voir M. Humm, « Silences et bruits… », art. cit., ainsi que Santiago Montero, « Del silencio augural al silencio ante el prodigio », in S. Montero et M. C. Cardete, Religión y silencio…, op. cit., p. 165-174.

83 John Scheid, « La parole des dieux. L'originalité du dialogue des Romains avec leurs dieux », Opus, 6-8, 1987-1989, p. 125-136.

84 Sur la chronologie et les raisons de cette évolution, voir Y. Berthelet, Gouverner avec les dieux…, op. cit., p. 220-235. En attendant une véritable enquête sur les pullarii, voir Giuseppina Foti, « Funzioni e caratteri del ʻPullariusʼ in età repubblicana e imperiale », Acme, 64-2, 2011, p. 89-121.

85 M. Humm, « Silences et bruits… », art. cit., en particulier p. 288 sur les sources situant la prise des auspices la nuit.

86 Le tripudium soniuium était manifestement explicité dans le traité de droit augural d'Appius Pulcher (mention dans Festus, 382 L : « Soni>uium tripu<dium […] Appius> Pulcher, quod […] »). L'identification exacte des sons qu'il aurait fallu guetter est soumise à discussion. Si l'on suit Servius, In Verg., 3, 90, il s'agissait du bruit produit par la chute d'un rocher ou d'un arbre. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, 15, 24 fait état du bruit des noix heurtant le sol.

87 On trouve un parallèle intéressant dans le célébrissime document des Tables Eugubines, qui affirme la nécessité du silence dans les prises d'auspices de la cité ombrienne. La Table VI précise ainsi : « Quand sur le siège sera assis celui qui ira observer les [oiseaux] criants, dès lors qu'on ne fasse pas de bruit, qu'un tiers ne s'immisce pas jusqu’à ce que soit revenu celui qui sera allé observer les [oiseaux] criants. Si l'on fait du bruit ou [si] quelqu'un d'autre s'est immiscé, [le rituel] sera invalide. » Je reprends ici la traduction et la belle analyse de Jean-Claude Lacam, « L'univers sonore dans les Tables Eugubines », Res Antiquae, 12, 2015, p. 103-116.

88 Cicéron, Lettres aux familiers, 6, 6, 7 : « Ainsi, puisque, à la manière des augures et des astrologues, j'ai comme eux réussi, moi qui suis augure officiel, à établir à tes yeux, par mes prédictions antérieures, l'autorité de mon art augural et divinatoire, une prédiction de ma façon devra t'inspirer confiance. Ce n'est donc pas de la venue d'un oiseau au vol prophétique, ni du chant ‘à gauche’ d'un oiseau au cri prophétique, comme cela se pratique dans notre science augurale, ni des miettes qui tombent intactes ou avec bruit du bec des poulets que je tire un présage pour ton avenir ; j'ai d'autres signes qui s'offrent à mon observation et, s'ils ne sont pas plus sûrs que les premiers, ils contiennent moins d'obscurité et prêtent moins à méprise. » Il est préférable de suivre Cicéron quant à la nature de cette irruption sonore de l'expression divine plutôt que Servius, In Verg., 3, 90, selon qui il s'agissait du bruit produit par la chute d'un rocher ou d'un arbre, assurément plus audible même sans silence environnant.

89 Les divers auguracula de la ville étaient situés en hauteur, autant pour des raisons religieuses que pratiques, afin de garantir une meilleure observation du vol des oiseaux. Voir la carte de Filippo Coarelli reproduite dans M. Humm, « Silences et bruits… », art. cit., p. 279.

90 Festus, 474 L. : hoc enim est <proprie sil>entium, omnis uitii in auspiciis uacuitas.

91 Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, Paris, Payot, 1966, p. 589. L'auteur traite des auspices pris par le paterfamilias en contexte privé, ce qui ne change rien à la valeur de l'analyse.

92 Cicéron, De la divination, 2, 71-72 : « Q. Fabi, te mihi in auspicio esse uolo ». Respondet : « Audiui ». Hic apud maiores adhibebatur peritus, nunc quilubet. Peritum autem esse necesse est eum qui, silentium quid sit, intellegat ; id enim silentium dicimus in auspiciis, quod omni uitio caret. Hoc intellegere perfecti auguris est ; illi autem qui in auspicium adhibetur, cum ita imperauit is, qui auspicatur : « Dicito, silentium esse uidebitur », nec suspicit nec circumspicit; statim respondet silentium esse uideri. Tum ille : « Dicito, si pascentur » – « Pascuntur ».

93 F. Prescendi, Décrire et comprendre le sacrifice…, op. cit., p. 74 sq., ainsi que S. Montero, « Del silencio augural… », art. cit.

94 Paul Diacre, Festus, 56 L.

95 Festus, 382 et 386 L.

96 Pline l'Ancien, Histoire naturelle, 8, 62, 223 : Nam soricum occentu dirimi auspicia Annales refertos habemus. Qu'entendre des cris de souris ait été considéré comme un mauvais présage est confirmé par Valère Maxime, Faits et dits mémorables, 1, 1, 5, 3 : occentusque soricis auditus Fabio Maximo dictaturam, C. Flaminio magisterium equitum deponendi causam praebuit. Le rapport de ces animaux avec le monde souterrain est assez clair pour que l'on comprenne aisément les raisons de ces présages négatifs.

97 Caton, De l'orateur, fr. 73 (Malcovati) = 60 (Cugusi).

98 Plutarque, Questions romaines, 73.

99 Columelle, De l'agriculture, 4, 29, 5 ; 12, 25, 4.

100 Françoise Van Haeperen, « Auspices d'investiture, loi curiate et légitimité des magistrats romains », Cahiers du Centre Gustave-Glotz, 23, 2012, p. 71-111, ici p. 76-77, suppose qu'il devait s'agir des pullarii. C'est aussi le cas de G. Foti, « Funzioni e caratteri… », art. cit.

101 Le relief provient du territoire de la commune de Varese (l'antique Angera), mais l'original est conservé au Civico museo archeologico di Milano, n. inv. A6774. La publication la plus récente est Floriana Cantarelli, Catalogo del lapidario dei musei civici di Varese, Musei civici di villa Mirabello, Varese, 1996, no 17 et appendice 2, p. 172-176, qui propose comme datation le deuxième quart du ier siècle apr. J.-C. Je remercie Anna Provenzali, conservatrice au musée archéologique de Milan, de m'avoir fourni diligemment toutes les informations à sa disposition concernant ce relief, ainsi que la photographie reproduite. De manière générale, pour les représentations du sacrifice romain, voir les travaux de Valérie Huet, plus particulièrement « La mise à mort sacrificielle sur les reliefs romains : une image banalisée et rituelle de la violence ? », in J.-M. Martin (dir.), La violence dans les mondes grecs et romains, Paris, Publications de la Sorbonne, 2005, p. 91-119.

102 Corpus Inscriptionum Latinarum, V, 5472 : I(oui) O(ptimo) M(aximo) | P(ublius) Qurtius P(ubli) f(ilius) Victor | P(ublius) Q(urtius) P(ubli) f(ilius) Primus | VIuir iun(ior) : « À Jupiter très bon très grand, Publius Qurtius Victor, fils de Publius, Publius Qurtius Primus, fils de Publius, sévir junior ».

103 Sur les desservants du culte et leur représentation dans l'art romain, outre le toujours utile Inez Scott Ryberg, Rites of the State Religion in Roman Art, Rome, American Academy in Rome, 1955, voir Friederike Fless, Opferdiener und Kultmusiker auf stadt-römischen historischen Reliefs. Untersuchungen zur Ikonographie, Funktion und Benennung, Mayence, Zabern Verlag, 1995.

104 L'appel au silence n’était pas prononcé directement par le sacrifiant mais par un praeco, voir Festus, 78 L : Nam praecones clamantes populum sacrificiis fauere iubebant.

105 Voir, par exemple, dans I. S. Ryberg, Rites of the State Religion…, op. cit., les représentations sur le relief de Clodius Gothicus (pl. 67, fig. 116e), le relief sacrificiel provenant de Reggio di Calabria (pl. 67, fig. 116d), l'autel de Manlius (pl. 25, fig. 39a) ou l'une des scènes de sacrifice de la colonne Aurélienne (John Scheid et Valérie Huet (dir.), La colonne Aurélienne. Autour de la colonne Aurélienne. Geste et image sur la colonne de Marc Aurèle à Rome, Turhout, Brepols, 2000, p. 341, fig. 48, p. 227-242).

106 Sur les fonctions des praecones et les conséquences sociales du fait de prêter sa voix à un magistrat, voir Jean-Michel David, « Le prix de la voix : remarques sur la clause d'exclusion des praecones de la table d'Héraclée », in T. Hantos (dir.), Laurea Internationalis. Festschrift für Jochen Bleicken zum 75. Geburstag, Stuttgart, Franz Steiner, 2003, p. 81-106, ou encore Jean-Michel David, « La baguette et la voix », in M. T. Schettino et S. Pittia (dir.), Les sons du pouvoir…, op. cit., p. 313-327.

107 La concentration de plusieurs étapes en un même temps de représentation est un phénomène courant et bien connu des images antiques.

108 John Scheid, « Graeco Ritu: A Typically Roman Way of Honouring the Gods », Harvard Studies in Classical Philology, 97, 1995, p. 15-31.

109 Plutarque, Étiologies romaines, 10.

110 Sur le voile comme condition de réalisation orthopraxique du rite, voir Valérie Huet, « Le voile du sacrifiant à Rome sur les reliefs romains : une norme ? », in F. Gherchanoc et V. Huet (dir.), Vêtements antiques. S'habiller, se déshabiller dans les mondes anciens, Arles, Errance, 2012, p. 47-62.

111 Alexandre Vincent, Jouer pour la cité. Une histoire sociale et politique des musiciens professionnels de l'Occident romain, Rome, École française de Rome, 2016, p. 141-171.

112 Pline l'Ancien, Histoire naturelle, 28, 11 : ne quod uerborum praetereatur aut praeposterum dicatur, de scripto praeire aliquem rursusque alium custodem dari qui adtendat, alium uero praeponi qui fauere linguis iubeat, tibicinem canere ne quid aliiud exaudiatur utraque memoria insigni, quotiens ipsae dirae obstrepentes nocuerint quotiensue precatio errauit ; sic repente extis adimi capita uel corda aut geminari uictima stante.

113 L'idée selon laquelle les tibiae, plus particulièrement vouées aux cultes publics, aient pu être réalisées en ivoire dérive d'un passage de Virgile, Géorgiques, 2, 193 : cum pinguis ebur Tyrrhenus ad aras lancibus. On note toutefois qu'il s'agit d'un passage consacré aux cultes dionysiaques. La précision est aussi donnée par Properce, Élégies, 4, 6. Contra, Pline l'Ancien, Histoire naturelle, 16, 66, fait état, en son temps, de tibiae jouées dans les cultes et réalisées en buis : Nunc sacerdotae Tuscorum e buxo, ludicrae uero et loto ossibusque asininis et argento fiunt. Les vestiges archéologiques montrent une variété de matériaux possibles.

114 Ovide, Fastes, 3, 260-392. Pour la bibliographie concernant ce passage abondamment commenté, voir F. Prescendi, Décrire et comprendre le sacrifice…, op. cit., p. 189-198.

115 Annie Dubourdieu, « Divinités de la parole, divinités du silence dans la Rome antique », Revue de l'histoire des religions, 220-3, 2003, p. 259-282, ici p. 260 sq.

116 Corrado Bologna, « Il linguaggio del silenzio. L'alterità linguistica nelle religioni del mondo classico », Studi storico-religiosi, 2-2, 1978, p. 305-342, ici p. 317.

117 J. Scheid, « La parole des dieux… », art. cit.

Sauf indications contraires, les textes latins sont cités dans la Collection des universités de France, Paris, Les Belles Lettres.

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