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L'Élaboration de L'Immigrant Américan

  • Jeanne Chase (a1)

Extract

«The depressing and harassing nature of the

frightful, restless life I hve hre has made a

mush of my mind ».

Un sujet de Sa Majesté George III débarquant en 1774 à New York dans les colonies britanniques de l'Amérique du Nord, n'avait en fait pas quitté le royaume. S'il était arrivé en 1783, il aurait dû traverser une frontière, aurait été reçu et perçu comme un étranger. 100 000 étrangers au minimum passèrent par New York, le premier port d'accueil, entre 1783 et 1820, dont trois sur quatre étaient sujets britanniques. Fort peu y restèrent. En 1805, ou encore en 1820, la ville comptait environ 5 000 citadins étrangers. Quelques-uns devinrent citoyens —1806, dont trois femmes — entre 1792 et 1820 (tableau 1). Les problèmes posés à la ville étaient donc d'ordre institutionnel, financier et surtout politique, ce dernier point devenant bien plus difficile à résoudre que par le passé car, si le sujet britannique jurait allégeance à la personne du roi, le citoyen des États-Unis, lui, prêtait serment envers un corps politique corporatif et souverain dont il était membre. Pour la République, l'allégeance n'était plus un simple geste. Elle était un état d'esprit.

Summary

The concept of foreigner as non-national has a rather short history, being articulated roughly at the time of the French and American Revolutions. This study traces the development of that concept in the early United States, firstly as a by-product of the uniquely American doctrines of allegiance and of treason, secondly as a consequence of massive population movements in Western Europe between 1816 and 1819. Although these factors affected the demographie composition of cities on either side of the Atlantic only fleetingly they had a lasting impact on the American concept of foreigner.

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1. Observation d'un Irlandais habitant l'État de New York en 1820, citée dans R. F. Foster, Modem Ireland, 1600-1972, New York, Penguin Books, 1989, p. 351. L'auteur de cette observation désabusée est un Irlandais plongé dans un monde aux normes étranges qu'il ne pouvait ni ne voulait adopter. Il exprime ses frustrations en 1820, moment choisi par le maire de New York pour exprimer une opinion inverse : les étrangers aux moeurs indisciplinées minent le bon ordre de la ville. La convergence des deux sentiments fait apparaître une figure nouvelle, celle de Vimmigrant. C'est un mot nouveau. Il n'entre pas dans la langue anglaise, ni française, d'ailleurs, avant le milieu du xviir3 siècle. En 1820, il garde le statut d'un néologisme dans la langue commune américaine, car il situe l'étranger par rapport à la société civile. Le mot traditionnel est alien, expression qui souligne la relation de l'étranger à l'État. Est alien le ressortissant d'une puissance étrangère qui n'a pas acquis le droit de citoyenneté américaine. S'il n'est guère étonnant qu'un étranger dans un pays qui émerge d'une guerre d'indépendance soit vu sous l'angle de l'État, l'explication de son entrée dans l'arène de la société civile est moins évidente. Dans ce texte nous tracerons l'histoire de cette réorientation américaine.

2. Chapin, Bradley, « Colonial and Revolutionary Origins of the American Law of Treason », William and Mary Quarterly, Third Séries, vol. XVII, n° 1, 1960, p. 10.

3. Laws ofthe State of New York, Session 4, 29 mars 1781. Le serment était formulé de façon à rendre impossible une double nationalité, répondant ainsi à une pratique courante au xvmc siècle. Pendant les guerres aux Caraïbes, des négociants anglais cherchèrent à acquérir une nationalité de complaisance — hollandaise ou danoise. Ceci se faisait à St. Eustatius ou à St. Thomas sans risque de perdre la nationalité anglaise pourvu qu'une autorisation préalable soit accordée par un agent de la Couronne. Pare, Richards, War and Trade in the West Indies, 1739-1763, Londres, Frank Cass and Co., 1963, pp. 424426.

4. B. Chapin, op. cit., p. 5 ; New York Gazette, 1,er septembre 1766. Sur les origines de la jurisprudence anglaise en matière de trahison — l'intention de provoquer mortem et destructionem domini Régis : Ernst Kantorowicz, Les deux corps du roi, Paris, Gallimard, 1989, pp. 17-20, 27, 47, 231-258.

5. Constitution of the United States, article III, section 3.

6. Laws of the United States, « An Act Respecting Alien Enemies », 5th Congress, 2nd Session, Chapter 83, 6 juillet 1798 ; « An Act in Addition to the Act, Entitled : An Act for the Punishment of Certain Crimes against the United States », 5th Congress, 2nd Session, Chapter 91,14 juillet 1789. Ce dernier traite uniquement de la sédition, avec pour objectif l'interdiction de la presse critiquant la politique fédéraliste. Cet acte est le seul à avoir une durée limitée, restant en vigueur jusqu'au 3 mars 1801, soit un jour avant la fin du mandat présidentiel. Le gouvernement de Jefferson affiche des intentions plus généreuses. L'Acte de 1802 réduit de 14 à 5 le nombre d'années de résidence exigées avant la demande de naturalisation. L'esprit fédéraliste n'a pas disparu pour autant. Deux actes ne sont pas abrogés, dont l'un définit comme crime contre l'État certains contacts avec les puissances étrangères, tandis que l'autre interdit la demande de naturalisation aux sujets des nations en guerre contre les Etats-Unis : « An Act for the Punishment of Certain Crimes Therein Specified », 5th Congress, Third Session, Chapter 107, 30 janvier 1799 ; « An Act to Establish a Uniform Rule of Naturalization, and to Repeal the Act Heretofore passed on that Subject », 5th Congress, 2nd Session, Chapter 71, juin 1798.

7. Doyle, David Noël, Ireland, Irishmen and Revolutionary America, 1760-1820, Dublin- Cork, The Mercier Press, 1981, pp. 196, 216.

8. R. F. Foster, op. cit., pp. 270-271.

9. Ibid., p. 265.

10. D. N. Doyle, op. cit., p. 214.

11. Ibid.

12. Niles’ Weekly Register, 6 mars 1813.

13. Curtis P. Nettels, The Emergence ofa National Economy, 1775-1815, White Plains-New York, M. E. Sharpe, Inc., réimpression notée datée de l'édition de 1962, p. 235.

14. Ibid., p. 167.

15. Ibid.

16. Mckee, Christopher, « Foreign Seamen in the United States Navy : A Census of 1808 », William and Mary Quarterly, vol. XXXII, n° 3, 1985, pp. 383393.

17. Dye, Ira, « Early American Merchant Seafarers », Proceedings of the American Philosophical Society, vol. 120, n° 5, 1976, p. 331.

18. Niles’ Weekly Register, 20 mars 1813.

19. I. Dye, op.cit., p. 331.

20. Ibid., p. 352.

21. Ibid., p. 351.

22. Mcco, Drewy, The Elusive Republic. Political Economy in Jeffersonian America, Chapel Hill, North Carolina, University of North Carolina Press, for the Institute of Early American History and Culture, 1980, p. 76.

23. Heato, Herbertn, « The Industrial Immigrant in the United States, 1783-1812 », Proceedings of the American Philosophical Society, vol. 95, n° 5, 1951, pp. 519527.

24. « Returns of Enemy Aliens », War of 1812 Papers, 1775-1812, Naval Records Collections of the Office of Naval Records and Library, recorded Group 45, National Archives, Washington, DC, édition de microforme n° 1637, rouleaux 1-3 ; Niles’ Weekly Register, 18 juillet 1812.

25. C. P. Nettels, op. cit., p. 323.

26. « Walter Barret » (Joseph Scoville), The Old Merchants of New York City, New York, Carleton Publisher, 1862, pp. 323-351, 367-369, 433-441 ; D. T. Valentine, Manual of the Corporation of the City of New York, 1859, pp. 567, 571.

27. Willi, Edmund Philips, « Social Origins of Political Leadership in New York City from the Révolution to 1815 », University of California, PhD dissertation, 1967, pp. 334356.

28. En 1810, la population de New York (96 000 habitants) est presque le triple de celle de Baltimore (35 000). Chase, Jeanne, « L'organisation de l'espace économique dans le nord-est des États-Unis après la guerre d'Indépendance », Annales ESC, 1988, n” 4, pp. 9971020.

29. D. T. Valentine, op. cit., pp. 567, 571.

30. Early New York Naturalizations. Abstracts of National Records from Fédéral, State and Local Courts, 1792-1840, Kenneth Scorr éd., Baltimore, Genealogical Publishing Co., 1981.

31. New York Gazette. 9 juin 1783 ; The Shamrock, juin 1816.

32. Alexis De Tocqueville, De la démocratie en Amérique, vol. 1, Paris, Gallimard, (1835), 1961, pp. 290-291. La notion d'un seuil de tolérance ne provient pas tant d'un nombre, même hypothétique, que de l'orientation de l'observateur. A. de Tocqueville faisait ses constats sur les villes de 1830, à la fin d'une décennie d'immigration relativement restreinte. Washington procède à l'enregistrement systématique des étrangers qui passent par tous les ports américains seulement en 1820. Ce n'est qu'en 1827 que le nombre total dépasse le nombre des arrivées uniquement à New York à la fin de 1818-début 1819. Le poids des étrangers dans la population totale des villes est donc minime pendant les années 1820, d'autant plus qu'un nombre relativement important d'immigrants se localise dans l'arrière-pays, voire même à la frontière, à cette époque. US Bureau of the Census, Historical Statistics of the United States, Colonial Times to 1970, Part 1, Washington, DC, 1975, p. 106.

33. JPost, ohn Dexter, The Last Great Subsistence Crisis in the Western World, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1977, pp. 157175.

34. Niles’ Weekly Register, 5 octobre 1816 ; The Shamrock, 29 octobre 1814, New York Evening Post, 11 avril 1815, 8 août 1815. Sur les journaux : Allan Pred, « Urban System Growth and the Long-Distance Flow of Information through Pre-electronic United States Newspapers », Economie Geography, vol. 47, 1971, pp. 488-524.

35. J. D. Post, op. cit., p. 28 ; M. J. Healy and E. L. Jones, « Wheat Yields in England, 1815-1857 », Journal of the Royal Statistical Society, Séries A, 1962, p. 578 ; E. J. Hobsbawm, Industry and Empire, Middlesex, Penguin Books, 1974, pp. 99-101. Sur les effets sur l'agriculture en Amérique du Nord, voir Niles’ Weekly Register, 27 juillet, 10 août 1816, 24 mai, 12 juillet, 23 août 1817, 5 septembre 1818.

36. J. D. Post, op. cit., pp. 87, 88.

37. Ibid., pp. 100, 105.

38. Schama, Simon, The Embarrassment of Riches : An Interprétation ofDutch Culture in the Golden Age, Londres, William Collins Sons and Co., 1987, pp. 581582.

39. An Alphabetical Table of the Situation and Extent… of the City of New York, imprimé et vendu par John Low, n° 33 Chatham Street, New York, 1808, pp. 70-71.

40. New York Association for Improving the Condition of the Poor (Nyaicp), Second Annual Report, 1920, p. 74.

41. « Bills of Mortality of the City of New York, 1795-1820 », Manuscript Division, Municipal Archives, 52 Chambers Street, New York.

42. US Department of State, Census for 1810, Washington, DC, 1811 ; New York State Assembly, Journal, 38th Session, 1814-1815, p. 252.

43. D. N. Doyle, op. cit., p. 212 ; The Shamrock, 23 novembre 1811.

44. Le recensement de 1816 fut publié dans The Shamrock en août 1816. Une vaste majorité des aliens était sans doute de souche européenne. Si le recensement ne les distingue pas par lieu de naissance, les registres des décès le font : 7 % des immigrés morts à New York entre 1795 et 1820 avaient une ascendance africaine et étaient des Caraïbes.

45. The Shamrock, février 1817, Nyaicp, op. cit., pp. 58, 67 ; Nyaicp. Fourth Annual Report (sic), 1821, p. 28.

46. FWright, rances, Views of Society and Manners in America, Backer, Paul éd., Cambridge, The Belknap Press-Harvard University Press, (1821), 1963, pp. 241242.

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