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Dire l'indicible. Remarques sur la catégorie du nefandum du XIIe au XVe siècle

  • Jacques Chiffoleau (a1)

Extract

En septembre 1307, dans l'ordre d'arrestation des templiers, les officiers du roi de France, malgré la redondance extrême de leur discours, n'arrivent pas à dire l'horreur d'un crime que bientôt pourtant les accusés, eux, finissent par dire, mais sous la torture et dans le secret :

Une chose amère, une chose déplorable, une chose assurément horrible à penser, terrible à entendre, un crime détestable, un forfait exécrable, un acte abominable, une infamie affreuse, une chose tout à fait inhumaine, bien plus, étrangère à toute humanité, a, grâce au rapport de plusieurs personnes dignes de foi, retenti à nos oreilles, non sans nous frapper d'une grande stupeur et nous faire frémir d'une violente horreur.

C'est que la faute des moines-chevaliers est à proprement parler indicible, nefandissima. Si l'on cherche à préciser le statut de la parole de l'accusé en cette fin du Moyen Age, il n'est donc pas sans intérêt de s'interroger sur cette catégorie étrange du nefandum, et d'explorer une situation limite, paradoxale : celle précisément où l'accusé dit ce qui est impossible à dire.

Summary

Within the framework of inquisitorial procedure—known to have never become generalized and yet to have marked the whole of the procedural system— the accused often ended up saying the unsayable, the nefandum. In what did this strange metajuridical category consist? What role did it play in the history of avowal and of power? I attempt to answer these two questions in bringing to light, first of all, the links between the nefandum (that which is against nature), heresy and lese majesty, and in sketching out, secondly, a phenomenology of the inquisitio. I suggest, lastly, that the desire to make people say the unsayable—the will to reach the truth— has something in common with the inauguration of absolutist power.

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end notes

* Nous reprenons ici le texte d'une intervention au séminaire d'Erice en Sicile, à l'Ettore Majorana Center for Scientific Studies, consacré en septembre 1988 à « La parole à l'accusé ; le statut de la parole dans la pratique judiciaire (xme-xvie siècles) ». Nous remercions vivement A. Paravicini-Bagliani et J.-C. Maire Vigueur, directeurs de ce séminaire et éditeurs des Actes (à paraître en italien chez Sellerio à Palerme) de nous permettre d'en donner aujourd'hui la primeur aux Annales. Les thèses exposées ici seront reprises en détail dans le chapitre correspondant de l'Histoire du crime de majesté que nous préparons en collaboration avec Yan Thomas.

1. « Res amara, resflebilis, res quidem cogita tu horribitis, auditu terribilis, detestatibilis crimine, excecrabilis scelere, abhominabilis opère, detestanda flagicio, res penitus inhumana, immo ab omni humanitate seposita… ». Cf. G. Lizerand, Le dossier de l'affaire des templiers, Paris, 1964, pp. 16-17.

2. Foucault, M., La volonté de savoir, Paris, 1976, p. 128.

3. « Evidenter ostenditur quod iure civili fuit inventata inquisitio. Frustra enim insultant docentes in iure canonico, quod de ipsorum iure inquisitio fuit inventa », cf. P. Legendre, « Le droit romain, modèle et langage ; de la signification de Yutrumque jus », dans Études d'histoire du droit canonique dédiées à Gabriel Le Bras, Paris, 1965, t. II, pp. 913-930.

4. Voyez les deux décrétales d'Innocent III Inter sollicitudines (mai 1199) = X. 5, 34, 10 et Licet Heli (décembre 1199) = X. 5, 3, 31 (qu'il faut rapprocher, au moins sur le plan chronologique, de Vergentis in senium de mars 1199, cf. n. 57).

5. A. Gouron, Postface au recueil collectif, Renaissance du pouvoir législatif et genèse de l'État (sous la direction de A. Gouron et A. Rigaudière), Publications de la Société d'histoire du droit et des institutions des anciens pays de droit écrit, Montpellier, 1988, p. 278. Dans le même recueil, cf. aussi la communication de A. Rigaudière, « Législation royale et construction de l'État dans la France du XIIIe siècle », pp. 203-236.

6. On trouvera une bibliographie complète et une première esquisse de cette évolution dans Chiffoleau, J., « Sur la pratique et la conjoncture de l'aveu judiciaire en France du XIIIe siècle au XVe siècle », dans L'aveu, Actes de la Table ronde de Rome (mars 1984), Rome, 1986, pp. 341 380. Cette chronologie sera reprise en détail dans le livre en préparation cité en note préliminaire.

7. Guillermioz, « De la persistance du caractère oral dans la procédure », Revue historique de Droit, 1882, pp. 21-65.

8. Si nous insistons sur la lenteur de l'installation de la procédure extraordinaire, cela ne veut pas dire que nous jugeons le royaume entièrement imperméable au droit savant redécouvert en Italie à partir du début du xne siècle. Au contraire, sans rentrer ici dans les vieilles querelles sur la réception du droit romain en France, nous pensons que ce droit joue un rôle trop minoré dans les analyses des historiens français de la fin du xixe siècle et du début du xxe siècle (en partie pour des raisons idéologiques) et par voie de conséquence dans l'historiographie actuelle. Malgré des résistances indéniables, puissantes, qui se marquent de bien des façons, malgré l'emprise de la coutume, il ne fait aucun doute que la connaissance et l'usage de la législation romaine font de très grands progrès entre le xme siècle et le xvie siècle, ne serait-ce qu'à travers les modèles offerts par le droit canonique, lui même porteur, comme l'a souligné P. Legendre, de bien des conceptions romaines. Ce n'est pas parce qu'on relègue officiellement le droit romain, qu'on empêche son enseignement à Paris (mais il existe ailleurs), qu'on refuse de le recevoir comme la loi du royaume, qu'il ne marque pas profondémment les pratiques et même la doctrine. Chassé par la porte, il revient sans cesse par la fenêtre !

9. Sur ce « double langage » de la justice royale, cf. les travaux d' Soman, A., notamment « La justice criminelle aux XVIe-XVIIe siècles : le Parlement de Paris et les sièges subalternes » dans La faute, la répression, le blasphème, Actes du 107e Congrès des Sociétés savantes (Brest, 1982), Paris, 1984, pp. 1552. La relative « modération » de la justice royale à la fin du xvie siècle et au xviie siècle, bien mise en valeur par Soman, n'empêche pas que la procédure extraordinaire couronne et donne tout son sens à l'ensemble du système procédural et du système des preuves.

10. Pour tout ce qui suit, cf. J. Chiffoleau, « Sur la pratique et la conjoncture de l'aveu judiciaire… », op. cit.

11. Cohn, N., Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen Age, Paris, 1982.

12. C'est du moins l'hypothèse que nous avions cru pouvoir formuler dans « Sur la pratique », op. cit. et que nous reprendrons dans un essai sur le développement de la chasse aux sorcières. En attendant, on peut consulter la synthèse récente de Levack, B. P., The Witch-Hunt in Early Modem Europe, Londres, 1987.

13. Sur l'évolution de la doctrine aux xve, xvie et xvne siècles, cf. l'ouvrage essentiel de Sbriccoli, M., Crimen laesae majestatis. Il problema del reato polit ico aile soglie délia scienza penalistica moderna, Milan, 1974. On peut d'ailleurs observer un mouvement semblable au Bas- Empire, cf. Thomas-chiffoleau, ouvrage cité note préliminaire.

14. Cf. Benveniste, E., Le vocabulaire des institutions indo-européennes, Paris, 1969, t. II, pp. 133142 qui montre comment fas est lié àfari et comment s'établit le rapport entre « parler » et « droit divin ». Ce lien il va le chercher dans l'expression ancienne fas est + infinitif : « on entendait par là renonciation de parole divine et impérative : à travers cette parole impersonnelle, la volonté des dieux se manifeste, les dieux disent ce qu'il est permis de faire ; c'est par cette expression fas est qu'on parvient à l'idée de droit divin », ibid., p. 139.

15. Définition reprise par M.-D. Chenu, « Orthodoxie et hérésie : le point de vue du théologien » dans Hérésies et sociétés dans l'Europe préindustrielle, sous la direction de J. Le Goff, Paris, 1968, p. 10.

16. Cohn, N., Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen Age, Paris, 1982. Lerner, R., The Heresy of The Free Spirit in the Later Middle Ages, Berkeley, 1972. 17. Cf. D. Barthélémy et J. Chiffoleau, « Les sources cléricales et la notion de clandestinité au Moyen Age », dans Histoire et clandestinité, Actes du colloque de Privas (mai 1977), n° spécial de la Revue du Vivarais, 1979, pp. 19-39.

18. Cf. Benveniste, op. cit., n. 14.

19. Voyez ce qu'en dit Y. Thomas, « Sanctio. Les défenses de la loi », dans L'écrit du temps n° 19 (négations), Paris, automne 1988, pp. 61-84, notamment pp. 76-77.

20. Nous empruntons ici beaucoup au très intéressant livre de Boswell, J., Christianisme, tolérance sociale et homosexualité, Paris, trad. frse, 1985. Sur la conjonction entre législation juive et romaine, cf. les Mosaicarum et romanorum legum collatio, Ricobono, S. et alii, dans Fontes iuris romani antejustiniani, Florence, 1940-1943, 3 vols, t. 2, pp. 556557.

21. Y. Thomas, « L'institution de la nature », dans Théologie et droit dans la science politique de l'État moderne, Actes du colloque de Rome (novembre 1987), à paraître dans la Collection de l'École française de Rome.

22. Lequel assimile nettement les actes contre-nature à l'adultère (Institutes, 4, 18, 4) mais utilise aussi ce chef d'accusation pour se débarrasser d'ennemis encombrants. Sur tous ces points, cf. J. Boswell, op. cit., p. 222 ss. Sur cette nouvelle conception de la nature, cf. le livre précis de Lanata, G., Legislazione e natura nelle novelle giustinianee, Naples, 1984, spécialement pp. 189204.

23. Nous devons cette remarque, ainsi que quelques autres précieuses sur la conjoncture des années 1380-1420 à Claude Gauvard, qui achève en ce moment une thèse sur les lettres de rémission aux xive et xve siècles, et que nous remercions vivement.

24. Innombrables exemples aux xe et xie siècles ; on n'en donne qu'un, célébrissime, celui de la charte de fondation de Cluny : « qu'il encoure tout d'abord la colère de Dieu tout-puissant, que Dieu lui retranche sa part de la terre des vivants et qu'il efface son nom du Livre de vie » dans Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, A. Bruel éd. (Collée, des doc. inédits sur l'histoire de France), Paris, 1876, t. I, pp. 124-128.

25. Y. Thomas, op. cit., remarque d'ailleurs (n. 19) que l'emploi de nefas dès l'Antiquité dépasse largement le cadre du délit religieux stricto sensu.

26. Suger, Vie de Louis VI le Gros, H. Waquet éd., Paris, 1964, p. 10, cité par J. Krynen, « Essai sur l'argument de la nature dans la pensée politique française à la fin du Moyen Age », Journal des savants, 1982, pp. 169-190, spécialement p. 181.

27. Voyez chez ces deux auteurs les descriptions horrifiques de Thomas de Marie par exemple qui « et castrum et matrimonium incestu consanguinitatis fedatum divortio amisit », cf. Suger, Vie de Louis VIle Gros, H. Waquet éd., Paris, 1964, p. 35. Notons cependant que chez Guibert comme chez Suger l'adjectif qui revient le plus souvent est nequissimus, moins riche de connotations au Moyen Age, nous semble-t-il, que nefandissimus.

28. Yves De Chartres, Correspondance, Jean Leclercq éd., t. I, lettres 65 et 66 citées par J. Boswell, op. cit., p. 277.

29. Liutprand De Crémone, Historia Ottonis, XII, J. Becker éd., dans M. G. H. Scriptores, 3e éd., Leipzig, 1915, pp. 164-170 ; sur Boniface VIII, cf. l'intervention de J. Coste, « Le procès de Boniface VIII », dans les Actes du colloque d'Erice (à paraître chez Sellerio à Palerme). On trouverait évidemment des accusations similaires lancées contre les empereurs romains par exemple, mais sans références, nous semble-t-il, à cette conception nouvelle du contre-nature (cf. par exemple l'article de J. Jerphagnon, « Que le tyran est contre-nature. Sur quelques clichés de l'historiographie romaine », Cahiers de philosophie politique et juridique n° 6, 1984, Actes du colloque sur la tyrannie, Caen, 1985, pp. 39-50 qui, en réalité, ne qualifie pas vraiment le caractère contre-naturel des /o/?o/'accusatoires).

30. Cf. A. Boureau, dans La papesse Jeanne, Paris, 1988 réfute avec humour les rapprochements avec un pape réel (p. 335). On comprend tout à fait ses raisons, mais on a beaucoup plus de mal à le suivre dans son analyse des rituels et du développement de la légende. Cf. notre compte rendu « Malheurs du pape, malheurs du roi ; à propos de deux ouvrages récents sur la croyance et les institutions médiévales » à paraître dans la Revue de Synthèse.

31. J. Boswell, Christianisme…, op. cit. (cf. n. 20). Sur ces mêmes problèmes on peut aussi consulter M. Goodich, The Unmentionable Vice. Homosexuality in the Later Médiéval Period, Santa Barbara-Oxford, 1979, mais malgré son titre, cet auteur n'accorde guère d'importance au caractère « indicible » du « vice homosexuel ».

32. Pierre Damien, Liber Gomorrhianus, dans Patrologie latine, 145. Sur cet ouvrage, cf. Payer, P. J., Peter Damian : Book of Gomorrah. An Eleventh Century Treatise Against Clérical Homosexual Pratices, Waterloo, Wilfrid Laurier University Press, 1982. Notons par ailleurs que Pierre Damien s'élève avec violence contre trois autres crimes nefandissimi, si l'on ose dire typiquement « grégoriens » : l'inceste dans son De parentelae gradibus, le nicolaïsme et la simonie qu'il assimile, comme on sait, à l'hérésie. Tous recouverts de la même opprobre.

33. Poly, J.-P., La Provence et la société féodale (879-1166), Paris, 1976, pp. 257258. On trouvera une édition commode du sirventès de Bertrand de Lamanon dans Grave, J. Salverda De, Le troubadour Bertran de Lamanon, Toulouse, 1902, pp. 1826 : « Il commet les sept péchés mortels, / par lesquels l'homme est en mauvaise voie / : il ne craint ni d'occir ni de se parjurer/ et vit de roberies. / Ce renégat est orgueilleux et avare. / Convaincu aussi d'être mauvais garant. / Quant au septième péché, je ne le vous dirais / car il est si laid /que courtoisie m'en empêche ».

34. J. Boswell, op. cit., cf. notamment le chapitre « Le triomphe de Ganymède », pp. 308- 338 de l'édition française.

35. Henri De Clairvaux, Épître au pape, XI, dans Patrologie latine, XXIV, col. 223.

36. « Et quod ab initio non dictum neque auditum est, episcopos sodomitico peccato deludunt, et etiam unum episcopum sub hoc nefario peccato jam crepuerunt », cité par J. Boswell, op. cit., p. 52, n. 3 qui reprend la version du Recueil des historiens des croisades (historiens grecs), Paris, 1875-1881, t. 2, pp. 52-54.

37. Nogent, Guibert De, Autobiographie, Labande, E.-R. éd., Paris, 1981, p. 203.

38. On trouvera un bel exemple de cette polémique à l'égard d'Anaclet II, « pape du ghetto », dans l'oeuvre d'Arnould, le chanoine de Sées, édité dans Patrologie latine, t. 201, col. 175-176 : « voilà la famille de ce Pierre qui, non content de porter sur lui le type juif, en a gardé toute la perfidie et le mensonge…. ». Les relations entre juifs et chrétiens sont assimilées à des actes de bestialité (cf. J. Boswell, op. cit., p. 368, n. 2), et il n'est pas sans intérêt de remarquer que les premiers récits du meurtre rituel d'enfant chrétien par les juifs, qui tient évidemment du nefandum, apparaissent dans la seconde moitié du xne siècle, cf. J. Boswell, op. cit., p. 344.

39. Sur ces aspects voir le suggestif article d'Alain Boureau, « L'inceste de Judas, essai sur la genèse de la haine antisémite », dans L'amour de la haine, Nouvelle Revue de Psychanalyse, XXXIII, 1986, pp. 25-41.

40. Le livre récent de Moore, R. I., The Formation of a Prosecuting Society. Power and Déviance in Western Europe (950-1250), Oxford, 1987 , est paru malheureusement trop tard pour être utilisé lors de la préparation de cette communication. Moore repère comme nous une conjonction fondamentale, au xne siècle, entre le développement de l'antisémitisme, la répression de l'hérésie ou de la sodomie et même la volonté de surveillance des lépreux. Il voit bien que ces changements sont liés au passage d'une société « segmentaire », féodale, à une société où l'État joue un rôle essentiel. Faute d'une étude précise des procédures concrètes et des montages juridiques ou idéologiques, il nous semble que son analyse de l'installation d'une « société répressive » reste cependant sommaire, univoque et au total peu opératoire si l'on veut comprendre aussi les mécanismes « d'intériorisation de la domination ». Il reconnaît le rôle de la ratio dans ce processus mais sans vraiment en étudier les applications concrètes ; cela rend fragiles ses hypothèses expliquant ce « côté obscur de la Renaissance du xne siècle » par la simple hostilité des clercs à l'égard des rustici ou encore par la peur, centrale selon lui, des litterati devant la force de la culture et de la religion juive. Ceci dit son essai stimulant rejoint par bien des côtés nos propres analyses.

41. Sur lesfictiones des juristes comme figura veritatis, cf. E. Kantorowicz, Les deux corps du roi, op. cit., pp. 219-222. Il ne fait aucun doute que les théories juridiques médiévales de la fiction, qui empruntent évidemment beaucoup à l'Antiquité, dépendent plus encore, surtout à partir du xive siècle, des réflexions des théologiens et des philosophes sur la nature de la connaissance et les rapports entre les mots et les choses.

42. M. Zerner, « Du court moment où on appela les hérétiques des “ bougres ”, et quelques déductions », à paraître dans les Cahiers de Civilisations médiévales.

43. Digeste, 1, 1, 1,3 : « lus naturale est, quod natura omnia animalia docuit… Hinc descendit maris atque foeminae coniunctio, quant nos matrimonium appellamus… ». Gratien, Décret, 1, 1 : « lus naturale est quod in lege et Evangelio continetur : quo quisque jubetur aliis facere, quod sibi vultfieri et prohibetur alii inferre quod nolletfieri ». En réalité, Gratien donne moins une véritable définition du droit naturel qu'il n'opère un simple renvoi aux lois divines. Cf. Villey, M., « Sources et portée du droit naturel chez Gratien. », Revue de Droit canonique, IV, 1954, p. 50 ss. Les glossateurs paraissent s'éloigner de la formule de Gratien et ont quelques difficultés à la concilier avec celle d'Ulpien. Cf. sur ce point U. Gualizzini, Natura id est Deus in Studia Gratiana, III, 1955, pp. 413-424. Cf. aussi Weigand, R., Die Naturrechtslehre der legisten und dekretisten von Irsnerius bis Accursius und von Gratian bis Johannes Teutonicus (Mùnchener Teologische Studien, Kan. Abt), Munich, 1967.

44. Post, G., The Naturainess of Society and the State, repris dans Studies in Médiéval Légal Thought, Princeton, 1964, pp. 494561 , notamment pp. 514-520.

45. Voyez par exemple les travaux récents de Casagrande, C. et Vecchio, S. sur les « péchés de langue » , Ipeccati délia lingua. disciplina ed etica délia parola nella cultura médiévale, Rome, 1987. Sur les transformations, pour aller vite l'intériorisation, de la notion de faute et de péché, cf. Blomme, R., La doctrine du péché dans les écoles théologiques de la première moitié du XIIe siècle, Louvain-Gembloux, 1958 . Chenu, M.-D., L'éveil de la conscience dans la civilisation médiévale, Paris-Montréal, 1969 , et la mise au point de Goff, J. Le, dans Naissance du purgatoire, Paris, 1981, pp. 288295.

46. Cf. Baldwin, J. W., Masters, Merchants, Princes : The Social View of Peter Cantor and his Circle, Princeton, 1970, 2 col.

47. Pierre Le Chantre, Verbum abbreviatum dans Patrologie latine CCV, col. 333-335. Sur le concept de nature au XIIe siècle, cf. essentiellement Chenu, M.-D., La théologie au XIIe siècle, Paris, 1957 et les Actes du Terzo Congresso internazionale di filosofia medioevale : la filosofia délia natura nel Medioevo, Milan, 1966.

48. « Dicuntur cathari, a catto quia, ut dicitur, osculanturposteriora catti, in cuius specie, ut dicunt, apparet eis Lucifer ». La bibliographie sur Alain de Lille est imposante ; on trouvera encore les principales références concernant ce problème dans J. Boswell, op. cit., pp. 389-391. L'extrait concernant la Majesté de la nature est publié dans la Patrologie latine, 210, col. 448. Sur Alain de Lille et la nature comme « Dei auctoris vicarius », « vicaire de Dieu Créateur », cf. notamment Dotto, G., « Uomo e natura in Alanus de Insulis », dans L'homme et son univers au Moyen Age, Actes du 7e congrès international de philosophie médiévale, Louvain, 1986, t. I, pp. 234240. Il faut noter que Pline dans ses Histoires naturelles (Livre Xxxvii, chapitre i) évoque lui aussi la Majesté de la nature quand il décrit les perles, les gemmes, etc. Il faudrait bien entendu analyser ce rapprochement et ses implications, mais la conception que Pline a de la nature est évidemment très différente de celle d'Alain de Lille et, à notre connaissance, il n'établit aucun lien explicite entre un éventuel crime contre-nature et le crimen majestatis.

49. Et c'est ce qui autorise, prépare la législation très dure du xme siècle — de la seconde moitié du xme siècle surtout — à l'égard du crime contre-nature, cf. J. Boswell, op. cit., pp. 362- 368.

50. « Lepores imitari dicuntur qui jus naturae offendunt effoeminati majestatis summae naturae rei », cf. Neckam, A., De naturis rerum, Wright, T. éd., Londres, 1863, p. 215.

51. Ce qui ne fait évidemment pas d'Abélard, faut-il le préciser, un panthéiste. Cf. sa Logica ingredientibus, B. Geyer, Munster, 1919-1933, p. 198 (cf. aussi p. 235), citée par J. Jolivet, « Éléments du concept de nature chez Abélard », dans La filosofia delta natura nel Medioevo, op. cit., pp. 297-304 et D. E. Lusxcombe, « Nature in the Thought of Pierre Abelard », ibid., pp. 314-319. Sur les différences, à cet égard, entre Abélard et l'École de Chartres, cf. Gregory, T., « Considérations sur ratio et natura chez Abélard », dans Pierre Abélard, Pierre le Vénérable, Actes du congrès de Cluny (juillet 1972), Paris, 1975, pp. 569584 , spécialement pp. 573-577. Voir aussi, du côté du droit, les analyses de Post, G., The Naturalness of Society and State in Studies in Médiéval Légal Thought. Public Law and the State (1100-1322), Princeton, 1964, pp. 494560.

52. Même remarque qu'à la note précédente. Le texte glosé se trouve aux Institutes, 1,2, 1, mais il l'est à partir de la propre interprétation que Gratien donne du ius naturale (” secundum canones, ius naturale dicitur quod in lege Mosaica vel in Evangelio continetur », Décret, 1, 1,), cf. U. Gualazzini, Natura id est Deus in Studia Gratiana, III, 1955, pp. 413-424. Cf. aussi Tierney, B., « Natura id est Deus : a case of juristic Pantheism ? », Journal of History of Idea, reproduit dans Church, Law and Constitutional Thought in the Middle Ages, Londres, Variorum Reprint, 1979.

53. « Propter inhumanitatem criminum, ex quibus, si vera erant, divina et humana subvertebatur natura ». Guillaume De Plaisians, Discours du 29 mai 1308, dans Dossier de l'affaire des templiers (cf. n. 1), p. 114.

54. Cf. Martin, H., Le métier de prédicateur à la fin du Moyen Age (1350-1520), Paris, 1988, p. 381. Le contenu et la propagation de cette légende, que l'on trouve déjà dans la Légende dorée de Jacques De Voragine, trad. frse J.-B. M. Roze, Paris, 1967, t. I, p. 71 (à la nativité) mériteraient une étude à part.

55. On trouvera aussi une analyse très détaillée de cette décrétale dans J. Chiffoleau et Y. Thomas, « Sur le crime de majesté », Actes du colloque de Paris (octobre 1987), L'État et la Méditerranée : construction, résistances, représentations, à paraître.

56. L'intérêt porté à ce préambule étonnant m'est venu d'une conversation amicale avec Agostino Paravicini-Bagliani, dont les travaux actuels montrent les liens étroits, à la cour pontificale pendant tout le xme siècle, entre les conceptions du pouvoir, les sciences de la nature et la médecine. Voir à ce sujet son essai à paraître sur Le corps du pape.

57. Sur Vergentis la bibliographie est immense, cf. surtout W. Ullmann, The significance of Innocent IIIe décrétai « Vergentis », article repris dans The Papacy and Political Ideas in the Middle Ages, Londres, 1976. Cf. aussi les remarques très intéressantes, quoique en partie contestables, de O. Capitani, Legislazione ereticale e strumento di costrizionepolitica nelle decisioni normative di Innocenzo III in Boll. délia Società di Studi valdesi, 1976, pp. 31-53.

58. Robert d'Auxerre en 1201, puis en 1206-1207, est le premier, semble-t-il, à faire cette assimilation qui se répand après 1235. Cf. M. Zerner, op. cit.

59. N. Cohn, Démonolâtrie, op. cit., p. 55 et J. Boswell, op. cit., p. 370.

60. Pour le cas de Frédéric II, cf. Kantorowicz, E., Frédéric II, Paris, 1987 , qui s'appuie en réalité sur Nicolas De Carbio, Vita Innocenta IV, édition Pagnotti, Arch. délia Société romana di Storia Patria, XXI, pp. 102-103. L'épisode concernant Philippe le Hardi est évoqué dans Langlois, C. V., Le règne de Philippe III le Hardi, Paris, 1887 , qui s'appuie sur un document publié par Jean de Gaulle dans le Bulletin de la Société pour l'Histoire de France, 1844, pp. 87-100. Nous reviendrons ultérieurement sur cet épisode.

61. La papesse Jeanne, op. cit., pp. 145-150. Sur la croyance médiévale, cf. l'article de J. Wirth, « La naissance du concept de croyance », dans Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, XLIV, 1983, pp. 7-58.

62. Les travaux de J. Le Goff et de son équipe sur les exempta ont attiré notre attention sur l'importance du vraisemblable et de l'authenticité, sur la variété aussi et l'échelle des auctoritates nécessaires pour rendre efficace un sermon ou un exemplum, cf. Bémond, C., Goff, J. Le, Schmitt, J.-C., « L'exemplum » dans Typologie des sources du Moyen Age occidental, n° 40, Turnhout, 1982 , et Berlioz, J., « Le récit efficace : l'exemplum au service de la prédication », Rhétorique et Histoire ; l'exemplum et le modèle de comportement dans le discours antique et médiéval, Actes de la Table ronde de Rome, Rome, 1980, pp. 113146. De son côté Bernard Guenée a étudié de façon précise la place des critères d'authenticité, de vérité dans le récit historique, cf. Histoire et culture historique dans l'Occident médiéval, Paris, 1980, pp. 129-148 et 350- 354.

63. On reviendra ultérieurement sur cette histoire complexe de la preuve occidentale. Sur les rapports entre rhétorique et preuve judiciaire, on trouvera des éléments de réflexion dans A. Giulani, // concetto diprova. Contributo alla logica giuridica, Milan, 1971. Sur ces questions, les travaux des historiens de la philosophie sont innombrables. Cf. cependant, entre autres, pour le xne siècle, le livre de Jolivet, J., Arts du langage et théologie chezAbélard, Paris, 1969 et, pour le XIVe siècle, les travaux récents rassemblés par Kaluza, Z. et Vignaux, P., Preuves et raisons à l'Université de Paris : logique, ontologie et théologie au XIVe siècle, Paris, 1984. Ils n'ont toutefois presque jamais envisagé les connexions entre preuves logiques et preuves judiciaires.

64. La papesse Jeanne, op. cit., p. 196.

65. Même si Jacques Fournier tente de l'assimiler aux vaudois on ne peut guère classer Arnaud de Verniolle, l'amateur de jeunes écoliers de Pamiers, parmi les « hérétiques ». Pour toutes les raisons que nous avons déjà évoquées, son cas donne des idées à l'inquisiteur. Mais il est évident qu'il est sodomite, et seulement cela. Cf. la traduction du Registre d'inquisition de Jacques Fournier par Jean Duvernoy, Paris-La Haye-New York, 1978, t. III, pp. 1039-1078.

66. Et encore, pas au tout début du siècle : aucune référence au nefandum par exemple dans le procès contre Saisset, cf. Vidal, J.-M., Bernard Saisset (1232-1311), Toulouse-Paris, 1926.

67. Rigault, A., Le procès de Guichard, évêque de Troyes (1308-1313), Paris, 1896.

68. Les fonctions et les usages de la torture mériteraient évidemment d'être étudiés avec soin, voir surtout Fiorelli, P., La tortura giudiziaria nel diritto comune, Milan, 1953 , 2 tomes, et nos remarques sur les rapports entre la torture et l'ordalie dans J. Chiffoleau, « Sur la pratique… », op. cit.

69. Sur le procès des templiers en général on consultera Barber, M., The Trial of the Templars, Cambridge, Cambridge University Press, 1980. Sur le templiers d'Auvergne, cf. la publication récente de R. SÈVE et A.-M. Chagny-sève, Le procès des templiers d'Auvergne, 1309-1311, Paris, Éditions du Comité des Travaux Historiques, 1986. Une comparaison est possible avec A. Gilmour-bryson, The Trialofthe Templars in the Papal State and the Abruzzi, « Studietesti n°303 », Cité du Vatican, 1982.

70. Le procès des templiers d'Auvergne, op. cit. : « dicens quod quando jacebat et cognoscebat eos ipsi cogniti ponebant os versus terram et cum pedibus et manibus sustinebant se, et ipse qui loquitur ascendebat supra illum quem carnaliter volebat cognoscere et intromitebat virgam suam virilemper anum ipsiussiprostrati… ».

71. Chiffoleau, J., Les justices du papes, Paris, 1984, pp. 192193. Rocke, M. J., « Il controllo dell'omosessualità a Firenze nel XV secolo : gli ufficiali di notte », Quaderni Storici, 66, décembre 1987, pp. 701723. Bataille, G., Le procès de Gilles de Rais, Paris, 1972.

72. Sur ce problème, cf. Flandrin, J.-L., Le sexe et l'Occident, Paris, 1981, p. 256 et en dernier lieu Rossiaud, J., La prostitution médiévale, Paris, 1987, pp. 100101. Ce sont, bien entendu, les sommes de confesseurs de la fin du xne siècle et du xme siècle qui inaugurent ce mouvement (celle par exemple de Robert de Flamborough, ou celle de Thomas de Chobham) mais les questions ne concernent alors le plus souvent que les circonstances en somme extérieures au péché (où ? quand ? combien de fois ? avec qui ?). Avec Gerson, elles se font beaucoup plus plus précises, intimes (comment ?), elles s'intéressent plus clairement au corps.

73. G. Lizerand, Le dossier de l'affaire des templiers, op. cit., p. 194.

74. N. Zemon Davis, « Les conteurs de Montaillou », Annales ESC, 1979, 6, pp. 61-73 et, de la même, Pour sauver sa vie, récits de pardons du XVIe siècle, Paris, Éditions du Seuil, 1988, notamment p. 22.

75. Cf. Ciceron, de Oratore, éd. et trad. E. Courtaud et H. Bornecque, Paris, 1930, livre II, LXXX, 326-330 ou bien les Partitiones oratoriae, éd. et trad. H. Bornecque, Paris, 1924, IV, 12-15 et surtout VIII, 31-32 où il est montré comment dans l'exposé des motifs l'accusé doit nécessairement « retrancher ce qui peut nuire » tandis que l'accusateur doit suivre l'ordre des faits parce que « tous les arguments, comme des javelots, il les tient dans sa main ». Pour un exemple médiéval, cf. par exemple la Lecture du Code de Barthélémy De Saliceto, IX, 2, 7 cité par Ullmann, W., Some Médiéval Principles of Criminal Procédure, qui ne donne pas les références du manuscrit utilisé ; article repris dans Jurisprudence in the Middle Ages, collected studies, Londres, Variorum Reprint, 1980, IX, op. cit., pp. 2122.

76. Cf. note précédente. Sur la disputio dans le Haut Moyen Age, cf. le recueil récent The Settlement of Dispute in Early Médiéval Europe, M. Davies et P. Fouracre éds, Cambridge, 1986.

77. Bartlett, R., Trial by Pire and Water, Oxford, 1986 , et Brown, P., « La société et le surnaturel : une transformation médiévale », dans La société et le sacré dans l'Antiquité tardive, Paris, 1985. D. Barthélémy, « Présence de l'aveu dans le déroulement des ordalies (ixe-xme siècles) », dans L'aveu, Actes de la Table ronde de Rome, op. cit., pp. 191-214 et J. Chiffoleau, « Sur la pratique… », op. cit., pp. 343-352.

78. Sur la liaison ratio-ius naturale, cf. l'article « Naturel (droit) », dans le Dictionnaire de droit canonique. Sur les rapports entre ratio et ordalies, outre la bibliographie citée précédemment, cf. Baldwin, J. W., « The Intellectual Préparation for the Canon of 1215 against Ordeals », Spéculum, XXXVI, 1961, pp. 613663 , et Levy, P., « Le problème des ordalies en droit romain », Studi in onore di Pietro di Francisi, II, Milan, 1954, pp. 409434. Cf. aussi Radding, Ch., « Superstition to Science : Nature, Fortune and the Passing of the Médiéval Ordeal », American historical Review, 84, 1979, pp. 945969.

79. Il faudrait étudier en détail les transformations de la ratio médiévale (notamment dans les rapports entre rhétorique et dialectique) et l'évolution parallèle du système des preuves. Sur ce point, cf. Giuliani, A., // concetto di prova. Contributo alla logica giuridica, Milan, 1971, notamment pp. 115205.

80. Digeste, 1,1,9: « quod vero naturalis ratio inter omnes homines constitua », E. Kantorowicz, Les deux corps du roi, op. cit., pp. 187 et notes 193 et 194 p. 474. Voyez notamment le sermon édité par Leclercq, J., « Un sermon prononcé pendant la guerre de Flandre sous Philippe le Bel », Revue du Moyen Age latin, I, 1945, notamment p. 169 : « hoc dictât ratio naturalis, cum dictât quod omnia membra dirigantur a capite, subserviant capiti et pro capite se exponant… ». Cf. aussi Wieruszowski, H., Vom Imperium zum nationalem Kônigtum in Historische Zeitschrift, Beiheft, 30, 1933, p. 173 (n. 107), p. 186 (n. 146), p. 198 (n. 183).

81. Pour parler comme Paul Zumthor. Nous faisons allusion ici à son dernier livre, La lettre et la voix. De la « littérature » médiévale, Paris, Éditions du Seuil, 1987, 350 p.

82. Sur les critiques de la torture, cf. les ouvrages classiques de Fiorelli, La tortura, op. cit. ; notamment II, p. 207 ss, et Langbein, Torture, op. cit., p. 9 ss. Nous suivons tout à fait A. Giuliani, La prova, op. cit., p. 185 lorsqu'il insiste sur le problème éminemment logique que pose la torture. Sur les rapports entre la tradition narrative et la vérité nous faisons nôtres, encore une fois, les remarques pertinentes d'Alain Boureau (Lapapesse Jeanne, op. cit., p. 146). Toutefois son optimisme concernant une éventuelle tolérance et « surproduction de vérité » au Moyen Age (ibid., p. 149) mériterait sans doute d'être tempéré devant cette unité dogmatique…

83. « Pourquoi les aveux extorqués par la torture ont-ils tant de ressemblance avec les récits de mes patients au cours du traitement psychologique ? », Freud, S., La naissance de la psychanalyse. Lettre à Wilhelm Fliess. Notes et plan, 1887-1902, trad. frse, Paris, 1956, pp. 165167. 84. Il peut en revanche y avoir un simple promoteur de l'action, « In inquisitione, non est accusator », Innocent IV, Commentaire sur les décréta/es, 1, 6, 32 (cité par W. Ullmann, Some Principle, op. cit., p. 23).

85. Sur les positiones et les articuli dans le débat procédural et logique, cf. Castellari, A., « Délie posizioni nella procedura commune italiana », dans Gluck, F., Commentari alla pandette, Milan, 1903, t. XI, pp. 6887 , et A. Giuliani, Laprova, op. cit., p. 159 ss, p. 169 ss.

86. Le plus souvent, les transcriptions d'aveux sous la torture n'ont pas valeur d'aveu. Quand elles existent, elles ne sont là que pour témoigner que la torture a été administrée selon les règles légales, habituelles et pour empêcher que la procédure elle-même ne soit remise en question par un appel.

87. Registre criminel, op. cit., p. 99.

88. Duparc, P., Origines de la grâce dans le droit pénal romain et français du Bas-Empire à la Renaissance, Thèse de droit, Paris, 1942. Notamment, pp. 128-129. Cf. aussi la thèse de Y. B. Brissaud, Le droit de grâce à la fin du Moyen Age (XIVe-XVe siècles), Poitiers, 1971,et le livre de Foviaux, J., La rémission des peines et des condamnations, droit monarchique et droit moderne, Paris, PUF, 1970. En attendant le livre qu'elle prépare sur ce sujet, cf. les analyses de Claude Gauvard, notamment dans « L'image du roi justicier en France à la fin du Moyen Age, d'après les lettres de rémission », dans La faute, la répression et le pardon, Actes du 107e congrès des Sociétés savantes, Brest, 1982 ; Paris, 1984, pp. 165-192 et dans les Actes du même congrès les communications de P. Braun, op. cit., pp. 207-211, et de Pascal Texier, op. cit., pp. 193-205.

89. Comme l'écrit un peu vite Nathalie Zemon Davis dans Pour sauver sa vie, op. cit., Paris, 1988, notament p. 22.

90. Ce serait ici le moment de s'interroger sur la garantie, ou le garant, qui se trouve derrière la torture… énorme question que l'on nous pardonnera de ne faire ici qu'évoquer. Cf. toutefois nos remarques sur la torture dans « Sur la pratique… », op. cit.

91. On reviendra ultérieurement sur cet argument. En attendant, voir nos indications dans « Sur la pratique… », op. cit., notamment pp. 370-380. Sur la chasse aux sorcières, cf. Levack, B. P., The Witch-Hunt in Early Modem Europe, Londres, 1987.

92. E. Pavan, « Police des moeurs, société et politique à Venise à la fin du Moyen Age », Revue historique, 1980, pp. 241-288, et M. Rocke , Il controllo dell'omosessualità, op. cit.

93. « Pensantes decenti discretione quodper ministerium sacre justitie contra divine maiestatis offensores, et presertim in illos qui ipsam maiestatem offendunt in vitio sogdomie, quod vitium adeo mal dicitur pronuptiando peccantes contra naturam rebelles a sua divina etecterna providentia ipsosque esse damnatos in ignem ecternum, et quia offenso creatore omnis offenditur creatura, iudicantes quod puniendo et ghastighando ribaldos et tanti sceleris comissores, divina essentia mitigetur et a sua ira retrahatur, ex quo civitas et sui boni cives a turbine quolibet liberentur, bella resecentur, pestes tollantur, insidie inimicorum refrenerentur, et da bonum regimen et laudabiles mores civitatis dirigantur… », Archivio di Stato di Firenze, Giudici degi Appelli 79 (2), c. 57rv. (15 février 1436) cité par Rocke, Il controllo, op. cit., p. 701.

94. Cf. les analyses très précises de Pavan, E., dans sa thèse encore inédite Espaces urbains, pouvoirs et société à Venise à la fin du Moyen Age, Paris, juin 1989, II, p. 881 ss.

95. Voyez la lettre d'Henri VI lançant la procédure qui commence par ce fait essentiel : « il est assez notoire et commun comment, depuis aucun temps en ça, une femme qui se fait appeller Jehanne la Pucelle, laissant l'habit et vesteure de sexe féminin, s'est, contre la loy divine, comme chose abhominable a Dieu… », cf. Procès de condamnation, P. Duparc éd., Paris, 1960-1971, p. 14.

96. J. Krynen, « “ Naturel ”. Essai sur l'argument de la nature dans la pensée politique française à la fin du Moyen Age », Journal des Savants, avril-juin, 1982, pp. 169-190.

97. Chartier, Alain, Quadriloge invectif, Paris, 1950, pp. 1011 , cité par Krynen, op. cit., p. 181.

98. Pour sortir du cas français, cf. aussi le De natura legis nature de John Fortescue (dans l'édition ancienne de Clermont, The Works of Sir John Fortescue, Knight, Chief Justice of England and Lord Chancellor to King Henry the Sixth, Londres, 1869) où la légitimité des Lancastre est examinée dans cette optique. Sur cet ouvrage et en général l'oeuvre de Fortescue, cf. Genêt, J.- P., « Les idées sociales de Sir John Fortescue », dans Économies et Sociétés au Moyen Age. Mélanges offerts à Edouard Perroy, Paris, 1973, pp. 446461.

99. Gerson, , Sermon Vivat Rex, OEuvres complètes, Glorieux, éd., t. VII, Paris, 1963, p. 1155 cité par J. Krynen, op. cit., p. 172, à qui nous empruntons l'essentiel de cette analyse.

100. Cf. Chanteur, J., « L'idée de loi naturelle dans La République de Bodin », dans Actes du colloque international Jean Bodin à Munich, Munich, C H. Beck, 1973, notamment p. 95 , dont on ne partage cependant pas toutes les conclusions. Mêmes remarques pour Goyardfabre, S., Jean Bodin et le droit de la République, Paris, PUF, 1988, notamment p. 71 ss, p. 275 ss, pp. 286-289.

101. Sur les freins, les limites à l'absolutisme, cf. par exemple Rigaudière, A., « “ Princeps legibus solutus est ” et “ Qod principi placiut legis habet vigorem “ à travers trois coutumiers du XIIIe siècle », dans Mélanges Gérard Boulvert, Nice, 1987, pp. 427451. Du même, « Législation royale et construction de l'État dans la France du xme siècle », dans Renaissance du pouvoir législatif et genèse de l'État, Montpellier, Publications de la société d'histoire du droit et des institutions des anciens pays de droit écrit, 1988, pp. 203-236, et dans la même publication L. Mayali, Lexanimata, « rationalisation du pouvoir… », op. cit., pp. 155-164.

102. Voyez les textes cités par Demurger, A., Vie et mort de l'ordre du Temple, Paris, 1985, pp. 274275.

103. J. Rossiaud, La prostitution médiévale, op. cit., notamment pp. 102-105 et 177-192.

104. Ce texte à été édité par Grévy-pons, N., Célibat et nature, une controverse médiévale, Paris, 1975.

105. P. Paravy, op. cit., spécialement p. 372.

106. Texte cité par R. Comba, « Apetitus libidinis coherceatur : structures démographiques, délits sexuels et contrôle des moeurs dans le Piémont du Moyen Age », dans Vie privée et ordre public à la fin du Moyen Age. Études sur Manosque, la Provence et le Piémont (1250-1450), sous la direction de M. Hébert, Aix, 1987, pp. 65-104.

107. J. Rossiaud, La prostitution…, op. cit., n. 14, p. 235.

108. Idem, p. 101.

109. Foucault, M., La volonté de savoir, Paris, 1976, p. 128.

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