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Aux origines de notre société rurale

Published online by Cambridge University Press:  22 September 2017

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C'est avec un véritable sentiment d'admiration qu'après l'avoir lu de près, on prend congé du livre de M. André Deléage sur La vie rurale en Bourgogne, jusqu'au début du XIesiècle. Rarement une conscience aussi scrupuleuse, une pareille étendue de connaissances, une intelligence plus avide de comprendre se seront dépensées au service de nos études. Certes, tout ne persuade point. Il arrive même que, par moments, telle ou telle affirmation, tel ou tel trait de méthode mettent le lecteur assez rudement en bataille. Qu'importe ? C'est le propre d'une personnalité vraiment forte que de ne jamais inspirer l'indifférence ; et des controverses imaginaires qui s'instituent ainsi, au fil des pages, entre l'auteur et nous, il sera, je crois, sans exemple que, séduits ou rebelles, nous ne sortions pas, du moins, enrichis.

Type
Problèmes et Bilans
Copyright
Copyright © Les Éditions de l'EHESS 1942

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References

page 45 note 1. 2 vol. Mâcon, Protat 1941 ; in-8° vi-698 et 774 p. (avec pagination continue), et 1 fasc. de 31 cartes. Les exemplaires de thèse (Fac. des, Lettres, Paris) portent un titre légèrement différent et, en somme, moins exact : La vie économique et sociale de la Bourgogne dans le haut moyen-âge. L'atlas est dépourvu de table ; les titres de la table des matières, à la fin du deuxième volume de texte, ne correspondent pas toujours à ceux des chapitres : petites négligences d'exécution que n'explique, probablement, que trop bien le millésime de l'ouvrage. Sur la Bourgogne rurale du haut moyen-âge, nous possédions déjà le livre de M. Gratsianskii, auquel M. Deléage a rendu un juste hommage et dont on trouvera un compte rendu, Annales d'histoire économique, t. IX, 1938, p. 493.

page 45 note 2. On lit, dans la Préface, que la Caisse Nationale de la Recherche Scientifique et l'Académie de Mâcon ont contribué chacune pour un sixième aux frais d'impression. Restaient, donc, deux tiers. Je craindrais, en insistant, de blesser la délicatesse de M. Deléage. Tout de même, quelle étrange situation est faite, dans notre pays, au travail scientifique, astreint, eùt-on dit, dans une seigneurie médiévale, à la double charge du service et du cens !

page 46 note 3. Cf. les recherches, en cours, de M. Francasiel sur l'art roman.

page 47 note 4. Ainsi qu'en témoigne, d'autre part, le Recueil des actes du prieuré de Saint-Symphorien d'Autun de 606 à 1300, qu'il a présenté comme thèse complémentaire (Autun, Soc. Eduenne et Taverne et Chandioux, 1936 ; in-8°, CLVIII- 3I3 p.). Là aussi, peut-être, par raffinement de conscience, quelques longueurs. Il n'est pourtant pas d'érudit, qui, si soigneux soit-il, quelquefois ne bronche. Je signalerai donc, dans les analyses, très développées et généralement très exactes, une menue erreur ; par son testament, l'évêque Ansbert (n° i) n'affranchit point « tous ses serfs », mais ceux-là seulement qui figuraient parmi ses acquêts. Pourquoi, dans un texte du xme siècle (n° 89), rendre dominum par « maître » ? le rédacteur, certainement, pensait : « seigneur »… Heureux, du reste, l'éditeur auquel il n'est possible de reprocher que de (pareilles vétilles !

page 48 note 5. Quelques remarques, cependant, sur l'exploitation des données toponymiques. On a, par endroits, le sentiment qu'opposant les noms gallo-romains aux noms celles, ou les noms « mérovingiens » aux noms gallo-romains, M. Deléage oublie que les anciens établissements subsistaient et que, par conséquent, l'absence de noms nouveaux ne signifie nullement un recul dans l'occupation (p. 81 et 84). Affaire d'expression, sans doute. Mais l'expression est équivoque:. — Les noms du type Paray, dérivent-ils de Parata (p. 173, n. 1) ou de Paraveredus (t. II), p. 860) ? — Les rotures sont probablement des défrichements (voir Godefroy, au mot routure) et n'ont rien à faire avec le mot, tardif, de « roturier » (p. 128). — Je vois mal pourquoi les noms « prés de l'œuvre » (il doit s'agir d’ « œuvre », au sens où on parle de. « l'œuvre » d'une cathédrale) ou « les fosses » sont classés comme inintelligibles (pp. 891 et 893) ; ‘les « soillons » (p. 895) ne sont-ils pas des sangliers (appelés, ailleurs, souillarts) ? — Signalons que M. Deléage est, en somme, le premier historien français à avoir largement appelé en témoignage, a côté des noms des lieux habités ceux des « lieux-dits » : immense progrès.

page 48 note 6. En voici quelques-uns. On hésitera, jusqu'à preuve nouvelle, à croire que la faux ait servi aux moissons (p. 133). — Qu'aratrum ait désigné, parfois, la charrue a roues, d'accord ; que carruca ait désigné l'araire, à une époque où le sens premier de « chariot » devait encore être sensible, je n'en vois guère de témoignage. — Rada, dans le sens de part d'usage, ne doit-il pas être mis en rapport avec ratum ? — Comme il a déjà été signalé, « condamine », dans le sens de lot colonaire, se rencontre dans le testament de l'évêque du Mans Bertrand (27 mars 616). — Le doyen est, très généralement, l'inférieur du maire ; le censier dit Je Champdôtre comiprenant, en réalité, comme M. Deléage luimême l'indique, deux seigneuries, dont l'une a un maire et un doyen, l'autre un maire, on ne voit aucune raison pour supposer, en ce cas, un inversion de la hiérarchie habituelle (p. 517). — Je ne suis pas très persuadé que les seigneurs, à la fin de l'époque carolingienne, aient été si sensibles aux effets de la dévaluation monétaire (p. 528) ; il faudrait, en ce cas, supposer chez leurs descendants qui, aux XIIe et XIIIe siècles, transformèrent en argent tant de redevances en nature, un rapide oubli de cette leçon du passé. — Les mansi absi sont-ils vraiment des terres non amansées ? Je crois bien que ce sont, beaucoup plutôt, des tenures sans tenanciers ; au moins eût-il fallu un mol de justification.

page 49 note 7. Pourquoi, encore, tant hésiter a affirmer -— après l'avoir, d'ailleurs, fermement dégagée — l'identité de finis et de « sole » ? Au XVIIIe siècle — ce que M. Deléage a omis de rappeler — la sole, en Bourgogne, s'appelait, couramment, « fin » ou « fin de pie » ; le lerroir arable, opposé aux jardins, était dit, nous apprend M. de Saint-Jacob (Annales de Bourgogne, t. XIII), « terres de fin ».

page 50 note 8. Voici encore quelques problèmes bien vite tranchés : le caractère non obligatoire des déclarations des tenanciers, dans les censiers (p. 418, n. 2) ; — les tenanciers, autres que les servi, exempts de l'ost royal ; la question est, pour le moins obscure, et certains textes semblent indiquer, selon les cas et surtout les époques, des solutions différentes ; sur « l'hériban », d'ailleurs, le développement de la p. 1218 paraît contredire les affirmations antérieures du livre. — Pourquoi (p. 452) la grande parcelle seigneuriale ne peut-elle s'expliquer que par l'acquisition, pièce à pièce, de quartiers anciens ? Est-il si sûr que l'occupation première eût été strictement égalitaire ? que le chef ou des chefs n'aient pas, dès l'origine, disposé de parts plus étendues que celles du commun ?

page 50 note 9. Le calcul sur les services du meix de Saint-Germain-des-Prés (p. 507 et 510) est inexact ; car il ne tient pas compte des cas où le travail était à la volonté du seigneur. Dans le même censier, méfions-nous de conclusions démographiques trop rapides ; je me suis toujours étonné, pour ma part, que ces familles paysannes ne comptent à peu près pas de grands-parents.

page 51 note 10. Par exemple, ceux d'ailleurs contestables dans leurs conclusions, de M. Joliife.

page 51 note 11. C'est, du reste, la seule partie aussi où se marquent certaines lacunes bibliographiques, .parfois assez sérieuses. Manquent, à la bibliographie, notamment, le mémoire de M. Kroell sur les « lites » (Etudes d'histoire juridique offertes à P.-F. Girard) ; celui de Marc Bloch sur les colliberti (Revue Historique, p. 157) où il est longuement question du colon et de l'affranchi.

page 52 note 12. C'est en vertu de cette même fidélité à la logique juridique contemporaine que tant d'auteurs se refusent encore à reconnaître que « fief » (traduit, en latin, par beneficium) ait pu désigner, originellement, toute tenure grevée d'un service, que celui-ci fût d'une nature humilie ou élevée. La classification leur paraît mauvaise. Qu'importe, si elle satisfaisait les hommes d'autrefois. M. Deléage ne s'est pas prononcé sur ce problème. Mais (p. 620) il ne s'est pas aperçu que les obligations auxquelles certains vassaux royaux, possessionnés sur les terres de l'église de Mâcon, étaient astreints, envers cette église, pesaient sur eux, non au titre du fief, mais au titre de la précaire : car d'après la législation carolingienne, leurs biens, fiofs militaires au regard du roi, étaient considérés, au regard de l'église, comme des précaires.

page 52 note 13. « Si les rédacteurs de chartes, écrit M. Deléage (p. 371), avaient voulu exprimer l'idée d'une, possession villageoise, ils auraient écrit terra finalis. » Outre qu'il est toujours dangereux de supposer une expression, prétendument nécessaire, on ne voit pas pourquoi celle-là eût été choisie. Terra finalis eût voulu dire : terre du finage ; l'expression naturelle était, par référence au groupe humain, terre de la communauté. Il est, d'ailleurs, inexact qu'à l'époque carolingienne, jamais les groupes d'usagers n'apparaissent, en tant que tels, dans les procès sur les revendications de communaux : voyez Formulae Sangallenses Misc., n° 9, éd. Zeumer, p. 383.

page 54 note 14. L'assimilation de « l'aldion » au colon (p. 549) me semble tout à fait erronée. L'aldion est un lite, c'est-à-dire un affranchi ou un métèque ; cf. Marc Bloch, Les colliberti, textes cités à la p. 57 du tirage à part. L'hypothèse d'après laquelle ta mystérieuse laisina, mentionnée par quelques textes bourguignons, sorait ta tenure du lite, est très ingénieuse. Mais ne souffre-t-elle pas des difficultés linguistiques, à la fois à cause de la vocalisation (l'é primitif du mot germanique ayant généralement donné, en transcription latine, un e ou un i) et de la substitution à la dentale originelle d'une sifflante, ce qui pose le problème de la date et de l'extension de la « seconde mutation consonantique ».

page 54 note 15. Notamment, p. 95 et 354.

page 55 note 16. M. Deléage appose les terroirs « en écheveaux » aux terroirs « en puzzle » ; en mettant à part, d'ailleurs, les écheveaux « à lanières » et les écheveaux « à bandes larges ». Laissons cette dernière distinction, malgré son vif intérêt. Je ne sais si le mot d'écheveaux évoque bien exactement l'image d'une grande régularité de disposition. Mais surtout je voudrais que la nomenclature fût, une bonne fois, fixée. Ce que M. Deléage appelle « écheveaux » est le système à « champs ouverts et allongés » d'autres auteurs. On peut préférer telle ou telle expression. L'important est de s'entendre. Il est impossible de laisser à chaque érudit le soin de se forger son langage. Nous faudra-t-il, comme naguère aux physiciens, un congrès ? L'utilisation de murettes préhistoriques, comme témoignage sur l'ancienneté des « quartiers à bandes parallèles » (p. 147), m'a laissé rêveur : y aurait-il donc eu un© époque où les « champs allongés » auraient été clos ? Cela paraît bien peu vraisemblable.

page 55 note 17. Par Marc Bloch, dans le t. I de la Cambridge Economic History.