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La double Terre sainte de Byzance. Autour du XIIe siècle

Published online by Cambridge University Press:  26 July 2017

Evelyne Patlagean*
Affiliation:
Université de Paris X-Nanterre

Extract

Byzance et la croisade occupent une place négative dans l'histoire l'une de l'autre, telle qu'on l'écrit à partir des sources latines et du traitement réservé à la première croisade par Anne Comnène (morte vers 1153) dans l'histoire du règne de son père Alexis Ier (1081-1118). Il est admis sans plus que, entre le coup d'envoi de 1096 et le tournant décisif de 1204, Byzance n'a témoigné d'autre intérêt à ce grand élan conquérant que l'effort de le tenir à l'écart de son propre territoire, ou de l'utiliser à ses propres fins, puisqu'ellemême menait dans le même temps ses propres guerres d'Orient, et bientôt sa propre reconquête. Ni les historiens de l'essor occidental ni ceux de l'Empire grec ne semblent portés à s'interroger sur les ressorts profonds de l'abstention byzantine, ni même tentés d'en corriger l'analyse traditionnelle par une relecture des sources grecques du XIIe siècle. Au-delà des faits diplomatiques et militaires, qui sont connus, il convient pourtant de considérer les valeurs que la Terre sainte de Palestine pouvait revêtir alors à Constantinople.

Summary

Summary

Greek contemporary sources show Byzantine response to XIIth century crusade to hâve been more committed than is usually believed, mostly following however its own spécifie Unes. Those include a tradition of going to the Holy Land for ascetic training, impérial interest in the Holy Places, and a strong identification of Constantinople as the New Zion. The primacy of Jérusalem is argued against the Roman See. Response to the Crusade ranges from Impérial eschatology with Alexios I and later Isaac II to taking up the actual idea with John II, and splendidly wrapping it up with the universal daim of Empire with Manuel I.

Type
Terres D'Utopie
Copyright
Copyright © École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1994

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References

* Communication présentée au colloque international Sacred space : shrine, city, land, organisé à Jérusalem en juin 1992 par l'Académie israélienne des sciences, à la mémoire du professeur Joshua Prawer.

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6. Voir, par exemple, Buchthal, H., « The Exaltation of David », Journal of the Warburg and Courtauld Institute, XXXVII, 1974, pp. 330333 CrossRefGoogle Scholar (il s'agit de Constantin VII) ; pour Salomon, cf. G. Dagron, Constantinople imaginaire, op. cit., passim ; et notre étude « Une image de Salomon en basileus byzantin », Revue des Études Juives, CXXI, 1962, pp. 16-18.

7. Cf. Sansterre, J. M., « Eusèbe de Césarée et la naissance de la théorie “césaro-papiste” », Byzantion, XLII, 1972, pp. 131195 Google Scholar, 532-594, étude excellente en dépit de son titre.

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23. Cf. la bibliographie dressée par C. Galatariotou, The Making of a Saint, op. cit., p. 262. Texte publié par H. Delehaye, Analecta Bollandiana, XXVI, 1907, pp. 162-175, avec un commentaire, pp. 280-282.

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39. J. Darrouzès, Georges et Dèmètrios Tornikès, op. cit., n° 34, pp. 346-353.

40. J. Darrouzès, Georges et Dèmètrios Tornikès, op. cit., p. 328/8 ss.

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43. Par exemple Comnène, Anne, Alexiade, B. Leib éd., Paris, 1937-1945, XIV, 8, t. 3, p. 181.Google Scholar

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45. Anne Comnène, Alexiade, op. cit., XV, XI, 14-19, p. 237 ss.

46. Die Apokalypse des Ps. Methodios, op. cit., XIV, 2-4, 6.

47. Ibid, XIV, 1.

48. Ibid., XIII, 20.

49. Cf. Darrouzès, J., « Le Mémoire de Constantin Stilbès contre les Latins », Revue des Études byzantines, XXI, 1963, pp. 50100.CrossRefGoogle Scholar

50. Texte édité par Neubauer, A., Jewish Quarterly Review, IX, 1897, pp. 2629 Google Scholar ; cf. Starr, J., Jews in the Byzantine Empire 641-1204, Athènes, 1939, n° 153, pp. 203208.Google Scholar

51. Nicetas Choniatès, Historia, op. cit., p. 39/34-36.

52. Ibid., p. 42/20-31.

53. Fontes rerum byzantinarwn, op. cit., pp. 338-339.

54. Cf. Prawer, J., Histoire du royaume latin de Jérusalem, traduit par G. Nahon, 1.1, Paris, 1969, p. 427 Google Scholar ss.

55. Ibid., p. 42/20-31. Voir maintenant P. Magdalino, Empire of Manuel I Komnenos, op. cit., passim.

56. Corpus Inscriptiorum Graecarum, n° 8736.

57. L'évêque Raoul (Radulfus), chancelier du roi Amaury, est mentionné pour la première fois en 1156, et meurt en 1174 ﹛Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, s. v. Bethléem (évêché de), t. VIII, 1935, vol. 1250, G. Levenq).

58. Voir note 25.

59. Hunger, H., Die hochsprachliche profane Literatur der Byzantiner, Munich, 1978, 1.1, p. 517.Google Scholar

60. Nicetas Choniatès, Historia, op. cit., pp. 15/88 et 19/90. Cf. Janin, R., La géographie ecclésiastique de l'Empire byzantin, 1, Le siège de Constantinople et le patriarcat oecuménique, 3, Les églises et les monastères, Paris, 1969, p. 203.Google Scholar

61. Nicetas Choniatès, Historia, op. cit, p. 404 ss.

62. Ibid., p. 432/69-77.

63. Darrouzès, J., Georges et Dèmètrios Tornikès, op. cit., n° 33, p. 341.Google Scholar