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Autopsie du massacre de l'Hôtel de Ville (4 juillet 1652). Paris et la « Fronde des Princes »

Published online by Cambridge University Press:  26 July 2017

Robert Descimon*
Affiliation:
Centre de recherches historiques — EHESS

Extract

Le retour à l'événement, qui s'est souvent réduit à une mise en cause de l'histoire totale à la Fernand Braudel, ouvre, dans l'historiographie d'aujourd'hui, deux perspectives explicatives : la rationalité restreinte de l'action humaine, calculée en termes de coûts et de bénéfices escomptés, et l'anomie créatrice justiciable de « l'histoire virtuelle », chère à Denis Crouzet. Se refermerait ainsi un dilemme entre une lecture réductrice impliquant une conscience des intérêts dont le modèle se ramène en dernière analyse à un calcul économique et une lecture post-moderne débouchant sur un constat d'impuissance intellectuelle. Seule l'analyse empirique (événement oblige !) permettra de sortir de l'impasse où a mené la fausse opposition entre histoire sociale et histoire événementielle.

Summary

Summary

The history of this event should be viewed with some distance both from the irrational approach of “virtual history” and the reductive rational approach of transactional analysis. The massacre of a few Paris leading citizens at the Hôtel de Ville on July 4, 1652 is set within a triple context: a popular insurrection inspired by a “primitive conception of revolt”, still influenced by the established order; the failure of the Hôtel de Ville 's dealings with the community; and the exaspération of the political conflict opposing the party of the Royal Court, Condé's party and the old Fronde 's party ruled at the time by Cardinal de Retz. The reconstitution of thèse three contexts demonstrates the impact of traditional ideas on the event. But July 4 was a traumatic event which shattered these traditional ideas, particularly the relation of the city elites with the urban police. The event thus creates a new structure, but is also constantly evolving as a resuit of changing interpretations developed in the course of history. However the free will of both its actors and interpreters can only be considered from a global rational perspective.

Type
La Fronde
Copyright
Copyright © Copyright © Les Éditions de l’EHESS 1999

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6. Les cadres de la crise frondeuse sont bien retracés dans Méthivier, Hubert, La Fronde, Paris, 1984 Google Scholar, et dans le fort livre Ranum, D'orest, The Fronde. A French Revolution, New York, 1993 Google Scholar (trad. fr., La Fronde, Paris, 1995, p. 374), qui note, p. 331, que « l'attaque des partisans de Condé et de ses troupes contre l'Hôtel de Ville, le 4 juillet 1652, a été souvent racontée, mais rarement interprétée ». Le récit le plus documenté reste celui de Courtéault, Henri, La Fronde à Paris. Premières et dernières journées, Paris, 1930, pp. 87190.Google Scholar Mais ce travail d'une forte érudition est écrit, comme la grande œuvre d'Adolphe Chéruel, du point de vue de la bourgeoisie conservatrice obnubilée par l'expérience de la Révolution française qui fait écran à sa réflexion critique (voir aussi Normand, Charles, La bourgeoisie française au XVIIe siècle, Paris, 1908, pp. 377389 Google Scholar). Très bon récit que la charité catholique libère plus des préjugés sociaux chez Feillet, Alphonse, La misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul, Paris, 2 e éd. 1862, pp. 382401.Google Scholar Pour une des rares interprétations, Christian Jouhaud, « Révoltes et contestations d'Ancien Régime », L'Etat et les conflits, Julliard, Jacques (dir.), dans L'histoire de la France, Burguière, André, Revel, Jacques (dir.), Paris, 1990, pp. 3844.Google Scholar Sans aucune originalité, Pernot, Michel, La Fronde, Paris, 1994.Google Scholar

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9. Bibliothèque de l'Université de Paris, ms 70 f. 85, le conseiller Pierre Lallemant déclare à propos de la journée du 25 juin : « II y eust vingt ou trente personnes que tuez que blessez, mais, grâce a Dieu, nul de marque et de condition ».

10. Descimon, Robert, Jouhaud, Christian, « De Paris à Bordeaux : pour qui court le peuple durant la Fronde (1652)», Mouvements populaires et conscience sociale XVIe-XIXe siècles, Nicolas, Jean (éd.), Paris, 1985, pp. 3142.Google Scholar

11. Thompson, Edward P., « Patrician Society, Plebeian Culture », Journal of Social History, VII/4, 1974, pp. 382405 Google Scholar, traite de la dissociation entre culture des élites et culture plébéienne et argue que cette culture politique plébéienne, pour ne pas avoir été proto-révolutionnaire, n'en était pas moins spécifique. Class Conflict and Collective Action, Louise A. Tilly, Charles Tilly (éds), Londres, 1981. Fritz, Gérard, L'idée de peuple en France du XVIIe au XIXe siècle, Strasbourg, 1988.Google Scholar Roche, Daniel, Le peuple de Paris. Essai sur la culture populaire au XVIIIe siècle, Paris, 1981.Google Scholar

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13. Voir Porchnev, Boris, Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648, Paris, 1963 (1948), pp. 508509 Google Scholar, parle, à propos des barricades d'août 1648 et du massacre de l'Hôtel de Ville, de « deux explosions révolutionnaires ». « La différence entre les deux événements consiste en ce que, pendant le premier, du 26 au 28 août 1648, la populace parisienne fut alliée avec la bourgeoisie contre l'absolutisme, tandis que dans le second, le 4 juillet 1652, elle se trouva opposée à cette même bourgeoisie qui l'avait trahie » et, p. 533, Porchnev qualifie le 4 juillet de « vengeance sanglante du reniement des “ pères du peuple ” ». Kossmann, Ernst, La Fronde, Leyde, 1954, p. 81 Google Scholar, écrit : « Les masses se tournèrent dans un élan spontané contre les pouvoirs qu'elles considéraient comme leurs ennemis naturels », et, p. 223, se demandant vers quel but Condé « aurait pu diriger le prolétariat et la petite bourgeoisie », il dit : « II est sûr que les habitants rebelles de Paris auraient bien trouvé en lui le véritable chef d'une véritable révolution » (vision romantique qui ne trouverait plus de partisan). Au contraire, René Pillorget, fidèle à sa formulation « le menu peuple a agi dans le sillage des plus apparents » (Les mouvements insurrectionnels de Provence entre 1596 et 1715, Paris, 1975, p. 629), affirme, dans Paris sous les premiers Bourbons 1594-1661, Paris, 1988, p. 225 : « Il apparaît évident que toute l'attaque de l'Hôtel de Ville a été organisée par les princes », mais admet que des crocheteurs des ports se sont joints aux soldats. C'était aussi l'analyse de Mousnier, Roland, Paris capitale provinciale au temps de Richelieu et de Mazarin, Paris, 1978, p. 280.Google Scholar

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15. Voir Brennan, Thomas, Public Drinking and Popular Culture in Eighteenth-Century Paris, Princeton, 1988.Google Scholar Dans le débat sur la culture politique populaire, on peut comparer l'approche française ( Bercé, Yves-Marie, Fête et révolte. Des mentalités populaires du XVIeau XVIIIe siècle, Paris, 1976 Google Scholar) et l'approche américaine ( Davis, Natalie Z., Les cultures du peuple. Rituels, savoirs et résistances au XVIe siècle, Paris, 1979 Google Scholar, recueil d'articles parus en anglais de 1965 à 1975).

16. Témoignages éloquents et réflexions sur la nécessité où les capitaines se trouvaient de payer à boire à leur troupe dans le Journal de Tronson (British Museum, Egerton, 1676) qu'Orest Ranum et moi-même sommes en train d'éditer pour la Société de l'histoire de France.

17. Registres de l'Hôtel de Ville de Paris pendant la Fronde, Le Roux de Lincy et Doüet D-Arcq (éds), Paris, 1846, t. 2, p. 273, et Bibl. nat., f. fr. 5844, f. 5, dépêche du 26 avril d'un nouvelliste à la main.

18. Dion, Roger, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle, Paris, 1959, pp. 511528.Google Scholar

19. Chéruel, Adolphe, Histoire du ministère du cardinal Mazarin, Paris, 1882, t. 1, p. 201 Google Scholar, qui date la lettre du 21 juin.

20. Registres de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 2, pp. 322-323.

21. Arch. nat., X2B 1235, 30 juillet 1652, information contre Pierre et Louis Bignicourt, père et fils, « prévenus d'assassinat », sur la plainte de la veuve d'un marchand linger et de François Delaistre, marchand orfèvre, enseigne colonel du quartier Notre-Dame, stipulant pour son fils. Louis Bignicourt avait succédé à Pierre son père comme capitaine enseigne du quartier, mais il avait dû démissionner pour avoir trop durement réprimé les émeutes anti-parlementaires de la fin de la guerre de Paris.

22. Selon le Journal du conseiller Pierre Lallemant, Bibl. de l'Université de Paris, ms. 70 f.° 55, 14 juin 1652. Sur la situation à Paris et aux environs du printemps et à l'été 1652, voir la description d'Alphonse Feillet, op. cit., pp. 402-422. Jacquart, Jean, « La Fronde des princes dans la région parisienne et ses conséquences matérielles », Revue d'Histoire moderne et contemporaine, VII, 1960, pp. 257290.Google Scholar

23. Arch. nat., X2B 1235, 13 août 1652, informations faites par le conseiller Jean Laisné, à la requête de la veuve de Ferrand.

24. Ibid., déposition de Jean Millet, maître teinturier.

25. Ibid., déposition de Pierre Hullot « capitaine au cartier de la Grève de cette ville de Paris », 55 ans.

26. Ibid., le 4 septembre.

27. Les dépositions citées aux notes précédentes comme de nombreux récits de la journée y insistent, par exemple, Bibl. nat., f. fr. 24080 f. 962, Mémorial de Jean de Toulouse, prieur de Saint-Victor.

28. Bibl. nat., nouv. acq. fr. 2386 f. 223 v., 224 et 225. Reg. de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 3, p. 66, la relation du greffier de l'Hôtel de Ville, narrant ses propres aventures, note : … « où il apparut visiblement que les volleurs icy n'avoient aucune correspondance avec ceux qui gardoient l'avenue de ladicte porte, car les ayans priez de laisser passer et sortir ledict greffier, ils se mirent à crier que c'estoit un mazarin » et le criblèrent de coups. Les émeutiers qui gardaient la grande porte semblent les auteurs de la plupart des meurtres, tandis que les autres portes étaient tenues par des hommes surtout soucieux de pillage.

29. Robert Descimon, Christian Jouhaud, art. cité, pp. 40-41.

30. Arch. nat., Z2 2897 (bailliage du Palais) : ainsi Nicolas Vallier, maître tissutier rubanier, jugé le 28 janvier 1653 pour avoir coupé le 18 un bouton en argent dans la salle du Palais, disant que « la nécessité dans laquelle il est l'a contraint, n'ayant point de travail », est relâché le 3 février, attendu sa pauvreté et misère.

31. C'était renouer avec d'anciennes pratiques périmées depuis les guerres de Religion. Aux origines, la Ville avait convoqué ses assemblées de sa propre autorité. Ensuite, une lettre de cachet était nécessaire ; mais le parlement estimait qu'il était un des conseils du roi et pouvait donc agir au nom de la personne politique du souverain. Un arrêt du 13 avril avait ainsi convoqué une assemblée générale de la ville ; le prévôt des marchands avait protesté, parce qu'il ne voulait pas embarquer la Ville dans l'aventure condéenne, mais aussi parce que la Ville tenait au respect de ses usages coutumiers. L'intercession du duc d'Orléans avait permis un compromis ( Talon, Omer, Mémoires, Petitot, et Monmerque, (éds), t. 3, Paris, 1827, p. 358 Google Scholar, et Registres de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 2, pp. 246-249). Robert Descimon, « Les assemblées de l'Hôtel de Ville de Paris (mi-XVIe-mi-XVIIe siècles) », Paris et Île-de-France. Mémoires, t. 38, 1987, pp. 39-54.

32. Arch. nat., U 951 f. 224, Journal de Quatrehommes, conseiller à la Cour des aides. Registres de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 2, p. 248 : « Lesdicts quartiniers auront ordre de se rendre avec les rooles de bourgeois de leurs quartiers pour faire le choix des six vingtz-huit, qui doibvent estre mandez pour ladicte assemblée générale ». Jean Vallier, Journal, Henri Courtéault (éd.), t. 3, Paris, 1918, p. 203. Cependant une mazarinade condéenne intitulée Journal de ce qui s'est passé aux deux assemblées de l'hostel de ville les IV et VI juillet 1652 (Bibl. nat., LB37 2731) avance que le prévôt des marchands et les échevins « auraient fourni le roolle aux quarteniers qui estaient d'intelligence avec lesdits Messieurs de Ville, et d'iceluy en auraient choisi ceux qu'ils croioient devoir estre affectionnez au party mazarin » (p. 3).

33. Bibl. hist. de la ville de Paris, ms 711, pièce 188, mandement et procès verbal de l'élection des mandés à Saint-Séverin.

34. Édouard Maugis, « La journée du 4 juillet 1652 à l'Hôtel de Ville. Relation de Pierre Lallemant », Revue historique, 1920, p. 72 : Lallemant déclare qu'il a eu « ordre » du prince de Condé « d'y aller ». Voir aussi chez Conrart, Valentin, Mémoires, Poujoulat, Michaudet (éds), Paris, 1838, p. 574 Google Scholar, le cas de Robert Miron, convoqué par Gaston d'Orléans.

35. Bibl. nat., Nouv. acq. franc. 2386, f. 204 et 210. Ce précieux récit d'un bourgeois mandé anti-condéen, sans doute un haut magistrat, vient du fonds Vertamont. En copie, il est difficile d'en identifier l'auteur.

36. Bibl. hist. de la Ville de Paris, ms. 711, pièce 193 f. 224 v. (Discours sur les désordres de Paris en l'année 1652, dû sans doute à la plume du secrétaire Toussaint Salmon). Pour l'interprétation politique des traditions municipales, voir Descimon, Robert, « Le corps de ville et les élections échevinales à Paris aux XVIe et XVIIe siècles. Codification coutumière et pratiques sociales », Histoire Économie et Société, 49/3, 1994, pp. 507530.CrossRefGoogle Scholar

37. Registres de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 2, p. 298. La lettre du secrétaire d'État Guénégaud, répondant à la supplique du Bureau, porte : « Et l'on estait sur le point de vous envoyer l'ordre pour le faire, lorsque votre lettre luy [au roi] a esté rendue ». Façon assez naïve de prétendre que le Conseil gardait l'initiative dans Paris. Mais il est sûr que les autorités. parlement, Ville et Cour, pensaient que la milice bourgeoise était une force d'ordre public.

38. Descimon, Robert, « Les barricades de la Fronde parisienne : une lecture sociologique », Annales Esc, 1990, n° 2, pp. 397422 Google Scholar ; Id., « Milice bourgeoise et identité citadine à Paris au temps de la Ligue », ibid., 1993, n°4, pp. 885-906, développant l'argument.

39. Il n'est pas évident que les bourgeois du quai des Orfèvres aient été frondeurs : Omer Talon, op. cit., p. 406, rapporte qu'à l'assemblée de l'Hôtel de Ville du 28 juin, il fut conclu « qu'il n'y avoit aucune sûreté réelle qui pût être donnée, puisque la sédition avoit été faite par ceux qui dévoient l'empêcher, savoir les bourgeois du pourtour du Palais, lesquels avoient été les chefs, les auteurs et les exécuteurs de tout le mal, ces bourgeois disant qu'il y avoit quatre ans que messieurs du parlement les avoient excités pour leurs intérêts particuliers de leurs gages et de leur don annuel [la paulette] ; que cela avoit produit la guerre civile, le siège de Paris, l'absence du roi, et la diminution de leur trafic ; qu'ils eussent à faire la paix, et à les tirer de la misère en laquelle ils étaient, sinon qu'ils les assommeraient ».

40. Registres de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 3, p. 26, le 28 juin, tirant les conséquences de l'émeute du 25, le corps de ville recommandait « que les compagnies se secourent les unes les autres, et les officiers seront exhortez de tenir entre eux correspondance ».

41. Conrart, op. cit., p. 565. Arch. nat., H2 19051, 2 juillet 1652, texte du mandement arraché par Mlle de Montpensier au prévôt des marchands : il ordonne à cinq colonels (Saint- Denis, Saint-Martin, Temple-Grève, Marais du Temple, Saint-Antoine) de « détacher de vos colonelles jusques au nombre de deux mil hommes et les envoyer au fauxbourg Saint-Antoine pour la conservation dud. fauxbourg et habitans d'icelluy, et en cas qu'il se trouve quelques soldatz blessez ou quelques troupes pressées les laisser entrer et se mettre à couvert ».

42. Bibl. nat., f. fr. 24080 f.° 962, Mémorial de Jean de Toulouse : « Les colonelles et compagnies n'osoient foncer dans la Grève pour retirer leurs chefs et notables des quartiers, crainte d'un massacre universel, chacun estant surpris de cette violence et ni ayant aucune correspondance des unes aux autres pour y remédier, et par ainsi chascun gardant son quartier ». Une des relations autrefois conservées dans les papiers Amelot-Chaillou, maître des requêtes, chef du conseil de Conti (citée par Cousin, Victor, Madame de Longueville, t. 2, Paris, 1859, p. 421 Google Scholar), note que, dès que l'attaque de l'Hôtel de Ville commença, « les chaisnes furent tendues et barricades faites aux environs de la Grève, et les bourgeois s'estant mis en armes empeschèrent que quelques bons bourgeois, les uns par compagnies, les autres en particulier, ne passassent pour aller secourir ceux qui se trouvoient enfermés dans l'hostel de ville ».

43. Reaux, Tallemant des, Historiettes, Adam, Antoine (éd.), Paris, 1960, t. 1, p. 71.Google Scholar 44. Cardinal de Retz, Mémoires, Simonne Bertière (éd.), Paris, 1987, t. 2, p. 334. II faut aussi signaler que l'insubordination pouvait aussi concerner des compagnies commandées par des marchands, par exemple rue de la Mortellerie où les marchands de vin et de grain avaient sous leurs ordres les travailleurs des ports qu'ils employaient.

45. Arch. nat., X2B 1235, 25 septembre 1652, information à la requête de Jean Picard, maître sellier lormier, contre Pascal Rampault, maître perruquier, et 5 octobre, à la requête du second contre le premier, etc. : le 3 juillet 1652, une violente rixe oppose ces deux artisans, le premier de sentiment mazarin, le second condéen ; le conflit avait commencé la veille : « Baudouin, mercier, avoit son fusil pour s'en aller avec les autres voysins hors lad. porte Saint-Antoine, dont ils furent empeschés par le nommé Lefebvre, tailleur, sur quoy led. Rampault luy dit : si vous n'y voules point venir, il ne faut pas empescher les autres d'y aller, alors led. Lefebvre [il passait pour mazarin] le menaçant, luy dit plusieurs injures, ausquelles led. Rampault luy repartit par des injures de gueuserie et de coquin »… (déposition de Claude Petit, cordonnier et valet de chambre du roi, le 15 octobre). La querelle du lendemain éclate pour des raisons de voisinage, mais elle mobilise les acteurs selon les clivages politiques.

46. Bibl. de l'Université de Paris, 70 f. 85 v. et 83.

47. Ibid., f. 98 v.

48. Ibid., f. 30.

49. Joly, Guy, Mémoires, Michaud, et Pouioulat, (éds), Paris, 1838, p. 74.Google Scholar

50. Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 3 f 413, relation autographe du prévôt des marchands signée Lefebvre. Le capitaine Colin était procureur au Châtelet, le lieutenant de Romigny, marchand de vin, l'enseigne Poudreau, secrétaire du roi et avocat au Conseil. Cette compagnie appartenait à la colonelle de Saint-Jean en Grève. A noter que Lefebvre n'eut pas recours à la compagnie du quartier Saint-Gervais où il demeurait et que commandait le conseiller Lefebvre de La Barre, son fils.

51. Bibl. nat., nouv. acq. fr. 2386 f.° 218. Guy Joly, op. cit., p. 75, note: «Après tout, cette rage ne fut pas si universelle que plusieurs des mutins qui paroissoient les plus eschauffés ne s'employassent eux-mêmes à sauver ceux des députés qui étoient de leur connoissance ».

52. Registres de l'Hôtel de ville… (cités), t. 3, pp. 47-48 : cinq compagnies avaient été mobilisées pour assurer l'ordre : l'une fut fidèle (celle du Temple-Grève), deux séditieuses (Saint-Martin et Saint-Jean en Grève), on ne peut juger de l'attitude des deux autres (Notre- Dame, où Broussel faisait fonction de colonel en raison de l'insubordination permanente de la compagnie colonelle, et Saint-Jacques de la Boucherie).

53. Conrart, op. cit., p. 368.

54. Bibl. nat., Nouv. acq. fr. 2386 f. 203 V.-204.

55. Conrart, op. cit., p. 572 et p. 576, pour ces trois anecdotes. Cf. ce qui a été dit cidessus de l'attitude de la compagnie du quai des Orfèvres, lors de la « guerre des Ménardeau » (note 39).

56. Conrart, op. cit., p. 572. Toutefois l'émouvant testament de Legras (Min. centr., LXVIII, 157, 5 juillet) contredit en partie la version de Conrart qui le fait mourir le soir même.

57. Au contraire, Adolphe Chéruel, op. cit., pp. 197-209, pense, d'après la correspondance de Mazarin, évidemment trop optimiste, que le parti royaliste était sur le point de l'emporter et de faire accueillir le roi sans aucune condition.

58. Registres de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 2, pp. 324-328.

59. Arch. nat., KK 1340 f. 87 (Délibérations des Six Corps).

60. Conrart, op. cit., p. 565 : dès le matin deux régiments défaits se présentèrent «pour passer dans Paris et rejoindre le gros ». Refus de l'enseigne qui commandait à la porte : « Sur quoy, ayant été tiré sur lui (quelques-uns disent que ce fut sa propre sentinelle), il tomba mort ». Bibl. nat., f. fr. 5844 f. 32, le nouvelliste à la main situe l'incident porte Saint-Martin et attribue le meurtre à « un officier de l'armée des princes ». Jean Vallier, op. cit., t. 3. p. 313, écrit : « Il est constant que M. le lieutenant civil et quelques autres bons officiers de Sa Majesté, qui étaient en garde le 2e juillet aux portes Saint-Martin, Saint-Denis et Montmartre, avoient promis à Sadite Majesté de les lui ouvrir et la laisser entrer dans la ville, tandis que ses troupes attaqueroient celles des Princes à la campagne et d'un autre côté ».

61. Bibl. nat., f. fr. 5844 f. 32 v., nouvelles à la main du 5 juillet : joie de Condé « quand il vit sortir deux a trois mille bourgeois par la porte Saint-Antoine qui le venoient secourir, dont une partie se comporta en gens de coeur ». Le même plumitif condéen avance (f. 32) que « quelques colonels et capitaines, avec plusieurs bons bourgeois, se rendirent au matin au Palais d'Orléans pour supplier Sar de monter a cheval et aller par Paris pour se faire voir au peuple, l'asseurant qu'un chacun prendrait les armes pour aller secourir Monsieur le Prince ».

62. Guy Joly, op. cit., p. 74 : sans l'intervention de la Grande Mademoiselle, l'armée de Condé « aurait été entièrement défaite sous les yeux de la plupart des bourgeois de Paris qui ne faisoient que s'en rire, plusieurs ayant même tiré sur ses troupes, et quelques-uns ayant été assez hardis pour se vanter d'avoir tiré sur sa personne ». Les assertions de Joly ne sont mentionnées par aucun historien, mais si elles contiennent ne serait-ce qu'une part de vérité, elles contribuent à éclairer l'attitude du prince le 4 juillet.

63. Conrart, op. cit., p. 565 : « M. de Beaufort alla plusieurs fois par les rues exciter les bourgeois de sortir pour les [les princes] secourir, mais il ne fut suivi de personne ». « Des gens de la paît de M. d'Orléans firent la même chose avec un ordre signé de lui, mais avec aussi peu d'effet ; et c'est une chose admirable que le peuple, étant aussi favorable qu'il est aux princes, ne fut ému en aucune façon les voyant en si grand péril ».

64. Orner Talon, op. cit., p. 411, note : « Dans le feu et la chaleur en laquelle étoient les bourgeois de cette déroute arrivée dans les faubourgs, il n'y avoit point de capitaine qui eût assez d'autorité pour refuser la porte ; et quand il l'eût voulu faire, l'armée des princes les eût forcés dans leurs barrières ».

65. Registres de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 3, p. 68, le greffier de la ville note « le partage des esprits excitant le père contre le filz, la femme contre le mary, le voisin contre son voisin et les serviteurs contre leurs maistres ».

66. Ernst Kossmann, op. cit., et Orest Ranum, op. cit., offrent à ce jour, jusque dans leurs désaccords, les vues les plus pénétrantes sur l'apparente continuité des troubles. Voir maintenant les démonstrations novatrices de Béguin, Katia, Les princes de Condé, Seyssel, Champ Vallon, 1999.Google Scholar

67. Cette mutation tient au maintien (au parlement, par exemple) de l'ancienne conception du corps politique en liaison avec le bien commun et à l'émergence contradictoire de l'idéologie de la raison d'État et de l'utilité publique, notion substituée à celle de bien commun ( Marin, Voir Louis, « Pour une théorie baroque de l'action politique », dans Naudé, Gabriel, Considérations politiques sur les coups d'État, Marin, Louis, Paris, 1988, pp. 565 Google Scholar, Merlin, Hélène, Public et littérature en France au XVIIe siècle, Paris, 1994, pp. 59112 Google Scholar, et Guery, Alain, « L'État. L'outil du bien commun », Les lieux de mémoire, Nora, Pierre, t. 3, Les France, rééd. Quarto, 1997 (1992), pp. 45514555 Google Scholar).

68. Bonney, Richard, « The French Civil War, 1649-1653 », European Studies Review, VIII/ 1, 1978, pp. 71100.Google Scholar Significativement, Bonney, qui soumet à la critique le livre aujourd'hui classique de Lloyd Moote, A., The Revolt of the Judges. The Parlement of Paris and the Fronde 1643-1652 (Princeton, 1971)Google Scholar, soutient (p. 76) que nombre de «magnâtes supported the proposais of the Chambre St. Louis and the political measures of 1648 ». Mais l'argument sous-tend l'existence d'un langage politique commun entre les nobles et les magistrats, une assertion que l'on doit considérer comme éminemment problématique. En revanche, Bonney pose avec vraisemblance que, dans le contexte général de la monarchie absolue, la seule opposition vraiment dangereuse pour le ministère était l'opposition armée de la noblesse. Jouanna, Voir Ariette, Le devoir de révolte, Paris, 1989 Google Scholar, et Constant, Jean-Marie, « La troisième Fronde : les gentilhommes et les libertés nobiliaires », XVIIe siècle, t. 145, 1984, pp. 341354 Google Scholar, qui montre l'incommunicabilité qui sépare en outre la culture politique des princes et celle des simples gentilshommes.

69. Descimon, Robert, Jouhaud, Christian, « La Fronde en mouvement : le développement de la crise politique entre 1648 et 1652 », XVII e siècle, t. 145, 1984, pp. 305321.Google Scholar

70. Hypothèse formulée sous toute réserve, voir Dethan, Georges, La vie de Gaston d'Orléans, Paris, 1992, pp. 258259.Google Scholar

71. Jouhaud, Christian, « Politiques de princes : les Condé (1630-1652) », dans L'État et les aristocraties XIIe-XVIIe siècle, Contamine, Philippe (éd.), Paris, 1989, pp. 343350.Google Scholar

72. Adolphe Chéruel, op. cit., t. 1, pp. 148-149, cite la correspondance de Foucquet-Croissy et commente sans beaucoup de pertinence le choix de Condé. Il est amusant que les agents parisiens de Mazarin et ceux de Condé à la même époque aient garanti à leur maître respectif l'amour des Parisiens.

73. Descimon, Robert, « Le corps de ville et le système cérémoniel parisien au début de l'âge moderne », Statuts individuels, statuts corporatifs et statuts judiciaires dans les villes européennes (Moyen Age et Temps modernes), Boone, Marc, Prak, Maarten (éds), Louvain, 1996, pp. 73128.Google Scholar

74. Sluhovsky, Moshe, Patroness of Paris. Rituals of Dévotion in Early Modem France, ‘ Leyde, 1998, pp. 133135 Google Scholar, dont l'excellente analyse sur la « politisation » de la sainte ne voit pas que les réticences du tout récent cardinal de Retz (qui fit son possible pour que la procession n'ait pas lieu) étaient motivées par son hostilité à Condé. Jean Vallier, op. cit., t. 3, p. 262 : Condé et Beaufort « firent même baiser leurs chapelets à la châsse et ceux de beaucoup de personnes qui les en prièrent, tant ils voulurent paraître dévots et populaires ». Intercession et dévotion, l'analyse insiste sur l'essentiel, contrairement à la charge de Madame de Motteville, Mémoires, dans Coll. des mém. relatifs à l'histoire de France, M. Petitot (éd.), t. XXXIX, Paris, 1824, pp. 333-334. 75. Dubuisson-Aubenay, , Journal des guerres civiles 1648-1652, Saige, Gustave (éd.), t. 2, Paris, 1885, p. 236 Google Scholar ; Registres de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 2, p. 375, qui soulignent que les magistrats du parlement rebutèrent Gaston d'Orléans, « disans qu'ils représentaient le roy ».

76. Bibl. hist. de la ville de Paris, pièce 903564, Les cérémonies observées en la descente de la châsse de sainte Geneviève, Paris, 1652 (extrait de la Gazette de Renaudot).

77. Patin, Guy, Lettres, Réveillé-Parise, J. H. (éd.), t. 3, Paris 1846, pp. 45 Google Scholar, lettre CCCCVI à André Falconnet du 28 juin 1652.

78. Bouillart, Jacques, Histoire de l'abbaye de Saint-Germain des Prez, Paris, 1724, pp. 247248.Google Scholar Ultee, Maarten, The Abbey of St Germain des Prés in the Seventeenth Century, New Haven, 1981, pp. 171175 Google Scholar, interprète l'événement dans le cadre trop étroit de la défense de l'exemption du faubourg contre l'archevêché.

79. Retz, op. cit., t. 2, pp. 363-364 : le cardinal donne deux raisons à ce projet de Condé : « il était persuadé que je le desservais beaucoup auprès de Monsieur, ce qui n'était pas vrai… ; mais il l'était aussi que je lui nuisais beaucoup dans la ville, ce qui n'était pas faux ». Guy Joly, op. cit., p. 76, écrit : « La seule ressource de M. le Prince étoit donc dans la violence dont il auroit encore bien voulu se servir contre le cardinal de Retz ».

80. Conrart, op. cit., p. 578.

81. Ibid.

82. Min. centr., XLV 125, 6 février 1603, contrat de mariage de Pierre Broussel et de Marguerite Boucherat ; XLV 134, 11 janvier 1609, contrat de mariage de Jacques Hotman et Madeleine Boucherat ; LXVI 51,13 août 1631, inventaire après décès de Madeleine Boucherat. LXVI 134, 15 décembre 1656, LXVI 137, 3 septembre 1657, LXVI 171, 12janvier 1661, règlements de la succession de Jacques Hotman. Labatut, Jean-Pierre, « Le chancelier Boucherat (1616-1699) », dans Le conseil du roi de Louis XII à la Révolution, Mousnier, Roland (éd.), Paris, 1970, pp. 86101.Google Scholar

83. Bibl. nat., Pièces originales 2231 (50488) n° 3 (1643). Min. centr., XXI 138 n° 200, 17 mai 1641 (secrétaire du roi, Pény achète l'office de contrôleur des décimes de la généralité de Lyon) ; LXVI 99, 12 juin 1644, contrat de mariage entre Pény et Henriette Hotman ; LXVI 174, 28 janvier 1662, inventaire après décès de Pény (avec son testament olographe) ; LXVI 184, 8 mai 1665, testament olographe (3 janvier) et inventaire après décès (3 juin) de Henriette Hotman ; LXVI 185, 4 septembre 1665, contrat de mariage de Madeleine de Pény, leur fille, avec Matthieu Hotman, chevalier, son cousin et beau-frère de Marguerite Colbert, cousine du ministre. CX 194, 15 février 1675, inventaire après décès de Madeleine de Pény. L'inventaire de Pény révèle le raffinement de ce traitant resté un peu marchand, occupé de la vente des nouveaux offices de trésorier de France à Limoges et de l'avance du produit de la taille. A noter, dans sa collection de tableaux, six portraits : Louis XIII, Marie de Médicis, Anne d'Autriche, Louis XIV, Richelieu et Mazarin, mais ni Condé, ni Gaston d'Orléans ! En général, Bayard, Françoise, Perez, Marie-Félicie, « Des hommes aux oeuvres : les collections des financiers français au XVIIe siècle », Cahiers d'Histoire, t. 35, 1990, pp. 227247.Google Scholar

84. Bibl. de l'Université de Paris, ms. 386 f. 55. Les « Articles des prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris présentés conjointement avec ceux des Princes catholiques unis au feu Roy Henri III en l'année 1588 », constituaient un précédent approximatif (ce sont les princes qui étaient unis, non la ville aux princes).

85. Montpensier, Mademoiselle de, Mémoires, t. 2, Paris, éd. Petitot, , 1825, p. 278 Google Scholar, marque une grande sensibilité à ces problèmes : l'après-midi du 4 juillet, le duc d'Orléans faisait difficultés de se rendre à l'assemblée, car Condé et lui n'avaient pas à assister « aux délibérations de l'hôtel-de-ville, parce qu'ils n'étoient pas de leur corps ».

86. Talon, op. cit., t. 3, p. 416.

87. Les vagues sympathies condéennes qui animaient bien des héros du massacre rencontrent des indices qu'il est difficile de faire fonctionner comme preuves : ainsi deux des plus célèbres victimes, le conseiller Pierre Ferrand (dont le père tenait le parti de la Cour) était, pour sa seigneurie de Janvry, vassal du duc d'Orléans qui lui en avait donné la haute justice (Min. centr., XLIX 331, 26 juillet 1652, inventaire après décès, titre 11, 30 juin 1650). Le maître des Comptes Robert Miron était maître d'hôtel du roi depuis le 7 décembre 1649 (Min. centr., CXV 119, 17 juillet 1652, inventaire après décès, titre 3, brevet), charge qui le mettait dans la dépendance du Grand Maître Condé. Mais cet ami de Retz n'avait pas changé de bord, ce que montrent assez sa mort même, alors qu'il quittait l'Hôtel de Ville (selon son frère et lieutenant-colonel) pour aller mobiliser sa colonelle, et la répression qu'il mena, le 25 juin, contre les émeutiers (des soldats bourgeois) qui assiégeaient le lieutenant civil dans le Châtelet (Bibl. de l'Univ. de Paris, 70 f. 85 v.). C'est le duc d'Orléans, et non Condé, qui, le matin même, lui avait envoyé un billet : « Nous avons bien besoin de tous nos bons amis dans l'assemblée d'après dîner. Vous êtes de ce nombre, ne manquez pas » (Conrart, op. cit., p. 574). L'information sur la mort de Miron, citée par Conrart (elle impliquait des miliciens de sa compagnie et des domestiques de Condé), n'existe plus dans les archives du parlement, contrairement à celle sur la mort de Ferrand de Janvry.

88. Vernes, Suzanne, « Un frondeur : le président Viole », Revue d'Histoire diplomatique, t. 65, 1951, pp. 1638 Google Scholar, où il est montré que Viole, anciennement lié avec le père du Grand Condé, ami de Chavigny, mais aussi du coadjuteur, était brouillé avec le prince, chef des armées royales durant la guerre de Paris, et ne se réconcilia avec lui qu'après la paix de Rueil (19 mars 1649) ; après l'arrestation des princes, la contradiction entre son engagement dans la cause parlementaire et son engagement condéen prit fin et il put faire preuve d'un dévouement aveugle aux intérêts du prince.

89. Registres de l'Hôtel de Ville… (cités), t. 3, pp. 54-57 ; Bibl. nat., nouv. acq. fr. 2386 f. 213 v. fournit une description pittoresque du chahut auquel donnèrent lieu les réquisitions de Piètre : « le bruit qui continuoit et dura plus d'un gros quart d'heure pendant lequel il estoit fort rouge et fort en cholere, suant a grosses gouttes ».

90. Edouard Maugis, éd. cit. du Journal de Pierre Lallemant, pp. 71-72 : « Pour moy, cela m'apprendra, et à tous ceux qui liront cy-après ces escrits, qu'il est bien véritable qu'il ne faut pas se fier aux princes in quibus non est salus. II y avoit cela de particulier à mon esgard que, quoyque depuis et avant l'emprisonnement de M. le Prince, je luy eusse donné mes inclinations et servy dans les occasions les plus fâcheuses, autant qu'un homme de bien le peut faire, tant au parlement qu'ailleurs, je demeuray cependant sans secours de sa part, quoyqu'il ne put ignorer que je m'y fusse engagé, ayant eu ordre de sa part d'y aller ». Lallemant ajoute qu'il n'avait pas caché au prince « que le sentiment dans lequel je luy déclaray estre, pour prendre advis, ne s'accordoit point à ses pensées ». Le refus que fit l'avocat général Bignon d'informer contre les soldats de Condé (Conrart, op. cit., p. 569) et l'abandon des poursuites contre les assassins de Robert Miron par son frère dénotent la même attitude de résignation hostile à l'égard de Condé qui s'était rendu coupable d'une véritable trahison dans l'ordre de la fidélité clientélaire, mais n'en restait pas moins auréolé de sa dignité de prince du sang qui le mettait au-dessus de la justice des hommes. Les notables n'avaient pas d'autre choix que de se rallier à la Cour.

91. Conrart, op. cit., p. 567, raconte le déroulement d'une assemblée primaire de quartier où l'un des bourgeois « un nommé Amaury » refusa de nommer les députés, vu qu'il n'avait point d'ennemis dans la compagnie. Il ne voulut pas s'expliquer et « on ne put jamais savoir s'il parloit ainsi par simple conjecture ou s'il avoit eu avis de ce qui devoit arriver ». L'identité de cet Amaury ne peut être sûrement établie, mais il est possible qu'il se soit agi de Jean Amaury, secrétaire du roi et capitaine au quartier Saint-Jean en Grève, beau-frère de Gautier de Pény. Bibl. nat., Baluze 291 (papiers Broussel), pièces 77 et 78, deux petits papiers sans date, de mains et d'orthographes différentes : « Messieurs les artizants et gens de mestier sont priés de s'advertir l'un l'autres chacun en son quartier pour se trouver devant l'Hostel de Ville demain dimanche a quatre heure après midy attendant cinq pour le service du roy, le bien du public et la paix tant désirée. Deffences au Mazarins de venir sur peine de la vie ». Ces papiers semblent être des spécimens des billets ou affiches que semaient dans la population les affidés des princes.

92. Jouhaud, Christian, Mazarinades : la Fronde des mots, Paris, 1985, p. 114.Google Scholar Dubuissonaubenay, op. cit., p. 248, signale ce « placard et libelle ».

93. C'est là un des thèmes majeurs des mazarinades condéennes après le massacre : voir Les articles de la dernière délibération de Messieurs les Princes avec les bourgeois de la ville de Paris faite en parlement et en la maison de ville les 6 et 8 juillet 1652, Paris, 1652 : article 10, « vivre ensemblement comme vrais membres d'un mesme corps »…, « garder fidèlement cette union et faire toute chose qui en dépendra par commun conseil et concorde les uns des autres » ; article 14 (dans la bouche des princes), « nous jurons et protestons devant Dieu que nous soustiendrons le droict des bourgeois et habitans de la ville de Paris jusques à la dernière goutte de nostre sang et que leurs interests seront joints unanimement avec les nostres »… Sur la portée de cette littérature, Christian Jouhaud, op. cit., qui parle de « tracs de politicien-prestidigitateur” (p. 107).

94. Orner Talon, op. cit., p. 417.

95. Talon, ibid., en invoquant un avis donné le matin du 4 à Condé par le duc de Rohan (avis qui consistait à « faire entendre à l'assemblée la nécessité de l'union de la ville avec les princes »), soutient que la « première délibération » était bien le coup de force et que « tous les ordres [étaient] donnés ». Il dissocie nettement l'attitude de Gaston, inspiré par Retz (p. 412, Condé « avoit eu ce déplaisir que M. le duc d'Orléans avoit défendu aux bourgeois de Paris de l'assister et de sortir hors de la ville avec leurs armes ») et celle de Condé, de la Grande Mademoiselle et du duc de Beaufort (qui, p. 418, « furent bien aises de cette action pour se venger du gouverneur et du prévôt des marchands »). Dubuisson-Aubenay, op. cit., p. 250, dit du colonel du quartier Saint-Antoine, le président de Guénégaud, qu'« il étoit le troisième recommandé au sacrifice des princes, après et avec le gouverneur de la ville et le prévôt des marchands ». Mademoiselle de Montpensier, op. cit., pp. 282-283, raconte que, venue sauver le gouverneur et le prévôt et trouvant ce dernier « serein » et « tranquille », elle lui dit : « Je n'entre point dans les sujets de plainte ; sans doute vous avez cru bien faire : et si vous avez manqué, ce n'a pas été votre intention ; quelquefois on a des amis qui s'embarquent dans des affaires fâcheuses ». Discours assez étonnant, chargé de menaces et de sous-entendus (ces « amis » ne seraient-ils pas Retz et ses partisans ?). Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 3 f. 412 v., selon le récit du prévôt des marchands lui-même, la Grande Mademoiselle l'assura que « Sar et elle aussy estoient extrêmement faschez de ce qui estoit arrivé, … que l'on disoit que les personnes qui gardoient la Ville avoient tiré les premiers »… Justification maladroite.

96. Cette proposition « scandaleuse » est exprimée par Guy Joly, op. cit., p. 75 : « Bien des politiques crurent que, parmi les mutins, il y avoit des gens dévoués à la cour qui les animoient exprès, pour dégoûter les bourgeois du parti des princes », insinuation qui, aujourd'hui encore, suscite l'indignation de ceux pour qui Mazarin représente l'intérêt de la France : Michel Pernot, op. cit., p. 306 : « Guy Joly va jusqu'à insinuer, malignement et bêtement, que Mazarin pourrait bien avoir eu part à ces désordres ». Mais Joly, contrairement aux auteurs condeens, ne disculpe nullement les princes. Le duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, Paris, t. 6, 1892, p. 226, tire argument de ces probabilités pour disculper son ancêtre : « Qui donc a payé les émeutes du mois de juin ? Nous retrouvons aujourd'hui [le 4 juillet] le même personnel, les aboyeurs à dix-sept sols de l'abbé Foucquet ». L'angélisme n'était pas de mise chez Mazarin : la lettre du 16 juin que lui adresse un correspondant parisien explique : « Nous avons gagné un bourgeois qui est enseigne d'une compagnie où il y a force canaille, qui est homme hardi […] et qui se promet de faire remuer plus de quatre mille hommes ». La lettre ajoute qu'il faut procurer à ce bourgeois, qui était tapissier (c'est sans doute Thomas de Bréban, l'enseigne du colonel Ménardeau-Champré), « des lettres de tapissier du roi » et « quelque petit bénéfice » pour son fils. Quant au trésorier des bâtiments du roi (et maître d'hôtel du roi, comme tant de condeens), Parrain des Coutures, capitaine de son quartier, il s'est « offert de servir, pourvu qu'on le gratifie » (Adolphe CHÉRuel, op. cit., t. 1, pp. 199-200). Bien sûr, pour organiser ces manifestations et faire crier « le roi et la paix sans condition », il fallait de l'argent.

97. De cette purgation politique, témoigne la nouvelle Honorine de Segrais (un dépendant de Condé et de M de Montpensier), où le massacre offre un cadre romanesque convenu à de malheureuses amours ( Guichemerre, Roger, « Segrais et la Fronde », La Fronde en questions, Duchêne, Roger, Ronzeaud, Pierre (éds), Aix, 1989, pp. 157166 Google Scholar).

98. Montglat, Marquis de, Mémoires, Michaud, et Poujoulat, (éds), Paris, 1838, p. 272.Google Scholar Mademoiselle de Montpensier, op. cit., p. 285, explique qu'elle n'a jamais voulu être éclaricie sur la responsabilité de Condé (qui pourrait bien avoir été aussi la sienne !) et ajoute : « Cette affaire fut le coup de massue du parti ».

99. Les mécanismes du salariat émeutier (on loue sur les ports les manoeuvres pour aller crier, comme on les louerait pour aller travailler) sont décrits en détail dans l'affaire Jean Tabor, maître pêcheur, 53 ans, un recruteur de séditieux, d'abord condéens, ensuite royalistes (Arch. nat., X 1235, 12 octobre 1652, information après une manifestation au Palais). Les payeurs sont en l'occurrence de bons bourgeois, la veuve d'un avocat, le conseiller Le Prévost de Saint-Germain, etc.

100. Berthod, François, Mémoires, Michaud, et Poujoulat, (éds), Paris, 1838, p. 583.Google Scholar Ce texte décrit admirablement la mobilisation de l'opinion royaliste par les agents de la Cour dans l'été 1652.

101. Arch. nat., X2B 1235, 1er octobre 1652, informations par Clément Lemeusnier et Henri Feydeau, conseillers.

102. Arch. de l'Armée de terre, AI 136 f° 200, 25 septembre 1652, la démission forcée de Broussel et le rétablissement du gouverneur (L'Hospital) résultaient logiquement des « bonnes dispositions des bourgeois… pour mon [du roi] service ».

103. Mazarin, à son habitude, ne fit preuve d'aucune sévérité, même à l'égard des agents des princes les plus compromis. En revanche, il mit hors d'état de nuire le cardinal de Retz qui avait servi ses intérêts, mais persistait à se poser en rival, et les conseillers du parlement qui étaient les plus attachés à l'esprit de la vieille Fronde et de la déclaration du 24 octobre 1648. Ce qui importait au grand cardinal, c'était son pouvoir, y compris le gouvernement de « l'extraordinaire », opposé à celui de l'« ordinaire » préconisé, non sans inconséquences, par le parlement et les officiers (Cf. Robert Descimon, Christian Iouhaud, art. cité, note 69, pp. 308-309).

104. Goubert, Pierre, Mazarin, Paris, 1990, pp. 365443.Google Scholar Dent, Julian, « The Rôle of Clientèles in the Financial Elite of France under Cardinal Mazarin », French Government and Society, 1500-1850, Essays in Memory of Alfred Cobban, Londres, 1973, pp. 4169.Google Scholar Hamscher, Albert N., The Parlement of Paris After the Fronde 1653-1673, Pittsburgh, 1976, pp. 82 118 Google Scholar, sur la persistance de la Fronde parlementaire jusqu'en 1660.

105. Bibl. nat., Estampes, VX 15, t. 15 n° 259, gravure de la statue due à Guérin, Gilles. Paris et ses rois, Catalogue de l'exposition, Paris, 1988, p. 115 Google Scholar, sur le remplacement de cette oeuvre : janvier 1687 marque le pardon tardif de Louis à Paris.

106. Cf. les limpides conclusions de Pierre Goubert, op. cit., pp. 341-349 (” Penser la Fronde ? »).

107. Thompson, Edward P., « The Moral Economy of the English Crowd in the Eighteenth Century », Past and Présent, t. 50, 1971 Google Scholar, trad. fr. dans La guerre du blé au XVIIIe siècle, Florence Gauthier, Guy-Robert IKNI (éds), Paris, 1988, pp. 31-92. Hobsbawm, Éric J., Les primitifs de la révolte dans l'Europe moderne, Paris, 1966 (1959), pp. 127145.Google Scholar William Beik, op. cit., pp. 49-72.

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