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  • Print publication year: 2017
  • Online publication date: May 2017

Conclusion (français)

Summary

L'intérêt ou le désintérêt des individus, des groupes sociaux et des États médiévaux pour les entreprises maritimes ne peut se comprendre que par l'analyse de la perception que ceux-ci ont eue de la mer. Une perception double, antithétique, loin d'être immuable au fil des siècles. La mer offre en fait un double aspect : d'un côté, elle est l'empire du mal, un symbole de mort et demeure de monstres redoutables prêts à engloutir navires et passagers ; de l'autre, elle offre aussi des beautés émouvantes, est une voie vers la découverte et le rêve et une source de bonheur et de richesse.

Les textes littéraires aussi bien que les récits de voyage et de pèlerinage font de la mer par excellence « le lieu de la peur, de la mort et de la démence » (J. Delumeau) : un topos constamment repris par des auteurs très divers, mais qui exprime une réalité vécue par tous les marins, les marchands ou les pèlerins qui ont rencontré une « grande et horrible fortune », pour reprendre l'expression d'Ogier d'Anglure, et ont couché par écrit leurs souvenirs. À la terreur primale de l'engloutissement dans les abîmes sans fond, s'ajoute celle, très prégnante, du risque d'une mort sans sépulture consacrée, qui compromet le salut de l'âme. Aussi la peur « jamais exorcisée » (C. Deluz) l'emporte de loin dans les récits de voyage et de pèlerinage, marqués aussi par la superstition des auteurs face à de mauvais présages. Dès le IXe siècle, Bernard le Moine, puis maître Thietmar (1217) et Willibrand d'Oldenbourg (1211), sans s'attarder sur les conditions de la navigation, racontent leurs effrois devant la fureur houleuse de la mer. Le pilote et les marins sont impuissants devant les éléments déchaînés. Ils ne peuvent que prier le Ciel pour que la bourrasque cesse. Beaucoup s'en remettent à Dieu, à la Vierge et aux saints dans ces moments où la vie ne tient qu'à un fil. Ogier d'Anglure (1395), Niccolò da Poggibonsi (1346–1350), Frescobaldi (1384), Nompar de Caumont (1418), tous ont vécu la tempête comme une approche de la mort.