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La leçon d'un echec : Essai sur la méthode de François Simiand1 (Deuxième Partie)

Published online by Cambridge University Press:  22 September 2017

Charles Morazé*
Affiliation:
Paris, Fondation Thiers
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Si c'est bien dans les premières pages de son ouvrage sur Le Salaire, l'Evolution sociale et la Monnaie que Simiand a donné la définition la plus complète de sa méthode, il n'est pourtant pas sans intérêt de parcourir l'ensemble de son œuvre. Quel que soit, en effet, le sujet traité, Simiand garde un souci constant de méthode. Sa position théorique, que nous avons été amenés à définir et à critiquer, il l'a souvent assouplie lui-même dans la pratique et suivant les nécessités ressenties au cours de son travail. Essayons de mettre en lumière l'histoire des variations de pensée d'un Maître. Abandon relatif de la position sociologique ; part grandissante accordée dans l'œuvre à l'économie politique et surtout à l'histoire, ainsi se caractérise son évolution : difficile à présenter et délicate à définir parce qu'elle ne paraît pas avoir été acceptée par un auteur qui, au contraire et comme par réaction, a renforcé son système méthodologique dans le sens scientifique. Mais notre effort est nécessaire ; il vise à définir la méthode qui doit être adoptée en définitive si l'on veut mener à leur terme les études que Simiand avait entreprises.

Type
Research Article
Copyright
Copyright © Les Éditions de l'EHESS 1942

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Footnotes

1.

Pour la première partie, voir le numéro précédent (janvier-juin 1942), p. 5 et suiv.

References

page 23 note 1. Modification contestable d'ailleurs : la première formule avait l'avantage de représenter plus directement le réel.

page 23 note 2. D'ailleurs le sous-titre de l'ouvrage porte Contribution à la théorie économique (et non expérimentale ou positive) du salaire.

page 23 note 3. Le salaire des ouvriers des mines de charbon en France (p. 189 et suiv.).

page 23 note 4. Ibid., p. 371 et suiv.

page 23 note 5. Ibid., p. 473.

page 24 note 1. Nous ne pouvons nous empêcher de souligner ici combien est émouvante la lecture des dernières pages de l'œuvre de la jeunesse de Simiand. Tous les éléments d'une grande nouveauté y sont présentés, tous les aspects du problème sont aperçus. Et pourtant l'auteur s'en détourne au nom d'une méthode rigoureuse empruntée de la sociologie. Avec l'esprit plus libre, il eût assurément abouti à d'importantes découvertes : à la veille de la crise mondiale qui devait marquer la fin de la stabilité économique du capitalisme vieillissant, à l'heure où il s'agissait de jeter des clartés sur le problème des monnaies, Simiand, ayant en mains tous les instruments nécessaires à une réussite, s'en détourne pour apporter a la sociologie positive le modeste tribut d'une psychologie économique d'ailleurs contestable. Sans doute, il finira par apercevoir sa vraie mission. Mais le temps lui manquera alors et l'occasion restera perdue. Et l'émotion qui se dégage de cette grande œuvre vient de ce qu'on ne peut qu'admirer la rigidité de la haute conscience intellectuelle qui l'a conçue et déplorer le prix dont nous l'avons payée.

page 25 note 1. N'est-ce pas le sens qu'il .faut donner à certaines pages de l'introduction du Salaire où l'auteur détourne de la recherche d'archives ? Au sujet du danger que court l'histoire économique à entreprendre des études de détail sans bases chiffrées suffisantes, nous croyons que c'est le lieu ici de rappeler les erreurs souvent dénoncées qu'a entraînées l'utilisation non contrôlée des statistiques d'Avenel.

page 26 note 1. Cours d'économie politique professé au Conservatoire des Arts et Métiers en 1930-1931. (Edition Domat-Monchrétien), p. 18 et suiv. C'est dans ce même passage que Simiand attire l'attention sur un ordre de facteurs qu'il semble avoir généralement jusque-là négligés : les facteurs démographiques.

page 26 note 2. Nous croyons une fois de plus devoir souligner ici l'attitude singulière de Simiand : sa méthode a évolué dans le sens de la rigueur en vue d'atteindre une ressemblance avec les sciences physiques. Or, en même temps, son œuvre nous révèle que, pratiquement, c'est l'histoire économique qui ‘l'entraînait. Comment expliquer cette dualité sinon par un effort pour sauver à tout prix la valeur scientifique de la sociologie ? Simiand n'est pas un chercheur ordinaire, c'est un homme de foi.

page 27 note 1. Déjà cité. (Formation et réalité actuelles du système économique.)

page 27 note 2. Simiand souhaitait qu'on dise « l'économique » comme on dit la physique ou la biologie.

page 29 note 1. Double erreur qu'il faut imputer à la défiance souvent exprimée par Simiand pour tout ce qui n'est pas sociologique et notamment pour l'Histoire et l'Economie politique.

page 30 note 1. Retenons deux principes de méthode exposés à cette occasion. Ils sont relatifs au choix des cadres : « i° Cadre moderne. Il est tout à fait illusoire et inexact de penser commencer une étude par l'état originaire embryonnaire ; l'on ne comprend bien un commencement, une enfance, que si l'on a reconnu d'abord la réalisation au plein ou l'état adulte et si nous développions ce précepte nous pourrions montrer qu'on n'a jamais procédé autrement. » — 2° « Cadre général… Il nous faut donc nous préoccuper d'atteindre d'abord des ensembles si nous voulons arriver à quelque relation un peu probante. Nous devons donc à cet effet commencer par le général. Nous avions donc quelque raison d'indiquer, dès le début, que dans la dénomination même, d'une recherche historique, ce mouvement aurait a être commenté ; et cette, proposition initiale nous entraîne on le voit .a sortir ou, tout au moins, à nous différencier de la pratique historique souvent pratiquée et encore préconisée. »

Le premier principe est intéressant et nous paraît légitime au moins pour marquer les premières grandes étapes d'une discipline encore à ses débuts. Dans l'étude des valeurs économiques, il convient de partir du présent relativement mieux connu. C'est dans une progressive étude remontante qu'il peut rester quelque espoir de suivre l'évolution des valeurs, puisque toute tentative directe des comparaisons a jusqu'à présent échoué. Le second principe nous montre a quel point la position de Simiand est différente ici de celle qui lui faisait écrire en présentant son étude sociologique sur le salaire les phrases citées page 21. Dans Le Salaire, l'étude sociologique doit commencer par une délimitation d'une partie du réel en vue de son étude objective, ici cette délimitation, présentée comme un danger, est marquée comme caractérisant au contraire la méthode historique.

page 31 note 1. Nous ne pensons pas ici sans un certain regret aux nombreux renseignements statistiques que nous avons recueillis avec soin au prix de nombreuses heures d'un travail désagréable et qui ne serviront ipeut-être jamais à rien parce qu'ils ont été recueillis (ou établis) selon une méthode exclusive.

page 35 note 1. Qu'on nous permette d'écrire ceci : nous venons de relire deux ouvrages de Max Weber, Agrarverthällnisse im Altertum et Wirtsehaft und Gesellschaft. Sociologie ? Histoire ? Economie politique ? Peu importe, ce sont de magistrales études du réel. C'est avec un peu de tristesse que nous nous sommes reportés ensuite à cette longue délibération de Simiand avec lui-même dans la postface du Salaire, dans laquelle il essaie de marquer sa place dans la sociologie pour s'écarter de l'histoire et de l'économie. Descartes nous aurait-il ainsi rendu un si mauvais service que de nous faire préférer la méthode au réel ? Peut-être nous permettra-t-on de penser que toutes ces délibérations vaines ne sont que des routines d'école dont il serait tout de même souhaitable qu'on sorte au plus vile.

page 36 note 1. Halbwacus, M., Morphologie sociale, p. 44 Google Scholar et suiv.

page 37 note 1. Introduction to the theory of statistics. Comment ne pas rapprocher ce point de la doctrine des sciences classiques de celle de Max Weber qui condamne, lui aussi, l'expérience sociale au nom de la multiplicité des séries causales dont il faut tenir compte dans l'explication des faits humains ? Ce rapprochement souligne la position vraiment aventurée de Simiand (et de la sociologie française) qui a cherché à tout prix à prolonger dans les sciences sociales une méthode faite pour les sciences physiques.

page 37 note 2. Statistique et expérience (1922). Nous croyons utile de compléter cette courte citation par le passage suivant : « Voici une série de données mensuelles pendant un certain nombre d'années, sur le taux de chômage: d'un certain ensemble d'ouvriers. La variation, telle quelle, de ces données apparaît au premier examen comme assez complexe et mêlant probablement une variation à période annuelle selon les mois ou saisons, et une variation à période plus longue, tendance à une hausse, ou tendance à une baisse à travers plusieurs années. Par les procédés statistiques appropriés nous éliminons, d'une part, la variation interannuelle a l'année ou variation saisonnière propre ; puis nous éliminons, d'autre part, cette variation saisonnière pour dégager et isoler la variation à période plus longue. Et cela fait, nous étudions la relation que chacune de ces variations peut respectivement soutenir avec tel ou tel facteur. En quoi est-ce que cet ensemble d'opérations se distingue dans son principe de l'ensemble d'opérations par lesquelles l'étude d'un mouvement matériel complexe dans telle ou telle des sciences de la nature dégage et isole successivement chacun des mouvements composants et étudie séparément ce qui se produit avec chacun d'eux. » Quelle différence ? Le savant étudie un mouvement, ou des mouvements réels (et c'est ce qui constitue à proprement parler l'expérience). Le sociologue travaille 6ur des représentations et ne peut donc prétendre au contrôle de la nature. La notion d'expérience serait-elle devenue si confuse depuis l'Introduction de Claude Bernard ?

page 38 note 1. Il est singulier à ce sujet que Simiand n'ait pas accepté la confirmation que Bowley venait apporter à sa pensée. Bowley, en effet, n'hésite pas à comparer la statistique des prix à la statistique astronomique. Simiand repousse cette comparaison : pour lui, la statistique n'est expérimentation que pour les faits que l'on détermine quantitativement au moyen d'un nombre plus ou moins grand de constatations individuelles, mais qui sont distinctes de ces éléments individuels et ne sont réalisés comme tels dans aucun d'eux. Là encore la proposition sociologique d'une réalité sociale « en soi » et extérieure à l'individu apparaît avec toute sa valeur. Ce qu'il faut noter, c'est que ce postulat, article de foi dans l'avenir scientifique de la sociologie, condamne Simiand à rejeter un argument en faveur de sa méthode statistique.

page 39 note 1. Et aucune justification n'est apportée à l'une ou l'autre de ces préférences.

page 39 note 2. P. 266 et suiv.

page 39 note 3. Ces moyennes sont de la forme:

Il serait trop long d'insister. D'ailleurs déjà la simple observation des formules éveille des réflexions élémentaires. A priori et sauf intention spéciale du statisticien, la moyenne arithmétique pourra exprimer le prix d'une denrée, la moyenne géométrique l'importance de facteurs de production, la moyenne harmonique l'importance d'une catégorie de revenus, la moyenne contre-harmonique l'importance d'un revenu moyen, etc…

page 39 note 4. Intéressante particulièrement dans l'étude des phénomènes de salaires et de revenus. Notons un autre intérêt de cette médiane : elle donne la plus petite valeur possible à la moyenne de déviation.

page 40 note 1. Nous proposons là uno extension de l'emploi de la dominante qui est la valeur de l'abcisse correspondant à l'ordonnée de fréquence maximum. Elle est difficile à calculer (travaux de Bowley et de Pearson). Elle donne des résultats très approximatifs. Mais les résultats obtenus autrement auraient-ils plus de valeur ? Tout dépend évidemment des conditions offertes par les sources de renseignements.

page 40 note 2. Rappelons ici que, dans le (cadre de cette théorie, la mesure de la ressemblance de deux courbes statistiques représentant les phénomènes A et B est donnée par la formule ou xb représente l'écart du phénomène B correspondant à l'écart xa du phénomène A.

page 41 note 1. Compte rendu des séances de l'Acad. des Sciences, 1er juillet 1935.

page 41 note 2. Nous avons cru devoir souligner oetle lacune, d'autant plus qu'un collaborateur du Maître, Max Lazard, a tenté en 1909, dans un remarquable travail sur Le chômage et la profession, un effort dans ce sens dont les résultats nous paraissent séduisants et plus susceptibles d'application que ceux obtenus par Simiand dans son étude sur le salaire.

page 41 note 3. La lettre sur la théorie des probabilités est de 1837.

page 41 note 4. De près de 400.000 dollars en 1830 les dépenses de statistiques des Etats- Unis sont passées à 12 millions en 1900.

page 41 note 5. Là encore nous devons souligner la différence entre la méthode de Max Lazard et celle de Simiand. Nous trouvons dans les travaux du premier un effort remarquable pour résoudre ce problème de l'unité. Il aboutit sans doute à de hasardeuses transformations de chiffres mais il est instructif.

page 43 note 1. Nous avons déjà noté (note 1, p. 22), que Simiand se défiait du travail d'archives ; nous croyons, au contraire, qu'il est susceptible d'offrir un rajeunissement du travail statistique.

page 43 note 2. Il serait souhaitable qu'une recherche méthodique et conduite par équipes mette fin à cette grave lacune. II est regrettable que les étudiants, candidats au diplôme d'études supérieures, ne soient pas plus fréquemment orientés sur des sujets de faits économiques : d'énormes possibilités sont ouvertes pour de fructueuses recherches, qui, souvent, si elles sont bien choisies, peuvent être conduites sans trop de difficultés.

page 43 note 1. Assurément cette modification de la pensée de Simiand n'eût pas été de son goût. Il nourrissait de fortes préventions contre ce qu'il appelait l'école géographique. Il y voyait peut-être une rivale a sa propre discipline (car il peut y avoir de l'étroitesse dans un grand homme). Est-il besoin de rappeler ici la critique qu'en a présenté Lucien Febvre dans La terre et l'évolution humaine, p. 38 et suiv. ?

page 43 note 2. C'est ainsi que M. P. Deffontaines présente Les hommes et leurs travaux dans les pays de Moyenne-Garonne.

page 43 note 3. Rapprocher cette réflexion de celle exprimée dans la note 12, page o. Aujourd'hui une étude géographique bien menée pourrait renseigner l'Etat sur la manière de conduire certaines statistiques. Il faut bien avouer que notre géographie n'a pas encore atteint une méthode technique suffisante qui permette de faire faire quelques progrès essentiels aux enquêtes sur les besoins et ressources de d'économie française. Il est dommage que la science française se soit montrée toujours à la remorque des résultats qu'elle doit exploiter.