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Comment on est passé de l'idée cartésienne à l'idée berkeleyenne de la matière

  • Jean Theau (a1)

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Bien que la philosophie berkeleyenne de la matière ait apparu aux contemporains, et d'abord à Berkeley lui-même, comme une antithèse de la doctrine cartésienne, il est devenu banal, en histoire de la philosophic, d'établir entre l'une et l'autre une filiation presque directe. C'est même en partie pour cette raison, sans aucun doute, que Descartes est généralement regardé, malgré le réalisme délibéré qu'il professe, comme le père de l'idéalisme classique et moderne, lequel adopte en effet pour principe, on le sait, non plus la transcendance des Idées, mais « l'idéalité du rapport extérieur ». Nous ne voudrions pas méconnaître qu'une opinion de ce genre est apparemment bien fondée. Outre qu'elle a pour elle le poids des auteurs qui l'ont accréditée, et ils sont aussi considérables que divers, puisqu'un Brunschvicg et un Maritain lui ont accordé leur suffrage, des faits non moins incontestables la suggèrent spontanément. Car il suffit de rapprocher les ouvrages de Descartes et de Berkeley pour apercevoir, sur des points décisifs, leur évidente connexion.

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1 Cf. l'avant-dernière réplique de Philonous dans le 3eDialogue et k chap. LXXIII des Principles: “First, it was thought that colour, figure, motion, and the rest of the sensible qualities or accidents, did really exist without the mind. [‥] Afterwards, in process of time, men being convinced that colours, sounds, and the rest of the sensible secondary qualities had no existence without the mind, they stripped this substratum or material substance of those qualities, leaving only the primary ones, figure, motion and the like, which they still conceived to exist without the mind, and consequently to stand in need of a material support. But it having been shown that none, even of these, can possibly exist otherwise than in a spirit or mind which perceives them, it follows that we have no longer any reason to suppose the being of matter.” On trouverait sans peine d'autres passages de ce genre.

2 Cf. les sept premiers chapitres du Traité du Monde, ou Descartes explique pourquoi il rejette, en physique, les formes substantielles et ne retient, pour expliquer les phénomènes, que l'étendue et le mouvement.

3 Ce caractère apparaît encore plus nettement, s'il est possible, dans les Réponses aux Objections, surtout les 4e, 5e et 6e, que dans les Méditations ellesmêmes et Descartes est sans doute le meilleur commentateur de sa pensée.

4 Cf. les premières lignes de la Dioptrique et le début du livre II des Principes, qui introduit è la physique, (en particulier 1 et 3).

5 Cf. la dialectique développée dans la sixième Méditation.

6 Principes I, 56 à 63: c'est là qu'on trouvera également, de mêime que dans la Réponse aux Quatrièmes objections, la théorie cartésienne de l'abstraction à laquelle nous faisions allusion ci-dessus.

7 A New Theory of Vision et les Principles nous paraissent en effet une sorte de raisonnement continu en deux phases, repris ensuite de façon plus populaire ou plus dialectique dans les Three Dialogues, lesquels, pour le fond, n'ajoutent pas grand-chose aux deux précédents.

8 Cf. Dioptrique IV et VI. Le Monde I, résumés par la remarque saisissante et célèbre et la 2e Méditation: «je vois des homines (…) et cependant que vois-je de cette fenêtre sinon des chapeaux et des manteaux (…). Mais je juge que ce sont des hommes. … »

9 Nous penserions volontiers que l'optique corpusculaire de Newton a favorisé cette réduction de la vision originelle à l'impression rétinienne. Recevant des corpuscules projetés par l'objet lumineux, l'œil n'est plus en contact immédiat, semble-t-il, avec la source de ces corpuscules. Chez Descartes, au contraire, l'œil, de par la nature du rayon lumineux, se trouvait pour ainsi dire en contact immédiat avec l'objet: cf. la comparaison du rayon lumineux au baton de l'aveugle, qui domine la psycho-physiologie de la Dioptrique. Et il nous paraît remarquable que ce soit en s'appuyant sur la théorie ondulatoire de la lumière, plus proche de la théorie cartésienne, que Bergson, au Chap. I de Matière et Mémoire, retrouve une explication réaliste de la perception. Cf. à ce sujet notre ouvrage, La Critique bergsonienne du concept, chap. IV « Le Corps et la représentation ».

10 Cf. sur ce point A New Theory of Vision dernières pages et Principles 44.

11 Dès les Principles et les Dialogues on voit en effet Berkeley abandonner ce genre de considération: il a senti qu'en y recourant il mettait un pied dans le réalisme mécanistique, auquel il ne veut même plus concéder l'explication des perceptions tactiles. C'est qu'il s'agit, dans ces deux derniers ouvrages, de généraliser absolument l'idéalisme, auquel A New Theory of Vision s'était contenté d'introduire.

12 Alors que chez Aristote la psychologie fait partie des sciences de la nature, Descartes admet au contraire entre les sciences de la nature et la psychologie l'espèce de coupure épistémologique dont Maine de Biran a voulu faire la théorie.

13 En préparant cette fois la morale.

14 En effet l'autre tâche de la métaphysique chez Berkeley, à savoir la démonstration de l'existence de Dieu, se borne à développer une conséquence presque immédiate de l' «esse est percipere aut percipi ».

15 Le fait qu'il l'était aussi de Locke souligne la continuité, sur le point précis dont nous traitons en ce moment, entre Locke et Berkeley. C'est Locke qui le premier, nous semble-t-il, a rendu la psychologie indépendante de la physique.

16 Principles of Human Knowledge 59.

17 Descartes est revenu maintes fois sur ce principe, qu'il estimait cardinal, dans les Réponses aux Objections et il y insiste à nouveau longuement dans les Principes I, 60.

18 Sans doute, tout le raisonnement de Berkeley vise-t-il à ruiner ce principe, puisqu'il a pour objet de montrer que l'essence des corps implique le percipi. Mais Berkeley ne le considère pas explicitement et ne voit pas, en conséquence, qu'il a devant lui une objection expresse à l'idéalisme psychologique. Sans quoi Philonous n'eût pas été si prompt dans le premier Dialogue, à étendre aux grandeurs et aux mouvements l'argumentation dont il venait de faireset usage pour les températures, les sons et les couleurs.

19 Cf. Principes I, 62.

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  • Jean Theau (a1)

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