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Premiers aspects de l'équilibre dans la pensée économique française*

  • Jean-Claude Perrot (a1)

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Le terme d'équilibre connaît depuis deux ou trois siècles une fortune impressionnante dans l'analyse des activités humaines. S'il est employé très tôt, semble-t-il, en esthétique (équilibre d'une façade, d'un tableau), il ne tarde guère à pénétrer le vocabulaire politique à la charnière des XVIIe-XVIIIe siècles : l'équilibre des États européens, bientôt l'équilibre des pouvoirs, puis celui du commerce international, l'équilibre de la balance. Au XVIIIe siècle, il conquiert le domaine psychologique, Mirabeau décrit par exemple en 1763 « l'équilibre intérieur » comme le produit de chocs opposés, ceux de l'esprit et du caractère. À peu près dans le même temps ce mot conquérant s'installe définitivement en économie. Deux auteurs français ont joué un rôle important aux origines de cette acclimatation. En dépit de ses insuffisances, leur initiative soulève des problèmes épistémologiques intéressants par leur généralité.

Summary

A number of French authors from Boisguilbert onward have attributed a central role to the notion of equilibrium in analyzing the theoretical interdependence of economic factors. This brief study draws attention to the specific role played in the development of this pivotal concept by certain “engineers” trained in mathematical and physical disciplines. In the eighteenth century, other economists (Forbonnais, Turgot) reached similar conclusions through different approaches, to be explored later. That the economic work of the “engineers” should have been repeatedly misunderstood in France raises a problem pertaining to the sociology of knowledge—a problem that should be analyzed along the lines of David Bloot's recent work.

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Cette étude a été présentée au Colloque Le modèle économique dans les sciences, organisé en janvier 1981 par le professeur H. Brochier (Université Paris I). Je le remercie vivement d'en autoriser la publication.

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Notes

1. J. Bourrinet, « Les prodromes de l'équilibre économique », Revue d'Économie politique, mars-avril 1966.

2. Schelle, G., Œuvresde Turgot et documents le concernant, 1.1, Paris, 1913, pp. 376387 .

3. Les archives de la Guerre à Vincennes doivent permettre de suivre la carrière de Cl. d'Auxiron ; celles des Ponts et Chaussées (Arch. Nat. F 14) renseigneront sur A.-N. Isnard puisque les dossiers du personnel ont été conservés.

4. A. Sauvy, « Deux techniciens précurseurs de Malthus : Boesnier de l'Orme et Auxiron », Population,1955, n° 4, pp. 691-704.

5. Cl. F. J. D'Auxiron, Principes de tout gouvernement ou Examen des causes de la splendeur ou de la faiblesse de tout État considéré en lui-même et indépendamment des moeurs,Paris, J.-T. Hérissant fils, 1766, 2 vols in 12 ; LXXX-213 p. et 314 p. Turgot n'apprécie pas les travaux d'Auxiron, cf. la lettre qu'il adresse à Dupont de Nemours le 22 décembre 1769 (G. Schelle, Oeuvresde Turgot…,t. III, p. 76).

6. Serbos, G., « L'école royale des Ponts », dans Enseignement et diffusion des sciences en France au XVIIIesiècle, sous la direction de Taton, R., Paris, 1964, pp. 345363 .

7. Petot, J., Histoire de l'administration des Ponts et Chaussées, 1599-1815, Paris, 1958, p. 172 . Cf. également le ms. 1925 de la bibliothèque des Ponts. A.-N. Isnard a été mentionné par Schumpeter, J., History of Economie Analysis, New York, 1954, pp. 217 , 242, 243, 301, 306-307, 955 ; et surtout par Theocaris, R. D., Early Developments in Mathematical Economies, Londres, 1961, p. 67 . Son ouvrage le Traité des richessesest publié à Londres et Lausanne, 1781, 2 vols in 8°,XXVI-344p. et 327 p.

8. De Condorcet, J.-A. Caritat, Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix, Paris, 1785 , in 4°. Sur les projets de l'académicien, cf. Rashed, R., Mathématique et société, Paris, 1974, 218 p.

9. L. Dumont, Homo aequalis. Genèse et épanouissement de l'idéologie économique,Paris, 1977, 230 p. ; P. Rosanvallon, Le capitalisme utopique. Critique de l'idéologie économique, Paris, 1979,249 p.

10. Halévy, E., La formation du radicalisme philosophique, I, La jeunesse de Bentham, Paris, 1901, xv447 p., II, La révolution et la doctrine de l'utilité,Paris, 1900, xxvn-407 p., III, Le radicalisme philosophique,Paris 1904, v-512 p.

11. Cf. mon étude sur « L'agent économique chez P. de Boisguilbert » à paraître dans les Actes du colloque international consacré à cet auteur à Rouen en 1975. On ne dit jamais assez que les thèmes smithiens les plus célèbres viennent de Boisguilbert. Par exemple la main invisible (4e partie de la Théorie des sentiments morauxou bien livre IV, ch. n des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations)figure dans le Détail de la France(éd. des OEuvres,Paris, 1966, p. 621) : « L'harmonie de la République, qu'une puissance supérieure régit invisiblement… ». Autre exemple, le thème de l'harmonie des intérêts privés. Au livre I, ch. ndela Richesse des nationsse trouve rapportée la réflexion fameuse « Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner… ». Dans le Factum de la France,Boisguilbert écrit « tout cabaretier qui vend du vin aux passants n'a jamais eu l'intention de leur être utile, ni les passants qui s'arrêtent chez lui, à faire voyage de crainte que ses provisions ne fussent perdues… ». L'économiste normand a puisé ce thème dans la pensée janséniste, cf. par exemple, P. Nicole, Essais de morale,1671, De la grandeur,lre partie, ch. vi : « On trouve… partout en allant à la campagne des gens qui sont prêts de servir ceux qui passent… on leur commande et ils obéissent… c'est la cupidité qui les fait agir. »

12. Isnard, Traité des richesses,discours préliminaire, 1.1, p. xi.

13. D'Avxikovi, Principes de tout gouvernement…,1.1, pp. 1-2.

14. Ibidem,t. II, p. 49.

15. H. Von Thünen, Der isolierte Staat in Beziehung auf Landwirtschaft und National-Ôkonomie, première partie, 1826.

16. D'Auxiron, op. cit.,1.1, p. 7.

17. l’Encyclopédiede Diderot et D'Alembert, désigne cette approche sous le nom d'« histoire philosophique ». Cf. par exemple, l'article Agriculture.

18. D'Auxiron, op. cit., 1.1, p. 10 ss.

19. E. Morand, dans La théorie psychologique de la valeur jusqu'en 1776,Bordeaux, 1912, p. 224, montre que la théorie de Turgot exprimée dans « Valeurs et monnaies », vers 1768, s'inspire d'une méthode analogue : un besoin, un objet, plusieurs objets, plusieurs besoins.

20. Cf. les textes des annexes ci-jointes.

21. A. Sauvy, op. cit.

22.

23. Éphéméridesdu citoyen, 1767,tomes IV à VIII.

24. A.-N. Isnard, Traité des richesses,1.1, p. 17.

25. ’ R.D. Theocaris, op. cit.,p. 67 ; P. Frantzen, Histoire de la pensée économique,trad. et adaptation par G. de Greef, éd. de l'Université de Bruxelles, 1978, p. 147. Soit M une quantité échangée contre M, et M“ dans les rapports a metantels que m + n = 1, de même pour M‚ dans les proportions b p et b q, et pour M” au prorata cretcs, on construira le tableau des échanges suivants

26. Il y aurait lieu de faire une recherche précise des sources de Walras, avouées ou passées sous silence. Cf. W. JaffÉ, « A.-N. Isnard. Progenitor of the Walrasian General Equilibrium Model », History of PoliticalEconomy,n° 1, 1969.

27. Les remarques d'Isnard seraient à comparer à celles que Dupont de Nemours destinait au margrave de Bade en 1774 après les avoir communiquées à D. Bernoulli. Cf. C. Knies, CarlFriedrichs von Baden Brieflicher Verkehr mit Mirabeau undDu Pont,Heidelberg, 1892, t. II, p. 289 ss. Les graphiques qui accompagnaient la lettre de Dupont ont été retrouvés et publiés par Spiegel, H.W., Du Pont de Nemours, on Economie Curves…, Baltimore, Johns Hopkins Press, 1955 .

28. Isnard, op. cit.,t. I, pp. 46 ss, 93, 109, etc.

29. L'auteur n'a pas retenu l'attention de Ponsard, Cl., Histoire des théories économiques spatiales, Paris, 1958, 202 p., ni de Dockès, P., L'espace dans la pensée économique du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, 1969, 461 p.

* Cette étude a été présentée au Colloque Le modèle économique dans les sciences, organisé en janvier 1981 par le professeur H. Brochier (Université Paris I). Je le remercie vivement d'en autoriser la publication.

Premiers aspects de l'équilibre dans la pensée économique française*

  • Jean-Claude Perrot (a1)

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