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Post-sionisme : un bilan provisoire|Á propos des historiens « agréés » et « non agréés » en Israël

  • Shlomo Sand (a1)

Résumé

Pour appréhender l’essence de la controverse qu’a suscitée le débat autour du « postsionisme » au cours de la décennie passée en Israël, il est nécessaire de s’attarder en premier lieu sur les structures de la production du savoir historique dans les universités israéliennes. Dès sa création, l’université hébraïque de Jérusalem d’abord, suivie par toutes les universités d’Israël, instaura la division univoque des domaines de recherche du passé : d’une part, les départements d’« histoire générale » et, de l’autre, les départements d’« histoire juive », sans liens institutionnels entre eux. Aucun historien professionnel formé au sein de ces départements d’histoire juive ne s’est trouvé aux premiers rangs des contestataires de l’historiographie officielle. On y retrouve surtout des orientalistes, des politologues, des sociologues et même des linguistes, amenés à engager et gérer ce dur débat. Quelles furent donc les conséquences de cette donnée d’ordre institutionnel sur la gestion même du débat ? L’article, dont l’objectif est de cerner les thèmes sur lesquels on a fait des percées majeures, amorce une tentative de cartographie des axes d’articulation de la controverse : 1) les conditions du déroulement de la guerre de 1948 ; 2) les positions et actions des dirigeants sionistes face à la Shoah et à ses survivants, ainsi que vis-à-vis des immigrés des pays islamiques ; 3) la nature de la colonisation, dès la fin du XIXe siècle ; 4) les représentations officielles du passé juif en tant qu’histoire nationale.

Abstract

In order to understand the character of the “Post-Zionism” debate that was held in Israel during the nineties, one must first understand the mechanisms, which produce the “knowledge of the past” in the universities of Israel. Since the 1930s, the History studies in the Hebrew university, and later the other universities in the state of Israel, were divided to General History departments and Jewish History ones, without any unifying framework what so ever. None of those who first engaged in undermining the official Zionist historiography was a professional historian coming from the Jewish history departments. The hard debate was stimulated and held by sociologists, political scientists, Orientalists and even linguists. What were the ramifications of the aforementioned institutional architecture on the ways in which the debate was conducted? The article also tempts to map the major topics of the debate: 1) the circumstances in which the 1948 war took place; 2) the Zionist approach to the Holocaust and its survivors and to the immigration from the Moslem world; 3) the character of the colonization process beginning at the end of the 19th century; 4) the concept of the Jewish past as a national history. Where were the major breakthroughs made?

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References

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1- Flapan, Simha, The birth of Israel: myths & realities, New York, Pantheon, 1987 ; Shlaim, Avi, Collusion across the Jordan: king Abdullah, the Zionist movement and the partition of Palestine, Oxford, Oxford University Press, 1988 ; Pappe, Ilan, Britain and the Arab-Israeli conflict, 1948-1951, Londres, McMillan/St. Anthony’s 1988 ; Morris, Benny, The birth of the Palestinian refugee problem, 1947-1949, Cambridge, Cambridge University Press, 1988 ; Evron, Boaz, A national reckoning(en hébreu), Tel Aviv, Dvir Publishing House, 1988 ; Shafir, Gershon, Land, labor and the origins of the Israeli-Palestinian conflict, 1882-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 1989. Sur les débuts de la polémique, voir Bennymorris, , « The new historiography: Israel confronts its past », Tikkun, IV, 1988, pp. 1923, 99-102. Il en existe une tentative de synthèse, par Silberstein, Laurence J., The postzionism debates. Knowledge and power in Israeli culture, New York, Routledge, 1999.

2- Voir, par exemple, les livres des membres du « Mazpen » : Israeli, A. (Akiva Orr et Moshe Machover), Peace, peace, when there is no peace(en hébreu), Jérusalem, Bokhan, 1961 ; Bober, Arie (éd.), The other Israel: the radical case against Zionism, New York, Doubleday Anchor, 1972, ainsi que l’ouvrage de L Beer, Israë, Israel's security: yesterday, today, tomorrow(en hébreu), Tel Aviv, Amikam, 1966 , et l’essai de Avneri, Uri, Israel without Zionists, Londres, MacMillan Press, 1968.

3- Voir Ariel Rein, « History and Jewish history: together or separate? The definition of historical studies at the Hebrew university, 1925-1935 », in Katz, S. et Heyd, M. (éds), The history of the Hebrew university of Jerusalem. Origins and beginnings(en hébreu), Jérusalem, The Magnes Press, 1997, pp. 516540.

4- Baer, Ytzhak, Galut, New York, Schoken Books, 1947, p. 120.

5- C’est uniquement à l’université Ben Gourion de Beer Sheva, relativement nouvelle, qu’il n’existe qu’un seul département d’histoire. Mais les différentes options y sont tout aussi compartimentées, et les études d’histoire sont en voie de démantèlement, en deux départements séparés.

6- À ce sujet, voir Schlomo Sand, « Between world and land: intellectuals and the state of Israel », in Kemp-Welch et, A. Jennings, J. (éds), Intellectuals in politics. From the Dreyfus affair to Salman Rushdie, Londres, Routledge, 1997, pp. 102119.

7- Voir par exemple Pappe, Ilan, « Critique and agenda: post-Zionist scholars in Israel », History and memory, VII, 1, 1995, pp. 6690.

8- À ce discours théorique encourageant, il faudrait ajouter aussi le livre de EDWARD SAID, Orientalism, et l’importante polémique qu’il a suscitée à la fin des années 1970. Voir à ce sujet l’article de GABRIEL PITERBERG, « The nation and its raconteurs: orientalism and nationalist historiography » (en hébreu), Theory and criticism, 6, 1995, pp. 81-103.

9- S. Flapan était de longue date membre du parti unifié des ouvriers et rédacteur en chef de la revue New-outlook.

10- L’un des ouvrages de Ilan Pappe a été traduit en français : La guerre de 1948 en Palestine. Aux origines du conflit israélo-arabe, Paris, La Fabrique Éditions, 2000. On pourrait aussi ajouter à la liste des publications qui ont remis en cause les positions traditionnelles sur la guerre de 1948 le livre important de Nimrod, Yoram, War or peace? Formation of patterns in Israeli Arab relations, 1947-1950, Givat Haviva, Institute for Peace Studies, 2000.

11- Benny Morris élabore l’idée de transfert dans son recueil d’articles : Jews and Arabs in Palestine/Israel, 1936-1956(en hébreu), Tel Aviv, Am Oved, 2000.

12- Voir, par exemple, Shapira, Anita, « Politics and collective memory: the debate over the new historians in Israel», History and memory, VII, 1, 1995, pp. 940 ; Moshe Lissak, « “Critical” sociologists and “establishment” sociologists in the Israeli academic community: ideological struggles or an academic discourse? », Israel studies, 1, 1, 1996, pp. 247-294 ; Ginossar, Pinhas et Bareli, Avi (éds), Zionism, a contemporary controversy. Research trends and ideological approaches(en hébreu), Beer Sheva, Ben Gourion University of the Negev Press, 1996 ; Weitz, Yechiam (éd.), From vision to revision. A hundred years of historiography of Zionism(en hébreu), Jérusalem, Zalman Shazar, 1997 , et M Karsh, Efraï, Fabricating Israeli history: the new historians(en hébreu), Tel Aviv, Hakibbutz Hameuchad, 1999.

13- Segev, Tom, Le septième million, Paris, Liana Levi, 1993.

14- Beit Zvi, Shabtaï, Post Uganda Zionism in the crisis of the Shoah(en hébreu), Tel Aviv, Bronfman, 1977

15- Voir Grodzinsky, Yosef, Good human material(en hébreu), Or Yehuda, Hed Arzi Publishing, 1998.

16- Baruch Kimmerling, Zionism and territory: the socio-territorial dimensions of the Zionist politics, Berkeley, University of California Press, 1983.

17- Albany, Suny Press, 1989.

18- Voir Palestinians: the making of a people, New York, The Free Press, 1993 (le livre parut aussi en hébreu en 1999).

19- Voir par exemple Baruch Kimmerling, « Academic history caught in the cross-fire: the case of Israeli-Jewish historiography », History and memory, VII, 1, 1995, pp. 4165 , ainsi que ID., The invention and decline of Israeliness. State, society and the military, Berkeley, University of California Press, 2001

20- Le livre a été traduit en anglais, Evron, Boaz, Jewish state or Israeli nation, Bloomington, Indiana University Press, 1995.

21- Ram, Uri, « Zionist historiography and the invention of modern Jewish nationhood: the case of Ben Zion Dinur », History and memory, VII, 1, 1995, pp. 91124. Sur le développement de l’historiographie à l’université hébraïque de Jérusalem, voir aussi le livre de Myers, David N., Re-inventing the Jewish past: European Jewish intellectuals and Zionist return to history, New York, Oxford University Press, 1995.

22- Voir, à ce sujet, l’article provocateur de Zeev Herzog dans le journal Haaretzdu 29 octobre 1999, ainsi que Nadav Na’aman, « Historiography, the fashioning of the collective and the establishment of historical consciousness in Israel in the late monarchial period » (en hébreu), Zion, 60, 1995, pp. 449-472, et Edelman, Diana V. (éd.), The triumph of Elohim from Yahwism to Judaism, Michigan, William B. Eerdmans, 1996.

23- La seule thèse de doctorat qui a combiné une partie de la thématique « postsioniste », inédite malheureusement, est celle de Amnon Raz-Krakotzkin, The national narration of exile. Zionist historiography and medieval Jewry, Université de Tel Aviv, 1996.

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