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Les hiérarchies du travail artisanal au Moyen Âge entre histoire et historiographie

  • Étienne Anheim (a1)

Résumé

Le livre de Philippe Bernardi, Maître, valet et apprenti au Moyen Âge. Essai sur une production bien ordonnée, s’interroge sur ce triptyque, considéré comme caractéristique de la production artisanale médiévale. En étudiant les « statuts de travail », l’analyse s’écarte d’une conception des statuts sociaux trop strictement juridique et trop rarement reliée à une réflexion sur la production, sinon d’une manière fruste, comme dans le modèle des trois ordres, où, confinée au groupe de « ceux qui travaillent », la question des formes de la production ne joue qu’un rôle mineur dans la mise en ordre sociale. Son originalité tient au fait que la construction de son objet, les hiérarchies au travail, se déploie symétriquement sur le plan historique des archives médiévales, à partir de l’exemple de la Provence entrele XIIIe et le XVe siècle, et sur le plan historiographique des modèles interprétatifs de ces archives depuis le XIXe siècle. À l’aide d’une approche régressive, en choisissant de traiter l’histoire médiévale selon les procédures de l’histoire des sciences pour dévoiler les resorts de la construction du savoir depuis le XIXe siècle, il montre que la tripartition est d’abord une représentation issue des sources normatives qui a fini par devenir un modèle historiographique qui ne rend pas compte de la production médiévale telle qu’elle apparaît dans les sources de la pratique. On voit alors apparaître une série d’oppositions binaires, dévoilant la dimension profondément relationnelle de ces statuts, dissimulée derrière un discours historiographique tissé d’expériences intellectuelles, de procédures critiques mais aussi de croyances, de valeurs et de formes d’engagements.

Abstract

Philippe Bernardi’s book Maître, valet et apprenti au Moyen Âge. Essai sur une production bien ordonnée examines the traditional triptych of master craftsman, servant, and apprentice,which is considered characteristic of medieval production. His analysis focuses on “labor statuses,” deliberately moving away from a conception of social statuses that is too strictly legal and too rarely linked to a reflection on production—beyond the schematic model of the three orders, in which production is confined to the group of “those who work” and therefore only plays a minor role in the constitution of the social order. The originality of Bernardi’s approach lies in systematically and symmetrically working on two planes: he explores his object, labor hierarchies, both historically—based on the archives from thirteenth-to fifteenth-century Provence—and historiographically, reflecting on the interpretative models that have been applied to the same archives since the nineteenth century. Applying the tools of the history of science to medieval history, he uncovers the mechanisms that have shaped our knowledge of medieval society since the nineteenth century and shows that the master-servant-apprentice triptych is first and foremost a representation that made its way from normative sources to historiography but does not account for medieval production as it appears in the sources on practices. Going beyond this normative view, Bernardi shows how labor statuses were mostly relational, working as a series of binary oppositions—a reality concealed behind a historiographical discourse traversed not only by intellectual experience and critical thinking, but also by beliefs, values, and forms of activism.

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À propos de Philippe BERNARDI, Maître, valet et apprenti au Moyen Âge. Essai sur uneproduction bien ordonnée, Toulouse, CNRS/Université de Toulouse-Le Mirail, 2009. Jeremercie Valérie Theis de ses observations critiques.

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1 Charles-Victor LANGLOIS et Charles SEIGNOBOS, Introduction aux études historiques,Paris, Hachette, 1898, p. 254.

2 P. BERNARDI, Maître, valet et apprenti au Moyen Âge…, op. cit., p. 26.

3 Ibid., p. 54-55.

4 Arnoux, Mathieu, Le temps des laboureurs. Travail, ordre social et croissance en Europe,XIe-XIVe siècle, Paris, Albin Michel, 2012 ; Catherine VERNA, «Entreprises des campagnesmédiévales. Innovation, travail et marché (XIIe siècle-vers 1550) », habilitation à dirigerdes recherches, université Paris 1, 2008 ; voir aussi Bernardi, Philippe, Bâtir au MoyenÂge, XIIIe-milieu XVIe siècle, Paris, CNRS Éditions, 2011 ; Arnoux, Mathieu et Monnet, Pierre (dir.), Le technicien dans la cité en Europe occidentale, 1250-1650, Rome, Écolefrançaise de Rome, 2004 ; Philippe BRAUNSTEIN, Travail et entreprise au Moyen Âge,Bruxelles, De Boeck, 2003 ; Jacques LE GOFF, Pour un autre Moyen Âge. Temps, travailet culture en Occident, Paris, Gallimard, 1978 ; en attendant la publication aux éditionsPicard du volume issu du programme financé par l’ANR sur « Salaire et salariat au MoyenÂge » (2006-2008) sous la direction de Philippe Bernardi, Laurent Feller et Patrice Beck.Pour une vision perspective sur la problématique de la corporation à l’époque moderneet contemporaine, voir Kaplan, Steven et Minard, Philippe, La France malade du corpora-tisme ? (XVIIIe-XXe siècles), Paris, Belin, 2004 .

5 Pour un développement sur l’usage de cette notion, en particulier par Jean Andreau,voir l’article de Nicolas Tran dans ce même volume.

6 Pour une discussion récente du rapport entre la problématique des trois ordres, telleque développée par Georges Duby et Jacques Le Goff, et la question de la croissanceet des hiérarchies sociales, voir M. ARNOUX, Le temps des laboureurs…, op. cit., qui donneégalement un panorama de l’immense bibliographie sur la question des ordres.

7 Voir la présentation du corpus p. 147-156.

8 P. BERNARDI, Maître, valet et apprenti au Moyen Âge…, op. cit., p. 28-29, qui rappelleles estimations chiffrées disponibles, 13% pour la Picardie chez Robert Fossier, 10 à15% mais jusqu’à 40% parfois en Dauphiné chez Alain Belmont.

9 Voir, en particulier, C. VERNA, «Entreprises des campagnes médiévales… », op. cit.

10 P. BERNARDI, Maître, valet et apprenti au Moyen Âge…, op. cit., p. 56-60.

11 Louis-Henri PARIAS (dir.), Histoire générale du travail, vol. II, Wolff, Philippe et Mauro, Frédéric (dir.), L’âge de l’artisanat (Ve-XVIIIe siècles), Paris, Nouvelle librairie deFrance/F. Sant’Andréa et J.-G. Tronche, 1960, p. 132 , cité par P. BERNARDI, Maître, valetet apprenti au Moyen Âge…, op. cit., p. 61.

12 Ibid., p. 64, qui cite Le Play et son disciple René de la Tour-du-Pin, ainsi qu’Albertde Mun, qui voyait dans le régime corporatif l’« organisation du travail la plus conformeaux principes de l’ordre social chrétien et la plus favorable au règne de la paix et de laprospérité générale », ainsi que Léon XIII, qui affirmait que face à la question sociale,« la première place [appartenait] aux corporations ouvrières ».

13 Ibid., p. 76.

14 Ibid., p. 73.

15 Boileau, Étienne, Le livre des métiers, éd. par Lespinasse, R. de et Bonnardot, F., Paris, Imprimerie nationale, 1879, avant-propos de L. M. Tisserand, p. I-XVIII.

16 P. BERNARDI, Maître, valet et apprenti au Moyen Âge…, op. cit., en particulier p. 66-69.

17 Ibid., p. 67.

18 Coornaert, Émile, Les corporations en France avant 1789, Paris, Les Éditionsouvrières, [1941] 1968 .

19 Ibid., cité p. 69.

20 Le terme de classique est utilisé à de nombreuses reprises, ibid., p. 68.

21 Voir la présentation du corpus documentaire, ibid., p. 17.

22 Ibid., p. 85.

23 Ibid., p. 135.

24 Grenier, Jean-Yves, L’économie d’Ancien Régime. Un monde de l’échange et de l’incerti-tude, Paris, Albin Michel, 1996 ; voir également la note critique d’Alain GUERREAU,” Avant le marché, les marchés : en Europe, XIIIe-XVIIIe siècle », Annales HSS, 56-6,2001, p. 1129-1175, qui avait posé une question analogue pour la même chronologiedans Guerreau, Alain, Le féodalisme, un horizon théorique, Paris, Le Sycomore, 1980 .

25 P. BERNARDI, Maître, valet et apprenti au Moyen Âge…, op. cit., p. 134.

26 Pour une démarche comparable dans le domaine de l’histoire moderne, voir lestravaux de Simona CERUTTI, en particulier sur la question des statuts dans l’AncienRégime, le récent ouvrage Étrangers. Étude d’une condition d’incertitude dans une sociétéd’Ancien Régime, Paris, Bayard, 2012.

27 Pour une mise en perspective d’une problématique historiographique inscrite dansla longue durée depuis le XVIIIe siècle au sein d’une histoire des sciences renouvelée,voir Brian, Éric, «Le livre de la science est-il écrit dans la langue des historiens ? », in Lepetit, B. (dir.), Les formes de l’expérience. Pour une autre histoire sociale, Paris, Albin Michel, 1995, p. 8598 .

28 Sur cette question et la problématique généalogique qu’elle sous-tend, voir Lilti, Antoine, «Rabelais est-il notre contemporain ? Histoire intellectuelle et herméneutiquecritique », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 59-4bis, 2012, p. 6584 , et Étienne ANHEIM, «L’historiographie est-elle une forme d’histoire intellectuelle ? La controversede 1934 entre Lucien Febvre et Henri Jassemin », ibid., p. 105-130.

* À propos de Philippe BERNARDI, Maître, valet et apprenti au Moyen Âge. Essai sur uneproduction bien ordonnée, Toulouse, CNRS/Université de Toulouse-Le Mirail, 2009. Jeremercie Valérie Theis de ses observations critiques.

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