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Le passé mis en pièce(s): Archives, conflits et droits de cité à Alger, 1830-1870

  • Isabelle Grangaud (a1)

Résumé

Enquêter sur les processus de destruction du patrimoine cultuel algérois au cours des trente premières années de la conquête française de l'Algérie nous amène, en prêtant attention à la genèse de leur production, à considérer deux sources qui renvoient à une période antérieure à la conquête : Les édifices religieux de l'ancien Alger d'Albert Devoulx et le « Fonds ottoman », dont l'archivage fut initialement mis en œuvre par celui-ci. Ce double travail archéologique mené à partir de la reconstitution des activités d'A. Devoulx conduit à la mise au jour d'une lutte virulente pour les droits de cité et, notamment, pour l'appropriation des fondations pieuses des institutions dévotionnelles de la ville, une bataille dont ces sources furent partie prenante. En prêtant attention à leur charge revendicative et à la nature de leurs interactions, il devient possible de retracer l'histoire de la fin des mosquées d'Alger et d'apprécier, dans le même temps, la nature véritable de ces sources.

The first thirty years of the French conquest of Algeria witnessed the large-scale destruction of Algiers's cultural heritage. Researching the processes by which this came about leads us to consider the conditions of production of two sources that refer to a period long before the conquest: Les edifices religieux de l'ancien Alger (The religious edifices of old Algiers), by Albert Devoulx, and the“Ottoman collection”of archives instigated by the same figure. This dual archaeology, based on the reconstitution of Devoulx's activities during his lifetime, reveals a virulent struggle over civic rights, and particularly over the appropriation of endowments established by the city's religious institutions. The sources considered here were part and parcel of this struggle. By paying attention to the claims they set out and the interactions between them, it becomes possible to retrace the disappearance of the mosques of Algiers, and to appreciate the true nature of these sources.

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Je remercie Sami Bargaoui, Simona Cerutti, Jocelyne Dakhlia, Brigitte Marino, Alain Messaoudi, James McDougall et Michel Naepels, ainsi que les coordinateurs du dossier qui l'accueillent, pour leurs commentaires sur les premières versions de ce texte.

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References

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1 Albert Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, Alger, Typographie Bastide, 1870, p. 3.

2 Daniel Rivet, Le Maghreb à l’épreuve de la colonisation, Paris, Hachette, 2002, p. 101 sq. ; Charles-Robert Ageron, Les Algériens musulmans et la France, 1871-1919, Paris, Puf, 1968 ; Sylvie Thénault, « 1881-1918 : l’ʻapogéeʼ de l'Algérie française et les débuts de l'Algérie algérienne », in A. Bouchène et al. (dir.), Histoire de l'Algérie à la période coloniale, 1830-1962, Paris, La Découverte, 2014, p. 159-184.

3 François Dumasy, « Propriété foncière, libéralisme économique et gouvernement colonial : Alger, 1830-1840 », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 63-2, 2016, p. 40-61.

4 François Dumasy, « À qui appartient Alger ? Normes d'appartenance et conflits d'appropriation à Alger au début de la présence française (1830-1833) », in S. Bargaoui, S. Cerutti et I. Grangaud (dir.), Appartenance locale et propriété au nord et au sud de la Méditerranée, Aix-en-Provence, Irenam, 2015, p. 89-121, http://books.openedition.org/iremam/3454 ; Isabelle Grangaud, « Prouver par l’écriture. Propriétaires algérois, conquérants français et historiens ottomanistes », Genèses. Sciences sociales et histoire, 74, 2009, p. 25-45 ; James McDougall, « A World No Longer Shared: Losing the Droit de Cité in Nineteenth-Century Algiers », Journal of the Economic and Social History of the Orient, 60-1/2, 2017, p. 18-49.

5 Nicholas B. Dirks, « Colonial Histories and Native Informants: Biography of an Archive », in C. A. Breckenridge et P. van Der Veer (dir.), Orientalism and the Postcolonial Predicament: Perspectives on South Asia, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 1993, p. 79-313 ; Ann Laura Stoler, « ‘In Cold Bloodʼ: Hierarchies of Credibility and the Politics of Colonial Narratives », Representations, 37, 1992, p. 151-189.

6 Dipesh Chakrabarty, Provincialiser l'Europe. La pensée postcoloniale et la différence historique, trad. par O. Ruchet et N. Vieillescazes, Paris, Éd. Amsterdam, [2000] 2009 ; Romain Bertrand, L'histoire à parts égales. Récits d'une rencontre Orient-Occident (xvie-xviie siècles), Paris, Éd. du Seuil, 2011.

7 A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit.

8 Parmi d'autres, Samia Chergui, Les mosquées d'Alger. Construire, gérer et conserver, xvie-xixe siècles, Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne, 2011 ; Nabila Chérif-Seffadj, Les bains d'Alger durant la période ottomane, xvie-xixe siècles, Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne, 2008 ; Sakina Missoum, Alger à l’époque ottomane. La médina et la maison traditionnelle, Aix-en-Provence, Édisud, 2003.

9 Né à Marseille en 1826, il arriva à Alger avant l’âge de cinq ans.

10 A. Devoulx signa quantité d’écrits de la sorte, depuis les Tachrifat, recueil de notes historiques sur l'administration de l'ancienne régence d'Alger (Alger, impr. du Gouvernement, 1852), en passant par Le raïs Hamidou, notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du xiiie siècle de l'hégire, d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (Alger, A. Jourdan, 1859), Ahad Aman ou règlement politique et militaire (1860), La marine de la régence d'Alger (Alger, impr. de Bastide, 1868), Le livre des signaux de la flotte de l'ancienne régence d'Alger (1868), Notices sur les corporations religieuses d'Alger (Alger, impr. de Bastide, 1868), que compléta Le registre des prises maritimes. Document authentique et inédit concernant le partage des captures amenées par les corsaires algériens (Alger, A. Jourdan, 1872). À ces textes, il faut ajouter la compilation des Archives du consulat général de France à Alger. Recueil de documents inédits concernant, soit les relations politiques de la France, soit les rapports commerciaux de Marseille avec l'ancienne régence d'Alger (Alger, Bastide, 1865).

11 Saddek Benkada, « Archéologie et entreprise coloniale. L'armée et les premiers travaux de topographie historique en Algérie (1830-1880) », in S. Bargaoui et H. Remaoun (dir.), Savoirs historiques au Maghreb. Constructions et usages, Oran, Éd. du Crasc, 2006, p. 225-235.

12 Alain Messaoudi, Les arabisants et la France coloniale. Savants, conseillers, médiateurs (1780-1930), Lyon, Ens Éditions, 2015 : « Devoulx, Joseph Marie Albert (Marseille, 1826-Alger, 1876) », annexes en ligne, http://books.openedition.org/enseditions/3730.

13 L'ouvrage a été partiellement édité il y a quelques années : Albert Devoulx, El-Djazaïr, histoire d'une cité d'Icosium à Alger, éd. par B. Belkadi et M. Benhamouche, Alger, Enag Éditions, 2003.

14 De telles chroniques datant de l’époque moderne sont alors bien connues, à la faveur du vaste mouvement de découverte ou de réédition de toute une gamme de textes ayant trait à l'espace maghrébin.

15 A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit., p. 165.

16 Ibid., p. 99.

17 Diego de Haëdo, Topographie et histoire générale d'Alger, trad. par D. Monnereau et A. Berbrugger, présentation de J. Dakhlia, Saint-Denis, Éd. Bouchène, [1612] 1998. Sa traduction initiale a paru dans plusieurs livraisons de la Revue africaine en 1870 et 1871.

18 A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit., p. 100 sq. et 143 sq.

19 Ibid., p. 3-12. Il en ressort que la distinction entre « mosquées à khotba » (disposant d'un minaret et préposées au prêche du vendredi) et les autres, beaucoup plus nombreuses, est peu usitée dans les langages locaux ; que les chapelles, autrement dites « kobba » ou « marabout », attachées à la tombe d'un saint (et pouvant s’étendre à un petit cimetière), quand « s'ajoutent une mosquée ou quelques autres dépendances », prennent « quelque fois [sic] le nom de zaouïa » ; que les zaouïas se distinguent entre celles de type rural (une chapelle autour de laquelle « se réunit un douar ») et celles de type urbain « ayant fonction d'hébergement des étrangers, pauvres et étudiants, et d'enseignements », quoique « certaines ainsi nommées ne sont ni collège ni asile ».

20 Anne-Marie Planel, Du comptoir à la colonie. Histoire de la communauté française en Tunisie, 1814-1883, Paris/Tunis, Riveneuve éditions/Irmc, 2015, p. 716-717. Cette partie est largement redevable à A. Messaoudi que je remercie infiniment pour avoir mis le résultat de ses propres recherches documentaires sur les Devoulx à ma disposition.

21 Gérard-Roger Busson, « Contribution à l’étude des habous publics algériens », mémoire non publié, 1950, p. 44.

22 Alphonse Devoulx, « Voyage à l'amphithéâtre d'El-Djem en Tunisie (janvier1830) », Revue africaine, 103, 1874, p. 241-261, ici p. 260.

23 Aix-en-Provence, Archives nationales d'Outre-Mer (ci-après ANOM), carton F80-1670A, « Commissions du Gouvernement, procès-verbaux ». M. le baron Denniée, président, p. v. du 17 juillet 1830. Les orthographes y sont différentes : Sidi Mustapha Chaou et Mohamed Kubtan.

24 Cette traque occupe toute la correspondance de l'administration des Domaines des premières années de la conquête : ANOM, carton F80-1057, « Correspondances 1831-1832 ».

25 A. Messaoudi, Les arabisants et la France coloniale…, op. cit., p. 148.

26 Les conflits entre le corps prestigieux des interprètes professionnels et les interprètes de terrain ont été dévoilés par A. Messaoudi, Les arabisants et la France coloniale…, op. cit., p. 143-149 ; Id., « Renseigner, enseigner. Les interprètes militaires et la constitution d'un premier corpus savant ʻalgérienʼ (1830-1870) », Revue d'histoire du xixe siècle, 41, 2010, p. 97-112. Voir aussi Laurent-Charles Féraud, Les interprètes de l'armée d'Afrique (archives du corps) suivi d'une notice sur les interprètes civils et judiciaires, Alger, A. Jourdan, 1876, dont le propos est de défendre le prestige de ce corps auquel appartenait l'auteur.

27 Tacherifat…, op. cit., publié sous le nom d'Albert Devoulx en 1852, aurait été l’œuvre du père : Gaëtan Delphin, « Histoire des Pachas d'Alger de 1515 à 1745. Extrait d'une chronique indigène », Journal asiatique, 11e série, 19, 1922, p. 161-233, ici p. 180. Paru l'année même de l'entrée d'A. Devoulx au Domaine, l'ouvrage était opportunément dédié au gouverneur général.

28 À propos de la formation d'A. Devoulx, voir A. Messaoudi, Les arabisants et la France coloniale…, op. cit., notice « Besnier » ; ANOM, carton F17-7677, « Rapport d'Artaud, inspecteur général des études, au Ministre de la Guerre, président du conseil, sur l'enseignement de la langue arabe aux Français et de la langue française aux Indigènes en Algérie, Alger, 30 nov. 1842 », cité par Id., Les arabisants et la France coloniale…, op. cit., notice « Alphonse Devoulx ».

29 G. Delphin, « Histoire des Pachas… », art. cit., p. 183 ; A. Messaoudi, Les arabisants et la France coloniale…, op. cit., notice « Albert Devoulx » ; A. Devoulx, Tacherifat…, op. cit., p. 5.

30 G. Delphin, « Histoire des Pachas… », art. cit., p. 174.

31 Les ḥabūs étaient des dotations inaliénables constituées au profit d'institutions cultuelles, hospitalières et plus largement charitables, ou consacrées à des services publics tels que l'adduction d'eau des villes, la construction de ponts, casernes, routes, murailles… Le donateur pouvait prévoir que l'usufruit des biens constitués en ḥabūs soit destiné à des bénéficiaires désignés par lui avant que ce patrimoine ne soit reversé à l'institution charitable de son choix.

32 Les transformations de cette institution peuvent être reconstituées à partir des documents relatifs aux différentes réorganisations de l'administration du Domaine : ANOM, carton F80-991, « Enregistrement domaines : organisation, 1833-1848 ».

33 David S. Powers, « Orientalism, Colonialism, and Legal History: The Attack on Muslim Family Endowments in Algeria and India », Comparative Studies in Society and History, 31-3, 1989, p. 535-571 ; Jean-Philippe Bras, « L'imperfection de la propriété indigène, lieu commun de la doctrine juridique coloniale en Afrique du Nord », in S. Bargaoui, S. Cerutti et I. Grangaud (dir.), Appartenance locale et propriété…, op. cit., http://books.openedition.org/iremam/3441.

34 Isabelle Grangaud, « Dépossession et disqualification des droits de propriété. Le droit colonial au service des spoliations à Alger dans les années 1830 », in A. Bouchène et al. (dir.), Histoire de l'Algérie à la période coloniale…, op. cit., p. 70-76 ; Id., « Prouver par l’écriture... », art. cit. ; Id., « Affrontarsi in archivo. Tra storia ottomana e storia coloniale (Algeri 1830) », Quaderni storici, 129-3, 43, 2008, p. 621-652. À propos de la requalification du foncier, voir Didier Guignard, « Le sénatus-consulte de 1843 : la dislocation programmée de la société rurale algérienne », in A. Bouchène et al. (dir.), Histoire de l'Algérie à la période coloniale…, op. cit., p. 76-81 ; Id., « Les inventeurs de la tradition ʻmelkʼ et ʻarchʼ en Algérie », in V. Guéno et D. Guignard (dir.), Les acteurs des transformations foncières autour de la Méditerranée au xixe siècle, Paris/Aix-en-Provence, Karthala/Mmsh/Irenam, 2013, p. 49-93.

35 Tal Shuval, « Poor Quarter/Rich Quarter: Distribution of Wealth in the Arab Cities of the Ottoman Empire: The Case of Eighteenth Century Algiers », Turcica, 32, 2000, p. 169-196, ici p. 177 : « La propriété privée des habitations à Alger au dix-huitième siècle est une exception plutôt que la règle, pour la plupart les Algériens [qui] vivaient dans des maisons loués [sic] aux waqfs » ; Miriam Hoexter, Endowments, Rulers, and Community: Waqf al-Ḥaramayn in Ottoman Algiers, Leyde, Brill, 1998, p. 43-48.

36 L'exposé le plus complet de ces étapes est le travail non édité, quoique très utilisé, de l'avocat G.-R. Busson, « Contribution à l’étude des habous publics algériens », op. cit. ; John Ruedy, Land Policy in Colonial Algeria: The Origins of the Rural Public Domain, Berkeley, University of California Press, 1967 ; Rachid Ouahres, « Le forum et l'informe. Projet et régulation publique à Alger (1830-1860) », thèse de doctorat, Université Paris VIII, 2006 ; Maaoudia Saidouni et Nacereddine Saidouni, « Il ʻwaqfʼ in Algeria e l'amministrazione francese : il caso della fondazione degli ʻHaramaynʼ (Algeri 1830-1873) », Quaderni storici, 132-3, 44, 2009, p. 687-726 ; Charles-Louis Pinson De Ménerville, Dictionnaire de la législation algérienne. Code annoté et manuel raisonné des lois, ordonnances, décrets, décisions et arrêtés publiés au Bulletin officiel des actes du gouvernement, vol 1, 1830-1860, Alger/Paris, Bastide/Cosse et Marchal, 1866 ; Alfred Franque, Lois de l'Algérie, du 5 juillet 1830 (occupation d'Alger) au 1er janvier 1841, Alger, Dubos et Marest, 1844.

37 Arrêté du 7 septembre du général Clauzel, art. 1. Voir G.-R. Busson, « Contribution à l’étude des habous publics algériens », op. cit., p. 48 ; A. Franque, Lois de l'Algérie…, op. cit., p. 7 ; ANOM, carton F80-1670A, table analytique des actes du gouvernement d'Alger, 49e art.

38 A. Devoulx, Notes sur les corporations religieuses d'Alger, op. cit., p. 13 ; sur une présentation de l’évaluation du patrimoine ḥabūs des deux Villes saintes au moment de la conquête, évalué entre « plus de la moitié, sinon les trois-quarts, voire les quatre cinquièmes de tous les biens waqf situés dans Alger et ses environs », voir M. Saidouni et N. Saidouni, « Il ʻwaqfʼ in Algeria e l'amministrazione francese… », art. cit. ; M. Hoexter, Endowments, Rulers, and Community…, op. cit., p. 43 sq.

39 G.-R. Busson, « Contribution à l’étude des habous publics algériens », op. cit., p. 73.

40 Ibid., p. 85.

41 Ibid., p. 88.

42 A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit., p. 13.

43 Sur une analyse minutieuse de ce processus à la lecture des productions doctrinales élaborées sur le « droit musulman » dans une perspective comparative entre colonisation algérienne (française) et indienne (britannique) – dont il montre les écarts locaux mais encore le poids des destinées –, voir D. S. Powers, « Orientalism, Colonialism, and Legal History… », art. cit.

44 À propos d'un processus comparable sur un autre terrain, voir Norbert Oberauer, « ʻFantastic Charitiesʼ: The Transformation of ‘Waqf’ Practice in Colonial Zanzibar », Islamic Law and Society, 15-3, 2008, p. 315-370.

45 Cité par G.-R. Busson, « Contribution à l’étude des habous publics algériens », op. cit., p. 66.

46 Ibid., p. 59, citant un rapport de la commission d'enquête de 1833 rédigé le 12 janvier 1834 : « Rapport sur la fondation de La Mecque et Médine et autres établissements pieux ».

47 ANOM, carton F80-1082, « Rapports généraux sur le Bey il mal et les corporations musulmanes », 1837. Les chaoux (shawūsh) étaient des huissiers.

48 A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit., p. 15.

49 ANOM, carton F80-1082, « Rapport sur l'administration des corporations adressé à Monsieur l'Intendant civil », 19 sept. 1835.

50 Cette institution, en bien des cas, constitua l'implicite modèle de référence, quand bien même, dans l’économie urbaine ottomane d'Alger, elle était plutôt exceptionnelle.

51 ANOM, carton F80-1082, « Rapports généraux sur le Bey il mal et les corporations musulmanes », 1837.

52 A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit., p. 9.

53 Littéralement « les voies bonnes ». Cette institution rassemblait les ḥabūs de six mosquées et de deux zaouïas, toutes rattachées à l’école de droit hanafite. Zakia Zahra, « D'Istanbul à Alger : la fondation de waqf des Subūl al-Khayrāt et ses mosquées hanéfites à l’époque ottomane (du début du xviiie siècle à la colonisation française) », thèse de doctorat, Université d'Aix-Marseille, 2012.

54 G.-R. Busson, « Contribution à l’étude des habous publics algériens », op. cit., p. 86.

55 Ibid., p. 87.

56 A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit., p. 8.

57 Qui, outre un livre, produisit nombre de rapports à l'adresse du ministre de la Guerre : Hamdan Khodja, Le miroir. Aperçu historique et statistique sur la Régence d'Alger, Paris, Sindbad, [1833] 1985 ; Vincennes, Service historique de la défense (ci-après SHD), 1H20, « Mémoire de Hamdan Khodja à l'adresse du Ministre de la guerre ». Voir Charles-André Julien, Histoire de l'Algérie contemporaine. La conquête et les débuts de la colonisation (1827-1871), Paris, Puf, 1964, p. 74.

58 J. McDougall, « A World No Longer Shared… », art. cit. ; Jocelyne Dakhlia, « 1830, une rencontre ? », in A. Bouchène et al. (dir.), Histoire de l'Algérie à la période coloniale…, op. cit., p. 142-148.

59 ANOM, archives de l'ancienne régence d'Alger, bobine 1Z.21, 1-55.

60 Moins de la moitié des mosquées de la ville figure dans cette documentation. De plus, seuls les immeubles ruraux, les jardins productifs de La Mecque et Médine et ceux de la Grande Mosquée sont pris en compte.

61 À la demande, notifiait-il, du cadi (qādī) malikite, le shaykh al-Imām, al-Sayyid Muṣṭafā bin al-Sayyid Muḥammad. Un troisième document sans date émanant, semble-t-il, de la même personne concernait l’état des revenus ḥabūs d'une des mosquées, la jāmi’ Khadār Bāshā, dont on ne sait s'il fut établi avant ou après son occupation en 1831 : le distinctif ainsi opéré incite à croire en cette dernière option.

62 Isabelle Grangaud, « Le titre de Sayyid ou dans la documentation constantinoise d’époque moderne : un marqueur identitaire en évolution », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 127, 2010, p. 59-75.

63 Quoique ces personnages soient globalement méconnus aujourd'hui, la mesure des positions, des alliances et des participations au marché des familles dont on peut rendre compte corrobore ces inscriptions sociales. Fatiha Loualich, La famille à Alger, xviie-xviiie siècles. Parenté, alliances et patrimoine, Saint-Denis, Éd. Bouchène, 2016.

64 Par exemple, A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit., p. 34 sq.

65 Ibid., p. 16 ; M. Hoexter, Endowments, Rulers, and Community…, op. cit., p. 22-23. Sur l'interprétation d'un contrôle souverain, déjà défendu dans un rapport d'un agent du Domaine en 1837, voir ANOM, carton F80-1082 « Rapports généraux sur le Bey il mal et les corporations musulmanes », 1837 : « Il y a un siècle environ que par suite des contestations fréquentes qui s’élevaient entre les chefs de corporation religieuse et les détenteurs d'immeubles substitués, l'autorité souveraine conçut le projet de réunir sous un seul corps de livre toutes les donations de propriété faites par les musulmans aux divers établissements pieux alors existants ou qui pourraient être créés plus tard, on sentit avec raison que pour faire taire les prétentions souvent injustes des oukils sur des immeubles substitués, mais non définitivement acquis aux corporations qu'ils représentaient, comme pour mettre un terme à la mauvaise foi des détenteurs, il était devenu indispensable d'assurer à ces substitutions un caractère d'authenticité. En conséquence, chacune des propriétés dont jouissaient les établissements pieux au moment dont nous parlons, fut inscrite sur un registre nommé Oukfia, et l'acte de donation revêtu de la signature de deux Ulémas ainsi que des sceaux du Cadi et du Pacha alors régnant. Ce livre, ou plutôt cet assemblage de titres de donations fut déposé à la Grande Mosquée et confié à la garde du moufti maleki. »

66 A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit., p. 200 sq.

67 ANOM, carton F80-1087, « Lettre du directeur des finances au gouvernement général, 11 mars 1847 », suivi d'un tableau faisant figurer établissements et nom de l’« oukil ». En dépit du fait que nombre d'entre eux détenait leur fonction en vertu de la nomination de l'administration coloniale, on peut lire dans deux cas que « l'oukil est mort, son fils le remplace » (dans ce cas, il s'agit peut-être d'une décision administrative) ou encore « l'oukil est mort, des enfants perçoivent ».

68 Ce que montre Rudolph Peters, « Waqf », Encyclopédie de l'Islam, 2, vol. 11, Leyde, Brill, 2009, p. 69, défendu sous l'angle doctrinal : « les bénéficiaires ont le droit d'administrer le waḳf car ils ont des droits sur la propriété du waḳf soit parce qu'ils en sont considérés comme les propriétaires virtuels (Ḥanbalites et S̲h̲īʿites imāmites) soit parce qu'ils possèdent le droit d'utiliser et d'exploiter (milk al-manfaʿa) le bien waḳf (Mālikites) ».

69 Albert Devoulx, Notices sur les corporations religieuses d'Alger accompagnés de documents authentiques et inédits, Alger, Bastide, 1862, p. 1 sq.

70 Sami Bargaoui, « Le waqf. Redéfinitions des appartenances et inscriptions sociales », in S. Bargaoui, S. Cerutti et I. Grangaud (dir.), Appartenance locale et propriété…, op. cit., http://books.openedition.org/iremam/3488 ; Engin F. Isin, « Ottoman Waqfs as Acts of Citizenship », in P. Ghazaleh (dir.), Held in Trust: Waqf in the Islamic World, Le Caire, The American University in Cairo Press, 2011, p. 253-279 ; Pascale Ghazaleh, Fortunes urbaines et stratégies sociales. Généalogies patrimoniales au Caire, 1780-1830, 2 vol., Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, 2010 ; Gabriel Baer, « The Waqf as a Prop for the Social System (Sixteenth-Twentieth Centuries) », Islamic Law and Society, 4-3, 1997, p. 264-297 ; Jean-Claude Garcin et Moustafa Anouar Taher, « Identité du dédicataire, appartenances et propriétés urbaines dans un waqf du xve siècle », in C. Décobert (dir.), Valeur et distance. Identités et sociétés en Égypte, Paris, Maisonneuve et Larose/Mmsh, 2000, p. 189-195. Pour une perspective comparative de ces processus de fondation entre nord et sud de la Méditerranée, voir Simona Cerutti et Isabelle Grangaud (dir.), no spécial « Fuori mercato. Appartenenze locali e beni nel Mediterraneo », Quaderni Storici, 154-1, 52, 2017.

71 Plus précisément il s'agissait du loyer du ‘anā, soit un loyer annuel perçu en contrepartie d'une location perpétuelle.

72 ANOM, archives de l'ancienne régence d'Alger, bobine 1Z.21, s. d.

73 ANOM, archives de l'ancienne régence d'Alger, bobine 1Z.21, s. d.

74 L'usage du terme shūlḍāḍ, qui est une transcription du mot français « soldat », en faisant l’économie du terme arabe correspondant (‘askar), constitue en lui-même une dénonciation.

75 Le pataque chique était une monnaie de compte.

76 ANOM, archives de l'ancienne régence d'Alger, bobine 1Z.21, s. d. Le faible montant restant (1718 PC) était tout juste suffisant pour les dépenses matérielles et rétributives nécessaires à l'entretien du bureau du wākil.

77 ANOM, archives de l'ancienne régence d'Alger, bobine 1Z.21, s. d.

78 ANOM, archives de l'ancienne régence d'Alger, bobine 1Z.21, s. d. 1244 est l'année hégirienne correspondant à la période allant du 14 juillet 1828 au 3 juillet 1829.

79 ANOM, carton 1MI.21 « Avis/‘alam » constitue le brouillon bilingue de l'avis conservé parmi les archives arabes de l'administration du Domaine.

80 SHD, 1H20, « Mémoire de Hamdan Khodja à l'adresse du Ministre de la guerre », et « analyse et commentaires sommaires », juin 1833.

81 G.-R. Busson, « Contribution à l’étude des habous publics algériens », op. cit., p. 59, citant un rapport de la commission d'enquête de 1833 rédigé le 12 janvier 1834 : « Rapport sur la fondation de La Mecque et Médine et autres établissements pieux ».

82 ANOM, carton F80-1082, « Rapport sur l'administration des corporations adressé à Monsieur l'Intendant civil », 1837.

83 ANOM, carton F80-1082, « Rapport sur l'administration des corporations adressé à Monsieur l'Intendant civil ». Voir, pour un renouvellement de l'analyse de la charité en Islam, Michael D. Bonner, Mine Ener et Amy Singer (dir.), Poverty and Charity in Middle Eastern Contexts, Albany, State University of New York Press, 2003.

84 Parmi les pauvres « musulmans » considérés par le bureau de bienfaisance, qui succéda aux mosquées pour la distribution des aumônes, la catégorie des combattants (et leurs veuves et orphelins) dans les rangs de l'armée française ou à son service se trouva distinguée.

85 T. Shuval, « Poor Quarter/Rich Quarter… », art. cit., p. 77.

86 A. Devoulx, Les édifices religieux de l'ancien Alger, op. cit., p. 70.

87 Ibid., p. 79.

88 Ibid., p. 130.

89 Ibid., p. 247.

90 ANOM, archives de l'ancienne régence d'Alger, bobine 1MI70, registre 19, « Établissements religieux no 1 » (200 p.) et registre 20 « Établissements religieux no 2 » (24 p.). Outre mosquées, zaouïas, tombeaux et autres édifices, ces enregistrements incluaient les ḥabūs des fontaines, ou des « étudiants » (ṭulba).

91 La construction de cet ordonnancement spatial, en particulier les hawma (quartiers), a été analysée par Isabelle Grangaud, « Masking and Unmasking the Historic Quarters of Algiers: The Reassessment of an Archive », in Z. Çelik, J. Clancy-Smith et F. Terpak (dir.), Walls of Algiers: Narratives of the City through Text and Image, Los Angeles/Washington, Getty Research Institute/University of Washington Press, 2009, p. 179-192 ; Isabelle Grangaud, « Hawma », in C. Topalov et al. (dir.), L'aventure des mots de la ville à travers le temps, les langues et les sociétés, Paris, Robert Laffont, p. 573-576.

92 Par exemple, ANOM, archives de l'ancienne régence d'Alger, bobine 1MI70, s. d., à propos de jāmi’ al-Blāt (établissement no 5).

93 A. Devoulx, « Les édifices religieux de l'ancien Alger », Revue africaine, 39, 1863, p. 164-192, ici p. 187-199.

94 Un microfilm a été conservé aux ANOM. Fouad Soufi, « Les archives. Une problématique de patrimonialisation », no spécial « Patrimoine(s) en question », Insaniyat, 12, 2000, p. 129-148.

95 Simona Cerutti, « Microhistory: Social Relations Versus Cultural Models ? Some Reflections on Stereotypes And Historical Practices », in A.-M. Castrén, M. Lonkila et M. Peltonen (dir.), Between Sociology and History: Essays on Microhistory, Collective Action, and Nation-Building, Helsinki, Sks/Finnish Literature Society, 2004, p. 17-40 ; Angelo Torre, « ‘Faire communauté’. Confréries et localité dans une vallée du Piémont (xviie-xviiie siècle) », Annales HSS, 62-1, 2007, p. 101-135 ; Isabelle Grangaud, « Premessa », no spécial « Società post-coloniali : ritorno alle fonti », Quaderni storici, 129-3, 43, 2008, p. 563-574 ; Filippo De Vivo, « Cœur de l’État, lieu de tension. Le tournant archivistique vu de Venise (xve-xviie siècle) », Annales HSS, 68-3, 2013, p. 699-728 ; Simona Cerutti et Isabelle Grangaud, « Sources and Contextualizations: Comparing Eighteenth-Century North African and Western European Institutions », Comparative Studies in Society and History, 59-1, 2017, p. 5-33.

96 R. Bertrand, L'histoire à parts égales…, op. cit. ; Id., Le long remords de la conquête. Manille-Mexico-Madrid : l'affaire Diego de Ávila (1577-1580), Paris, Éd. du Seuil, 2015.

 * Je remercie Sami Bargaoui, Simona Cerutti, Jocelyne Dakhlia, Brigitte Marino, Alain Messaoudi, James McDougall et Michel Naepels, ainsi que les coordinateurs du dossier qui l'accueillent, pour leurs commentaires sur les premières versions de ce texte.

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