Skip to main content Accessibility help
×
Home

De la Bible et des Notions D'espace et de Temps Essai sur l'usage des catégories dans le monde achkénaze du Moyen Age à l'époque moderne

  • Sylvie Anne Goldberg (a1)

Extract

En rédigeant, en 1960, son « Temps de l'Église et temps du marchand », Jacques Le Goff s'appuie sur le travail d'Oscar Cullmann pour affirmer : « Le Nouveau Testament apporte, ou précise, par rapport à la pensée judaïque, une nouvelle donnée : l'apparition du Christ, la réalisation de la Promesse, l'Incarnation donnent au temps une dimension historique, ou mieux, un centre. Désormais “ depuis la création jusqu'au Christ l'histoire tout entière du passé, telle qu'elle est relatée dans l'Ancien Testament, fait déjà partie de l'histoire du Salut”». Mais, en rappelant qu'Halbwachs avait nié l'existence d'un temps unificateur qui s'impose à tous les groupes et avait affirmé la coexistence d'autant de temps collectifs que de groupes séparés dans une société, J. Le Goff ouvrait la petite porte par laquelle je tente ici de m'engouffrer, appelant à une enquête qui « montrerait dans une société donnée, le jeu entre les structures objectives et les cadres mentaux ; entre les aventures collectives et les destins, de tous les temps au sein du temps ».

Summary

The Long History of the Jews in the West shows that the social construction of temporality goes through an operating spatial appropriation. This phenomenon turns out when one confronts different kinds of historical material, Jewish and non- Jewish, religious with legal texts. This allows to bring together, within a same history, the admitted facts and their representations. To use the Bible as a source that informs and shapes attitudes in later Jewish societies became inscrutable for its sacred character and disciplinary conventions. This paper considers at first the interlacing of temporal and spatial order shaping the “Jewish time ” in traditional communities; then it attempts to clear up some of the traps disseminated within theological perspectives in Biblical studies.

Copyright

References

Hide All

* « Le réalisme possible des catégories spatiales n'a pas de contrepartie dans l'ordre temporel. lin apparence, la matérialité des lieux offre aux opérations de découpage de l'espace des points d'appui et des lignes de différenciation plus solides que le déroulement linéaire du temps n'en offre aux découpages chronologiques » écrivait Bernard Lepetit. Nous devions « en reparler », ce ne fut qu'une question de temps… Cet article lui est donc dédié. Bernard Lepetit, « De l'échelle en histoire », dans Revel, Jacques, Jeux d'échelles. La microanalyse à l'expérience, Paris, Gallimard/Le Seuil, « Hautes études », 1996, p. 89.

1. Cullmann, O., Christ et le temps. Temps et histoire dans le christianisme primitif, Paris, 1947 (deuxième édition, Neuchâtel, Delachaux & Niestlé, 1966).

2. Repris dans Pour un autre Moyen Age. Temps travail et culture en Occident : 18 essais, Paris, Gallimard, 1977, pp. 51, 60.

3. Que mes « pourvoyeurs » réguliers d'articles, d'ouvrages et références, Nurit et Zeev Harvey et Michael Silber, soient ici remerciés pour leur bienveillante célérité.

4. Sorokin, P. A., Sociocultural Causality, Space, Time. A Study of Referential Principles of Sociology and Social Science, New York, Russel & Russel, 1964 ; Harvey, D., The Condition ofPostmodernity. An Enquirv into the Origins of Cultural Change, Cambridge-Oxford, Blackwell, 1990.

5. Löwith, K., Meaning in History. The Theological Implications of the Philosophy of History, Chicago, The University Press of Chicago, 1949 , notamment le chapitre « The Biblical View of History ».

6. Les travaux sur les quartiers juifs datent, Philipson, D., Old European Jewries, Philadelphie, 1894 ; Stauben, D., Scènes de la vie juive en Alsace, Paris, 1860 ; et Abrahams, I., lewish Life In the Middle Ages, Londres, C. Roth, E. Goldston éds, 1932 . Steinherz éd., Die .luden in Prag. Bilder aus ihrer tausendjàhrigen Geschichte. Festgabe der Loge Praga des Ordens. B'nai-Brit, Prague, Selbstverlag, 1927, pp. 59-87 ; Schottky, J. M. Prag wie es war und wie es ist, Prague, J. G. Calve, 1831-1832, 1910 ; plus récemment, Dahan, G., « Quartiers juifs — rues des Juifs en France », dans Arts et archéologie des Juifs en France, Paris, Les Belles Lettres, 1980 .

7. Wirth, L., le Ghetto, Grenoble, PUG, 1980, pp. 4344 ; le texte original dans Aronius, J., Regesten zur Geschichte der Juden im Frànkischen und Deutschen Reiche bis zum Jahre 1273. Berlin, Nathansen & Lamm, 1887-1902, Hildesheim, 1970 , n” 168.

8. Finkelstein, L., Jewish Self-Government in the Middle Ages, New York, Feldheim, 1924.

9. Goldberg, J., « The Privilèges granted to Jewish communities of the Polish commonwealth as a stabilizing factor in Jewish Support », dans The Jews in Poland, Abramski, C., Jachimczyk, M., Polonsky, A. éds, Oxford, Blackwell, 1986, pp. 3154.

10. Les juifs avaient le droit d'acheter la terre en toute propriété, exactement comme le clergé et les nobles, Grodecki, R., Polska piastowska, Varsovie, 1969 , cité par J. Goldberg, The Jews in Poland, op. cit.

11. Wroclaw, Ossolineum, 2224, f. 3v., cité par J. Goldberg, The Jews in Poland, op. cit.

12. Weinryb, B., The Jews of Poland. A Social and Economie History of the Jewish Community in Poland, from 1100-1800, Philadelphie, JPS, 1982, p. 161.

13. Baron, S. W., A Social and Religious History of the Jews, New York & Londres, ColumbiaUP, 16, p. 27.

14. Ibid, p. 28.

15. Établi en 1519, il fonctionna jusqu'à son abolition en 1764. Les règlements dans Halperin, I., Pinqas Va‘ad arba’a aratsot. Liqqoutei taqqanot ketavim vé-réchoumot, Jérusalem, 1945, 2e éd. Jérusalem, 1990 ; Bet Israël be-Polin, Jérusalem, Mossad Bialik, 1954. Halpern, B., Yehoudim vé-yahadout bé-mizrah Europa (Juifs et judaïsme en Europe de l'Est), Jérusalem, 1968.

16. Il commença sans doute à fonctionner avant, mais la date officielle indique 1650 ; il fut aboli en 1748. Les règlements retrouvés ont été rassemblés, comme ceux de Pologne par Halperin, I., Constitutiones Congressus Generalis Judaeorum Moraviensum 1650-1748, Jérusalem, Mossad ha-rav Kook, 1952.

17. En pays germaniques, la situation des juifs est fort différente. Il n'y eut jamais d'organe centralisateur du judaïsme. Voir Ben Sasson, H. H. éd., A History of the Jewish People, Cambridge, Harvard UP, 1976.

18. Sur le titre et l'attribution du statut de «maître de maison», voir Kestenberg-Giladstein, R., « ha-bayyit ke-yesod ma'amadei feodali chel ha-hevra ha-yehoudit ché-lifne hacmantsipatsia » (La maison, base du statut féodal de la société juive avant l'Emancipation), Tarbiz, 29, 1960, pp. 176294.

19. I. Halperin, Constitutiones Congressus, op. cit., p. 91, § 279.

20. La hezqat yichouv, montant du droit de séjour et d'habitation dans les communautés, est l'un des droits les plus importants détenus par les juifs, il s'exerce chez les achkénazes comme chez les séfarades.

21. En Bohême, la scolarité des garçons était obligatoire jusqu'à l'âge de 13 ans, les orphelins devaient avoir leur enseignement pris en charge par la communauté ; cf. I. Halperin, Constitutiones Congressus, op. cit., p. 6, § 14.

22. Nata Hannover, Nathan, Yeven Metzoula, Venise, 1653, p. 12a. J'ai repris partiellement la traduction faite par Osier, J. P., traduit sous le titre : Le fond de l'abîme. Les juifs dans la tourmente des guerres cosaco-polonaises, 1648-1650, Paris, Le Cerf, 1989, p. 126.

23. Voir l'édition critique des originaux latins et polonais : Goldberg, J., Jewish Privilèges in the Polish Commonwealth. Charters of Rights Granted to Jewish Communities in Poland- Lithuania in the Sixteenth to Eighteenth Centuries, Jérusalem, Israël Academy of Sciences & Humanities, 1985.

24. Klauzner, I., Toledot ha-qehilla ha-ivrit bé-Vilna (Histoire de la communauté juive de Vilna), Jérusalem, 1938, p. 4.

25. Balaban, M., Die Judenstadt von Lublin, Berlin, Jiidischer Verlag, 1919, p. 10.

26. G. J. Blidstein, « La halakha comme norme socio-constitutionnelle », dans Trigano, S. éd., La société juive, Paris, Arthème Fayard, 2, 1992, pp. 66113.

27. Ordonnance de la communauté de Cracovie en 1595, Balaban, M. éd., « Die Krakauer Judengemeinde-Ordnung von 1595, und ihre Nachtrâge », Jahrbuch der Judisch-Literarischen Gesellschaft, 10, 1913, pp. 296360 ; 11, 1914, pp. 88-114 ; 11, p. 90.

28. I. Halperin, Pinqas, op. cit., p. 33, § 373.

29. On peut fonder un parallèle en comparant cette période avec celle de l'émergence du système halakhique, voir Oppenheimer, A., « L'élaboration de la halakha après la destruction du Second Temple », dans Annales HSS, 1996, n° 5, pp. 10271055.

30. Voir Eglon, M. éd., Principles of Jewish Law, Jérusalem, 1975.

31. Voir Goldberg, S. A., Les deux rives du Yabbok, la maladie et la mort dans le judaïsme achkénaze, Paris, Le Cerf, 1989.

32. Les registres moraves consacrent toute une série de régulations à l'arrangement des mariages et à l'aide que l'on doit réserver aux parents démunis pour doter leurs filles, I. Halperin, Constitutiones Congressus, op. cit., voir notamment, pp. 54-56, § 170-175.

33. I. Halperin, Pinqas, op. cit., pp. 79-80, § 211. Décision prise en 1650, à la suite des massacres qui accompagnèrent la révolte cosaque des années 1648-1649 et décimèrent les communautés de la région.

34. lbid, Pinqas, op. cit., p. 206, § 443. L'expulsion des étrangers dans Constitutiones Congressus, op. cit., p. 68, § 203, ainsi que l'interdiction d'héberger des gens inconnus dont l'identité et la foi sont « suspectes », p. 88, § 265-267. Pour une monographie : Hundert, G. D., The Jews in a Polish Private Town. The Case of Opatow in the Eighteenth Century, Baltimore- Londres, Johns Hopkins UP, 1992.

35. M. Balaban éd., «Die Kracauer Judengemeinde. Ordnung von 1595 und ihre Nachtrâge », JJLG, art. cité.

36. Avron, D. éd., Pinqas ha-kecherim, Jérusalem, 1966, p. 21 , § 108 ; p. 28, § 141.

37. Ben Sasson, H. H., Zion, 21, 1956, p. 205 ; cité par H. H. Ben Sasson, « The Middle Ages », dans H. H. Ben Sasson éd., A History, op. cit., pp. 682-683.

38. Voir le traité Chabbat dans les deux Talmud et la Tossefta, pour une définition élémentaire voir les articles « Erouv » et « Erouvin », dans Goldberg, S. A. éd., Dictionnaire encyclopédique du judaïsme. Esquisse de l'histoire du peuple juif, Paris, Le Cerf-Laffont, 1996.

39. Une première tentative d'approche de l'espace juif a été réalisée par Agnès Vince, « Le quartier juif : comparaisons européennes », dans Trigano, S. éd., La société, op. cit., 2, 1992, pp. 499529.

40. Sur l'usage des métaphores spatiales, voir Friedrich Silber, I., « Space, Fields, Boundaries : The Rise of Spatial Metaphors in Contemporary Sociological Theory », Social Research, 62, été 1995, pp. 324355 .

41. Sapperstein, M., Jewish Preaching (1200-1800) : An Anthology, New Haven-Londres, 1988 ; également l'article de Baumgarten, J., « La littérature juive en langue yiddish, 16e- 17e siècle. Crise religieuse, culture vernaculaire et propagation de la foi », Annales HSS, 1996, n°2, pp. 491511.

42. Ephraim Luntschitz, R., Amoudei chech, mousar amoud ha-avoda f. 39b, Prague, 1617 , commentaires et homélies inclus dans les éditions de la Bible. Voir J. Elbaum, « Aspects of Hebrew Ethical Literature in Sixteeenth-Century Poland », dans Cooperman, B. D. éd., Jewish Thought in the Sixteenth Century, Cambridge, Ma.-Londres, Harvard UP, 1983, pp. 146166.

43. Tse'ena Ou-Re'ena (Sortez et regardez) est l'ouvrage que l'on trouve dans les bibliothèques familiales jusqu'au 20e siècle. Dans les récits oraux, il est mentionné comme étant lu le chabbat, souvent par la figure féminine pieuse de la maison. Il circule encore de nos jours dans certains milieux de stricte observance en rééditions contemporaines. En traduction française, Ben Isaac Achkenazi, Jacob de Janow, Le commentaire sur la Torah. Tseena Ureena, trad., annoté et présenté par J. Baumgarten, Lagrasse, Verdier, 1987 , voir notamment son introduction.

44. Salomon Yitshaqi Rachi (1040-1105). Ses commentaires sur la Bible et le Talmud accompagnent depuis le 15e siècle toutes les éditions imprimées. Auteur de responsa, de poèmes liturgiques, il était également une autorité en matière législative. Son oeuvre d'explicitation et d'éclairage du Talmud fut poursuivie par ses disciples, les tossafistes, qui représentent la grande école d'exégèse franco-allemande médiévale.

45. Yoma, 75a.

46. Jacob Ben Isaac Achkénazi de Janow, op. cit., pp. 37-38.

47. Keli Yakar (Le précieux outil), Lublin, 1602, sur Chemot, f. 35b; sur les tensions sociales, Ben Sasson, H. H., Haggout ve-hanhaga (Pensées et pouvoir), Jérusalem, Bialik Institut, 1959 ; « Wealth and Poverty in the Teaching of the Preacher reb. Ephraim of Lenczyca » (hébreu), Zion, 19, 1954, pp. 142-166.

48. Mat, Moché, Hoil Moché, Prague, 1612 , Be'er ha-Torah, sur Devarim, péricope « Ki Tavo », f. 140b ; H. H. Ben Sasson, Haggout, op. cit., pp. 104-106.

49. La « terre d'impureté » s'entend par opposition à la « terre sainte », elle qualifie tous les lieux de l'exil et peut être traduite par « terre étrangère ». Horowitz, Isaïe, « Massekhet Soukka, Amoud ha-chalom », Chnei Louhot ha-berit, Amsterdam, 1649 ; f. 349 a ; rééd. Jérusalem, 2, 1970, p. 78 ; voir également l'interdit sur la construction de maisons en pierres dans le testament de Juda hé-hassid, Séfer hassidim, Margulies éd., Jérusalem, 1957, 16, p. 15.

50. Yehouda Loew ben Betsalel, R., Netsah Israël, Prague, 1599 , § 15, f. 26a.

51. Le Ma'assei ha-Chem d'Eliezer Eliya Achkenazi, publié à Venise, 1583, est un recueil d'homélies ; le Sefer ha-Hayyim (Livre de la Vie) de Hayyim ben Betsalel, publié à Cracovie en 1593, est un ouvrage d'éthique. Sur l'implication des juifs dans l'environnement bohème, voir Bensasson, H. H., « Ha-yehoudim moul ha-reformatsia », Divrei Ha-akademia ha-leoumit le maddayim, 4, 1969-1970, pp. 6669 ; « Jews and Christian Sectarians : Existential Similarity .md Dialectical Tensions in 16th Century Moravia and Poland Lithuania », Viator, 4, Berkeley, 1973, pp. 369-385 ; également S. W. Baron, op. cit., 16, p. 64 ; ainsi que S. A. Goldberg, Les deux rives, op. cit.

52. Lors de la fête des Tentes, Soukkot, les juifs doivent s'installer dans une soukka pendant les huit jours de la fête, afin de se remémorer, dans une habitation éphémère recouverte de branches, leur errance dans le désert.

53. Arguments que l'on retrouve maintes fois dans les décisions des cours et les réponses des rabbins.

54. Cité note 37.

55. Cité note 28.

56. R. Moïse IsserlÈS (1525-1572), Responsa, Cracovie, 1640, n° 73 ; également le n° 95 : « Af ki amarti che-tichaer ba-eretz Achkenaz lihyot lahem la-rav oule-moreh be-ahad hameqomot. Ve-oulay ‘adif tafei pat chariva ve-chalva bah be-medinot elou, oukhe-amram Za‘‘l : ou-bitouloukha ou-bitoula davar ‘azou (Gitin 17a) acher be-medinot elou acher ein sinatan gavrah ‘aleinou kemo be-medinot Achkenaz, mi yiten ve-hayah ‘ad biat mechihenou, ve-day mizeh ».

57. « Sevourim hem deyabachta hava ve-leka galouta », expression récurrente dans les homélies rabbiniques polonaises durant le 17e siècle , G. D. Hundert, « The Jewish Expérience in Poland », dans Polonsky, A. éd., Studies from Polin, From Shtetl to Socialism, Oxford, Littman Library, 1993, p. 21.

58. Rabbi hassidique (1726-1791) ; opposé au courant dominant du Maggid de Mezeritch, il prônait la valeur de la prière enthousiaste et son pouvoir sur les autres mondes. Dans son système d'interprétation, la substance du monde découle de la force vive divine et il relativise singulièrement le caractère matériel de ce monde-ci, expliquant, par exemple, que le chabbat élevant les hommes hors du terrestre, ils devraient n'avoir besoin ni de manger ni de boire, ce qui rend tous les préparatifs superflus car « il [le chabbat] vient des Cieux et personne ne sait comment ni ce qui y est donné » ; Buber, M., Les récits hassidiques, Paris, Pion, 1963 ; S. Dubnow, Hassidout, 1960 ; Heschel, A. J., The Circle ofthe Baal Shem Tov, Chicago, 1985 .

59. R. Nahman Horendenker ( 7-1780), disciple d'Eliezer Ba'al Chem Tov, grand-père de Nahman de Bratslav. Voir les récits hassidiques rassemblés par Polonoye, Jacob Joseph de, les Chivhei ha-Becht, Ostrog, 1815-1861.

60. Voir M. J. Rosman, « A minority views the majority : Jewish attitudes towards the Polish Lithuanian commonwealth and interaction with Pôles », dans Polonsky, A. éd., Studies from Polin, From Shtetl to Socialism, Oxford, Littman Library, 1993, p. 43.

61. Voir Ben Amos, D., Mintz, J. R. éds, In Praise of the Baal Shem Tov (Shivhei ha-Besht), New York, Shocken Books (1970), 1984, n° 45, p. 174 ; voir également Hundert, G. D.éd., Essential Papers on Hassidism. Origins to Présent, New York-Londres, New York UP, 1991.

62. Wolf, Kurt, « The Stranger », dans The Sociology of Georg Simmel, Glencoe, The Free Press, 1950, pp. 402408.

63. Elias, Norbert, Uber die Zeit, Francfort, Suhrkamp, 1984 (trad. frse, Du temps, Paris, Arthème Fayard, 1996).

64. Uriel Simon, Tefissat ha-zeman vé-hallal bé-hachivat ha-miqrait (Time and Space in Biblical Thinking) ; Ph.D., université hébraïque (en hébreu) non publiée, 1961, p. g.

65. Bloch, M., Apologie pour l'histoire, Paris, Armand Colin, 1974, p. 43.

66. Cette discussion n'entre pas dans le cadre de cet article, indiquons cependant qu'ici, la démarcation se place sur la notion de connaissance (da'at) qui, selon R. Bultmann, se joue pour les Grecs à partir de l'oeil et, pour les Hébreux, à partir de l'oreille ; « Das Problem der Hermeneutik», dans Glauben und Verstehen, 2, Tubingen, 1952; trad frse, Bultmann et l'interprétation du Nouveau Testament, Paris, 1955.

67. Momigliano, A., « Time in Ancient Historiography », History and Theory, 5, Beiheft 6, 1966, pp. 123.

* Il s'agit ici des Israélites de la période antique.

68. Les travaux sur la notion de temps sont innombrables. Un succinct mais solide tour d'horizon de l'ensemble : Barreau, Hervé, Le temps, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1996.

69. Dont le paradigme a été posé par Eliade, Mircea, Le mythe de l'éternel retour, Paris, Gallimard, 1962 ; voir également Gourevitch, A. J., Les catégories de la culture médiévale, Paris, Gallimard, 1983.

70. « …les verbes ont une foule de modes différents ; avec le raffinement de la civilisation augmente le nombre des modifications objectives que l'on élève au rang des notions abstraites », Herder, J. G., Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité, Paris, Presses Pocket, 1991, p. 156.

71. Ricoeur, P., Temps et récit, Paris, Le Seuil, 1983, t. 1, « Les apories de l'expérience du temps » pp. 2165 , reprend largement Marrou, H. I., Théologie de l'histoire, Paris, Le Seuil, 1968 ; voir aussi Saint Augustin et l'augustinisme, Paris, Le Seuil, 1965.

72. Calculée à la suite des chronologies faites selon les lignages généalogiques mentionnés dans la Bible. Pour les chronologies juives, voir Neubauer, A., Anecdota Axioniensa. Médiévallewish Chronicles and Chronological notes editedfrom printed books and manuscript, Oxford, Clarendon Press, 1895 , 2e édition Jérusalem, 1967.

73. C'est sans doute ce qui incita le traducteur de J. H. Heschel à réunir sous le titre Les bâtisseurs du temps, deux articles indépendants, l'un portant sur les juifs achkénazes et l'autre Nur le chabbat, Paris, Éditions de Minuit, 1957. Heschel y affirme : «Le Sabbat célèbre le lemps et non l'espace », p. 109.

74. La méthode de la critique biblique — qui réfute l'authenticité mosaïque du Penta- (euque —, apparaît en monde occidental à partir des critiques de B. Spinoza et Richard Simon dès le 17e siècle. En monde juif, elle naît des exégèses critiques d'Ibn Ezra (1092-1167), Ibn Yahya (1515-1548), et de Samuel Luzzato (1800-1865). Elle se développe ensuite, dans le sillage des Lumières, autour des approches de R. Lowth, J. Astruc, F. Houbigont, J. G. Herder, J. G. Eichhorn, jusqu'à s'imposer hors des synagogues et des églises — avec .1. Wellhausen qui applique aux études bibliques les principes initiés par Burckhard et Mommsen. Il établit ses sources en séquences culturelles, comprises comme les étapes d'un moment d'évolution religieuse donnée, ce qui donne naissance à ce que l'on a appelé l'hypothèse documentaire, que l'on évoquera plus loin. Un nouveau tournant a été pris avec l'introduction des découvertes archéologiques dans le cadre des analyses bibliques avec H. Gunkel, Die Sagen der Genesis, 1901 et son Einladung in die Psalmen de 1933. Pour un historique des études critiques de l'Ancien Testament, voir Lods, A., Histoire de la littérature hébraïque et juive des origines à la ruine de l'Etat juif, Paris, 1950 et Halpern, B., The First Historians. The Hebrew Bible and History, San Francisco-Cambridge, Harper & Row, 1988.

75. Qui compte avec le « temps du monde » au sens heideggérien.

76. Voir les catégories de Pomian, K., L'ordre du temps, Paris, Gallimard, 1984, p. IX.

77. Ginzburg, Carlo, Mythes, emblèmes, traces, Paris, Flammarion, 1989, p. 156.

78. Boman, T., Das Hebràische Denken im Vergleich mit dem griechischen, Gôttingen, 1954, p. 139 ; trad. anglaise, Hebrew Thought compared with Greek, Londres, 1960.

79. Von Rad, Gerhard, Théologie des Alten Testament, 2 volumes, Munich, Kaiser, 1957 , 1960, 1980. Trad. frse, Théologie de l'Ancien Testament, 1, Théologtejies traditions historiques d'Israël, trad. frse, Etienne de Peyer, Genève, Labor et Fides, 1963 ; 2, Théologie des traditions prophétiques d'Israël, trad. par André Goy, 1968.

80. Von Orelli, C., Die Hebràischen Synonyma der Zeit und Ewigkeit, Leipzig, 1871.

81. Sur la base de l'Ancien Testament en hébreu, et de la Septante, sa traduction grecque.

82. Voir également les définitions de Panofsky, E., Essais d'iconologie, trad. par Herbette, C. et Teyssèdre, B., Paris, Gallimard, 1967, pp. 105109.

83. Je préfère utiliser ici ma propre traduction, La Bible de la Pléiade utilisant le terme de « date » et celle du Rabbinat celui de « jour ». Ex 9, 5.

84. Sanctuaire mobile construit par Moïse dans le désert, il fut plus tard remplacé par le Temple. Les occurrences sont très nombreuses, pour exemple, Ex 27, 21 ; 28, 43 ; 30, 15.

85. Gn 1, 14, voir son usage dans le récit de la création, infra.

86. Lv 23, 44.

87. Dn 7, 25. Je remplace ici, pour la démonstration, les termes nuancés de « solennité » et « fête », employés dans les traductions usuelles par le mot « temps ».

88. Is, 1, 13.

89. Bernard Dupuy, « Temps et eschatologie dans le judaïsme », dans Leuba, Jean-Louis éd., Temps et eschatologie. Données bibliques et problématiques contemporaines, Paris, Le Cerf, 1994, pp. 3953.

90. Gn 21, 22.

91. Ec. 3, 1-2.

92. Aggée 1, 2.

93. Ec. 3, 1-2, qui pour être précisé devra être agrémenté du terme « et ».

94. Est. 9, 27; 9, 31.

95. Ne 2, 6; 13, 31.

96. Dn 3, 7-8 ; 2, 16.

97. Jenni, E., « Das Wort “ Olam ” im Alten Testament », dans (ZATW) Zeitschrift fur die Altestestamententliche Wissenschaft, 64, 1952, pp. 197248 ; 65, 1953, pp. 1-35. 98. Dictionnaire hébreu-français, Sander & Trenel, Paris 1859, rééd. Genève, Slatkine, 1982.

99. Gn 21, 33.

100. Dt 32, 7.

101. Jastrow, M., A Dictionary of the Targumim. The Talmud Babli and Yerushalmi, and the Midrashic Literature, Philadelphie, 1903.

102. Vidal-Naquet, P., « Temps des dieux, temps des hommes », Revue de l'Histoire des Religions, 157, 1960, pp. 5580 ; repris dans Le chasseur noir. Formes de pensées et formes de sociétés dans le monde grec, Paris, Maspéro, 1981, démontre la faible pertinence de cette vision.

103. Voir Gesenius-Kautzsch, , Hebrew Grammar, Oxford, Collins & Cowley, 1898, 1910, notamment § 141.

104. T. Boman, op. cit.

105. « Cette conscience du temps manifeste son étrangeté par rapport au reste de l'Ancien Testament », Robinson, H. W., Inspiration and Révélation in the Old Testament, Oxford, 1946, p. 109.

106. Marsh, J., The Fullness ofTime, Londres, 1952, pp. 175179.

107. T. Boman, op. cit.

108. G. Von Rad, op. cit., 2, p. 88.

109. Barr, J., Biblical Words for Time, Londres, 1962 , 1969 ; Old & New Interprétation, Londres, 1966 ; Sémantique du langage biblique, BSR, 1971. Je saisis l'occasion de remercier Y. H. Yerushalmi d'avoir attiré mon attention sur cet auteur qui a conforté mes intuitions et élargi ma réflexion.

110. Depuis l'utilisation de l'araméen en langue vernaculaire, J. Barr, Sémantique du langage biblique, op. cit., p. 18.

111. G. Von Rad, op. cit., 1, p. 126.

112. Ainsi doit-on comprendre l'utilisation de Ps 62, 12 : « Une fois Dieu l'a énoncé, deux lois je l'ai entendu ». C'est en raison de leur refus de reconnaître la validité de l'exégèse ta! mudique que les Caraïtes se scindèrent du judaïsme. Voir Fishbane, M., Biblical Interprétation in Ancient Israël, Oxford, Clarendon, 1985.

113. La parabole de Moïse écoutant une leçon de r. Aqiba, n'y comprenant rien et s'entendant dire qu'il s'agit cependant de l'enseignement qu'il a, lui-même, divulgué. Men. 29b ; Également M. Hag. 1,5; Sifra, Behoukotaï, 8, 12 ; Qo R, 1, 29.

114. Rituel du Temple accompagnant le début du nouveau cycle annuel liturgique, commençant lors de la fête des Tentes. Il est mentionné en Isaïe, 12, 3. Il serait, selon R. Pataï, un rite de réitération de l'acte de la création. Voir Les mythes hébreux, Paris, Fayard, 1987 ; Gottlieb, également H., dans Otzen, B., Gottlieb, H., Jeppesen, K., Myths in the Old Testament, Londres, 1480, p. 66.

115. Dt 5, 2-3.

116. Dt 29, 9-14.

117. L'hypothèse documentaire de Wellhausen repose sur la délimitation de corpus bibliques distincts, fondés par l'analyse philologique et, en particulier, sur le repère de l'utilisation des théonymes jahviste ou élohiste. Sont ainsi différenciés les divers documents de l'Ancien Testament selon les étapes de leur production. La source identifiée comme la plus ancienne est J, dans laquelle le narrateur ou Jahviste doit son nom au fait qu'il utilise le Tétragramme (Yahvé) pour désigner Dieu. Cette première source du Pentateuque aurait été rédigée aux environs du 9e siècle avant notre ère. Vient ensuite, dans l'ordre ainsi constitué la source E, ainsi nommée car le narrateur élohiste emploie le théonyme Elohim, qui aurait été rédigée environ un siècle plus tard. Puis, la source D, signalant le Livre du Deutéronome, écrit peu de temps avant la chute du royaume de Juda (- 621). Quant à la source P, constituant le code sacerdotal, elle aurait été rédigée pendant ou après l'Exil afin de proposer une constitution pour l'empire perse. L'ensemble de la Tora aurait finalement été édité par un membre de la source P (prêtrise) après l'Exil de Babylone, à l'époque d'Esdras (- 444). Voir J. Wellhausen ﹛Geschichte lsraels, Erster Band, 1878 ; Prolegomena zur Geschichte Israels, 1883), Prolegomena to the History of Ancient Israël, New York, Meridian Library, 1957. Ses principaux détracteurs : Jacob, B., Das Erste Buch der Tora Genesis, ubersetzt und erklârt, Berlin, Shocken, 1934 , réfute complètement l'hypothèse documentaire; ou l'acceptent partiellement, tels Kauffmann, Yehezkiel, dans Greenberg, M.(trad.), The Religion of Israël : from the Beginnings to the Babylonian Exile, Chicago, UP, 1960, New York, Shocken Books, 1972 ; Cassuto, U., The Documentary Hypothesis and the Composition of the Pentateuch, trad. par 1. Abrahams, Jérusalem, Magnes Press, 1961 (1983). Séries Publications of the Perry Foundation for Biblical Research in the Hebrew University of Jérusalem. Voir également la critique de Albright, W. F., fondée sur la recherche archéologique, From the Stone Age to Christianity. Monotheism and The historical Process, Baltimore, Johns Hopkins, 1940 , 1957, 1967.

118. Von Rad, G., Theol. des Alten Testament, op. cit., que reprend visiblement Steensgaard, « Time in Judaism », dans Religion & Time, Leyde-New York-Cologne, Brill, 1993, pp. 63108.

119. Gn 1, 14, trad. par le rabbin Élie Munk, La voix de la Thorah, Paris, 1985.

120. Id, traduction d'E. Dhorme, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1959.

121. Voir Salomon Yitshaqui, Rachi, ad. toc, cité n. 44.

122. P. Ricoeur, Temps et récit, op. cit., t. 1, p. 158.

123. Heschel, Abraham Joshua, Torah min ha-chamayim be-aspeqleriya chel ha-dorot (L'enseignement céleste au miroir des générations), Londres-New York, 1962 . Voir également Schwarzbach, B. E., « Les sources rabbiniques de la critique biblique », dans Le grand Siècle et la Bible, Bible de tous les temps, t. 6, J. R. Armogathe éd., Paris, Beauchesne, 1989, pp. 207 231.

124. Voir M. Sapperstein, Jewish Preaching…, op. cit.

125. Veyne, Paul, Comment on écrit l'histoire, Paris, Le Seuil, 1979.

126. A. Bensa, «Vers une anthropologie critique », dans J. Revel éd., Jeux d'échelles…, op. cit., pp. 54-55.

Related content

Powered by UNSILO

De la Bible et des Notions D'espace et de Temps Essai sur l'usage des catégories dans le monde achkénaze du Moyen Age à l'époque moderne

  • Sylvie Anne Goldberg (a1)

Metrics

Full text views

Total number of HTML views: 0
Total number of PDF views: 0 *
Loading metrics...

Abstract views

Total abstract views: 0 *
Loading metrics...

* Views captured on Cambridge Core between <date>. This data will be updated every 24 hours.

Usage data cannot currently be displayed.